La Conférence des OING du Conseil de l’Europe
CONF/PRES/SPEECH(2011)2

Conclusions du Président de la Conférence des OING du Conseil de l'Europe, Jean-Marie Heydt, au Forum des ONG « Nouveaux défis multiculturels : quels rôles pour les ONG? », Istanbul, 24-25 mars 2011

Mesdames et messieurs, chers collègues et chers amis,

Nous venons de vivre deux journées exceptionnelles où l’occasion nous a été offerte de travailler de façon intense sur les nouveaux défis multiculturels et particulièrement sur le rôle et les responsabilités que nous avons, en tant que société civile organisée.

Nous sommes venus avec nos connaissances du terrain, nos expériences, nos cultures de plus de 31 pays d’Europe auxquels nous ont rejoint des représentants d’ONG du Maroc, de la Tunisie et de l’Egypte.

Les participants nous ont fait partager la richesse de leurs expériences au travers de la diversité des cultures. Et l’existence de cette diversité des cultures s’oppose aux théories récentes de certains individus, voire de certains responsables politiques qui annoncent la fin du multiculturalisme car ils préconisent la standardisation des systèmes, prônent un environnement monoculturel, voire même une idéologie du monolinguisme ! Or, nous savons tous à quel point la diversité est une richesse, à condition quelle soit gérée de façon constructive.

Nous avons entendu et constaté que le multiculturalisme est bien vivant. Et grâce aux propos introductifs proposés par nos deux membres du groupe d’éminentes personnalités, Mmes Ayşe Kadioğlu et Sonia Licht, nous avons pu mesurer le grand travail, le grand chantier, qui nous attendait. En effet, il nous faut désormais, en tant que société civile organisée, développer des terrains propices au multiculturel. Il nous faut apporter un souffle de vie nouveau au multiculturalisme, lequel à pour base les éléments conceptuels l’indivisibilité des droits et l’universalité des Droits de l’Homme. Déjà en octobre 2010, la Conférence des OING à travaillé ces questions à Oslo lors d’un Forum. Nous nous situons donc bien dans une continuité des nos travaux et actions.

Le double objectif, que nous nous sommes fixés pour ce Forum, était :

• De donner une dimension « société civile » à la mise en œuvre du Livre blanc sur le dialogue interculturel au regard des nouveaux défis multiculturels posés aux sociétés européennes ;

• De mettre l'accent sur les bonnes pratiques issues de l'action des ONG dans le domaine du dialogue interculturel afin de créer et lancer un « toolkit » pour la pratique du dialogue interculturel qui devra répondre à ces nouveaux défis. Il sera pratique et concret pour faciliter la mise en œuvre du livre blanc et plus globalement le dialogue interculturel. Il est de notre responsabilité de susciter l’usage de méthodologies de dialogues adaptées pour répondre démocratiquement et de façon humaine aux défis de nos sociétés pluralistes.

L’objectif était ambitieux mais à la lecture des travaux réalisés, je crois pouvoir affirmer que cet objectif, ce matin, est atteint !

Si nous avons eu la chance de pouvoir mener nos travaux, c’est parce que vous aviez très tôt compris, Monsieur le ministre que la réussite d’un projet, que le succès d’un processus, ne peut exister que si le partenariat est réel. Et c’est ainsi que la Turquie a décidé, dès le début de sa présidence du Comité des ministres, de tout mettre en œuvre pour rendre possible ce Forum. Je tenais à vous en remercier très chaleureusement au nom de la Conférence des OING et de l’ensemble des participants.

Mieux que moi vous savez que le multiculturalisme est sans cesse interrogé, remis en question, notamment sous le prisme de l’islamophobie, mais que néanmoins ce multiculturalisme génère les ingrédients du « vivre ensemble ». Et pour cause, l’histoire même de la ville d’Istanbul, où nous nous trouvons, est la preuve vivante qui, au travers des âges, parlent bien plus que toutes les théories multiculturelles.

Permettez-moi cependant de dire à quel point toutes ces transformations, tous ces mouvements historiques et aussi d’actualités, sont le fait du peuple.

Très tôt, vous avez perçu l’importance du partenariat et la modernité de l’approche de votre pays en est un exemple. Vous avez compris que l’on ne peut plus bâtir sans y associer réellement – concrètement – la société civile organisée, et cette voie offre un souffle nouveau à la construction européenne.

La période où nous vivons évolue très vite et nous sommes dans l’urgence de faire des propositions.

Je pense particulièrement aux transformations qui se produisent dans les pays du sud de la méditerranée. Avec nos collègues ici présents de ces pays, nous entamons un processus de soutien et d’aide pour leur permettre de construire chez eux, dans leur contexte, avec leurs références culturelles, une société civile organisée. C’est pourquoi, nous envisageons que pour l’automne, nous puissions réunir un Grand débat civil avec de nombreuses ONG sur la transition dans les pays dits de voisinage.

Aux côtés, du politique, aux côtés de l’institutionnel, du technique et du juridique (je pense notamment à la Commission de Venise), la société civile organisée doit pouvoir être associé à cette démarche d’accompagnement. Cette initiative aura pris sa source et son développement durant votre présence du Comité des ministres des Conseil de l’Europe et je tenais aussi à vous en remercier.

Enfin, je terminerai mon propos en affirmant ; Oui, nous croyons au possible vivre ensemble, avec nos diversités, dans nos sociétés multiculturelles.

- vivre ensemble en accueillant la Liberté d’Expression et la Liberté de Religion de l’Autre ;
- vivre ensemble en découvrant l’Identité de l’Autre grâce à une éducation interculturelle ;
- vivre ensemble en préparant la jeunesse afin qu’elle puisse prendre le relais et en favorisant l’inclusion sociale des jeunes, notamment ceux issus de l’immigration.

C’est un vrai défi que nous avons commencé à relever, que nous poursuivrons dans les semaines et les mois à venir.

Je clos ainsi nos travaux de ce Forum et vous remercie pour votre attention.