Organisations non gouvernementales

La Conférence des OING du Conseil de l’Europe
CONF/PRES/SPEECH(2011)9

Intervention du Président de la Conférence des OING du Conseil de l'Europe, Jean-Marie Heydt, à l’ouverture du Forum ‘vivre ensemble : concilier la diversité et la liberté dans l’Europe du XXIe siècle’, le 14 novembre 2011, Conseil de l’Europe, Strasbourg

Monsieur le Secrétaire Général,
Madame la Présidente des délégués des Ministres,
Mesdames et messieurs les membres de l’Assemblée parlementaire et du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux,
Mesdames et messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,

C’est avec grand plaisir que je vous accueille pour ce Forum de la société civile sur le thème du « vivre ensemble : concilier la diversité et la liberté dans l’Europe du XXIe siècle ».

Monsieur le Secrétaire Général, notre sujet s’inscrit dans une démarche nouvelle, celle que vous, Monsieur le Secrétaire Général, et nous, la Conférence des OING, avons voulu depuis plusieurs mois ; à savoir d’inviter autour de la même table des ONG internationales et nationales, des ONG membres, et d’autres non membres, de la Conférence des OING, des représentants de la société civile d’horizons pluriels, pour offrir l’opportunité d’un grand débat sur un thème essentiel : vivre ensemble….

Madame la présidente, je voudrais vous remercier, tout particulièrement, pour la reconnaissance que vous nous faites en vous joignant à nos travaux, et ce dès le début de la présidence britannique. Depuis plusieurs mois, et plus particulièrement encore dans le cadre de la réforme conduite par Monsieur le Secrétaire Général, nous avons eu, entre le Comité des ministres et la Conférence des OING du Conseil de l’Europe, l’occasion de confronter nos perspectives européennes et ainsi vous avez pu mieux connaître nos travaux, nos capacités d’agir et nos compétences aux travers de nos réseaux européens de société civile.

Notre thème s’inscrit à la fois dans une démarche nouvelle qui prend appui, qui puise sa source, dans les travaux que nous avons déjà pu conduire et dans la dynamique des actions que nous avons déjà pu mener, notamment depuis le Forum d’Istanbul ce printemps dernier où déjà, nous avions élargi nos débats aux représentants de la société civile du pourtour méditerranéen, dans l’esprit de la politique de voisinage que conduit le Conseil de l’Europe.

Dans ce contexte, il nous faut établir de nouvelles formes de relations avec nos voisins méditerranéens de la société civile, il nous faut changer nos regards et sortir des filtres proposés quasi exclusivement par les médias.

Nous devons aussi adopter de nouveaux paradigmes, car la donne a changé, un « mur » est tombé, depuis que les régions arabes sont en mutations, depuis qu’elles ne sont plus recluses à « consommer » des événements ou des évolutions, mais qu’elles sont devenues « productrices » de leurs évolutions et donc de leurs événements. Le monde change, le pourtour méditerranéen se métamorphose, et les flux migratoires vont connaître eux aussi une évolution. Il ne faudrait surtout pas que cette mutation génère des peurs nouvelles, aliénantes, chez nous en vieille Europe, peur d’un nouveau vivre ensemble qui va émerger.

Alors oui, qu’il s’agisse de la Xénophobie, de la migrantomanie, de la Christo-judéo-islamophobie, nous devons réagir, car ces peurs empêchent le « vivre ensemble », font le commerce de certains politiciens avides de pouvoir, et sont contraires à nos valeurs humanistes et nos choix démocratiques. Nous devons dire haut et fort ce constat : le multiculturalisme n’est pas mort, c’est notre quotidien ! Il existe d’autant plus que nous, la société civile, sommes l’exemple même d’une diversité culturelle existante. Qui plus est, nous devons promouvoir de nouvelles approches de l’inter-culturalité, car elle est le moteur d’un possible « vivre ensemble » où les cultures trouvent l’espace d’un « vivre ensemble », où la rencontre est possible au-delà de nos diversités et de nos particularismes.

Mais une nouvelle peur monte en puissance ces derniers mois, elle est d’un tout autre ordre, elle transcende nos peurs, celles que nous avons à l’égard de celui qui est différent et nous ne pouvons l’ignorer ; c’est la peur généralisée en l’avenir, en notre futur, une sorte de « futurum phobia ».

En effet, cela fait des mois que nous en appelons aux décideurs politiques pour dire qu’en Europe, le fossé se creuse, que les montagnes de l’incompréhension grandissent et que nos sociétés vont très mal, que nos peuples refusent ces situations. Le mouvement des « indignés », certes non structurés, n’en sont pas moins efficaces. Nos réseaux associatifs européens nous conjurent de prendre la tête de ces mouvements, car les souffrances sont trop grandes. Ils ne comprennent plus que nous ne mettions pas en valeurs, que nous n’opposions pas, aux décideurs politiques, des textes comme la Charte sociale européenne, un Traité qui pourtant engage nos Etats membres alors que la pauvreté explose. Pire encore à la compréhension, plusieurs de ces mêmes Etats, cette fois dans le cadre de l’Union européenne, se sont engagés dans le Traité de l’Union à protéger les droits fondamentaux. Or, nous déplorons ces écarts flagrants entre les Chartes et leurs transcriptions concrètes dans le quotidien des européens.

Cette situation de crise est une réalité qui ne saurait être oubliée par nos dirigeants dès lors qu’on se préoccupe du désir de démocratie des pays du sud de la Méditerranée. En effet, la société civile organisée est le principal amortisseur social qui connaît lui aussi ses propres limites. Ainsi, nos structures démocratiques en Europe sont tout autant en danger que dans le sud de la Méditerranée, avec des facteurs identiques, mais avec une coloration différente et donc trompeuse. Osons décider des mesures efficaces comme par exemple la taxe sur les transactions financières. Arrêtons de considérer que les peuples sont comme des illettrés tout juste bons à croire naïvement les bonnes paroles d’excellents orateurs. Mettons un terme à cette dichotomie entre les discours politiques et les réalités vécues.

Vivre ensemble, c’est d’abord comprendre l’autre, c’est être en capacité d’apporter sa pierre à l’édifice, c’est l’art de gérer la diversité !

Les « indignés » qui portent haut et fort leurs paroles expriment une vraie méfiance généralisée face aux pouvoirs politiques. Nous devons être vigilants pour ne pas reproduire les travers des décideurs politiques et financiers dans nos perceptions d’avenir. Il nous faut travailler sur les peurs de l’avenir générées par certains discours populistes sans pour autant déformer les réalités. Nous avons le devoir de susciter de l’espoir. Pour y parvenir, nous devons interpeller nos décideurs politiques pour tenter d’apporter des réponses, celles émanant de la société civile. Plus une crise grandit, plus la capacité de vivre ensemble doit croître.

Nous devons marteler le fait que la croissance humaine ne peut être déconnectée de la croissance économique. Il ne faut pas confondre cette dernière avec le développement humain, car en n’en tenant pas compte, on ne fait qu’exacerber les populations.

Nos structures démocratiques ne produisent plus ce qu’elles devraient et créent, de fait, des frustrés et des indignés. J'ai bien peur que l'on s'oriente vers une sorte de rafistolage de plus alors que c’est un changement profond dont on a besoin.

C’est pourquoi, la société civile doit jouer un rôle significatif dans l’évolution des situations et de nos sociétés. La société civile doit pouvoir se rencontrer dans un lieu structuré ; elle doit offrir de nouvelles formes d’expressions et surtout, proposer aux pouvoirs des Etats, aux décideurs européens, nationaux et locaux des réponses adaptées face aux tensions multiples que nous vivons !

Je vous remercie.
Jean-Marie Heydt