Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames et Messieurs, Chers collègues,
C’est un grand honneur pour moi de participer à cette 40e
session plénière du Comité d'experts sur l'évaluation des mesures de lutte
contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, plus
connu sous le nom de MONEYVAL.
J’ai rejoint le Conseil de l’Europe en 1993, et, tout au
long de ces années, je n’ai cessé de m’étonner de la richesse et de la
diversité exceptionnelle de cette Organisation qui est la nôtre. Notre atout
majeur – qui fait du Conseil de l’Europe une institution unique sur la scène
internationale – est le fait que l’immense éventail de standards juridiques
et d’exemples de bonnes pratiques que nous avons mis en place, soit
supervisé, sur le plan technique, par des organes d’expertise de grande
qualité, tels que le MONEYVAL, et également, au niveau politique, par
l’Assemblée parlementaire et le Comité des Ministres.
C’est cette spécificité qui rend notre modèle
institutionnel de coopération tellement efficace. Aujourd’hui, alors même
que nous mettons en œuvre la grande réforme de l’Organisation à tous les
niveaux, nous devons faire en sorte que la dynamique de coopération actuelle
entre le niveau politique et les experts soit davantage développée.
Pour cette raison, alors que je m’adresse à vous, à
l’occasion du 15ème anniversaire de MONEYVAL, je souhaiterais évoquer
quelques pistes de réflexion afin de voir comment nous pourrions avancer
ensemble dans cette direction, de manière à pérenniser l’excellent travail
que vous avez accompli jusqu’à aujourd’hui.
Permettez-moi, tout d’abord, de revenir sur la
complémentarité entre le niveau « politique » et celui des « experts » à
l’intérieur du Conseil de l’Europe.
Notre Commission pour le respect des obligations et des
engagements des Etats membres (Commission de suivi) utilise systématiquement
les rapports du MONEYVAL dans le cadre des procédures spécifiques de «
monitoring » et de « dialogue post-suivi » qui couvrent aujourd’hui 14 Etats
membres du Conseil de l’Europe. De plus, dans le cadre de la procédure dite
de « monitoring général » qui couvre tous les autres Etats membres du
Conseil de l’Europe, la Commission de suivi étudie les rapports des organes
thématiques de suivi, y compris ceux du MONEYVAL, pour transmettre des
messages politiques aux Etats membres lorsque la mise en œuvre des
recommandations n’est pas entièrement satisfaisante.
Mais nous pourrions faire bien plus encore. Lorsque nos
Commissions compétentes examinent des rapports sur des sujets qui relèvent
de la compétence du MONEYVAL, nous avons la possibilité d’envisager des
échanges de vues avec les membres du Comité ainsi qu’avec ses « experts
scientifiques », qui sont bien placés pour fournir aux membres de
l’Assemblée des informations concrètes pour orienter leurs travaux.
Afin de mettre cette idée en pratique, il est essentiel
que les membres de l’Assemblée soient informés des travaux du MONEYVAL. La
Résolution statutaire du Comité prévoit la possibilité pour l’Assemblée
parlementaire d’envoyer un représentant aux réunions du MONEYVAL et je pense
que nous devons faire usage de cette opportunité.
Deuxièmement, je souhaiterais évoquer la question de la
coopération du MONEYVAL avec les institutions de l’Union européenne, et le
rôle que l’Assemblée parlementaire peut jouer dans ce domaine.
J’ai fait du rapprochement avec l’Union européenne l’une
des priorités politiques de mon mandat et je me réjouis tout
particulièrement de l’excellent niveau de coopération qui existe entre
l’Union européenne et le MONEYVAL. Le MONEYVAL évalue tous les Etats, qu’ils
soient membres ou non de l’Union européenne, en fonction des standards
figurant dans les Directives européennes contre le blanchiment d’argent et
le financement du terrorisme. Je pense qu’il s’agit d’un excellent exemple
de complémentarité entre l’UE et le Conseil de l’Europe. Aujourd’hui, en
période d’austérité budgétaire, nous devons chercher à optimiser
l’utilisation des fonds publics, éviter les doubles emplois et créer des
synergies entre les mécanismes de suivi existants.
La Commission européenne fait systématiquement référence
aux rapports du MONEYVAL dans ses propres rapports de progrès sur les pays
candidats et les pays qui aspirent à rejoindre un jour l’Union européenne.
Afin de créer encore plus de synergies au niveau politique et pour
harmoniser davantage nos messages, nous allons sensibiliser dans nos
contacts les rapporteurs du Parlement européen sur les pays concernés par
les travaux du MONEYVAL.
Troisièmement, et pour conclure mon propos sur ce point,
je souhaiterais dire quelques mots sur la mise en œuvre des recommandations
du MONEYVAL au niveau national, qui représente l’élément essentiel du bon
fonctionnement de notre modèle de « monitoring ».
La méthodologie de travail que vous utilisez –
autoévaluation et évaluations mutuelles – permet déjà d’instaurer un
dialogue entre les experts et les praticiens, favorise l’échange de bonnes
pratiques, et donne la possibilité de formuler des recommandations adaptées
au contexte spécifique dans chaque pays.
Quelle pourrait-être la contribution des parlements
nationaux à ce processus ? Il est évident que, lorsque la mise en œuvre des
recommandations du MONEYVAL implique des changements dans la législation,
c’est aux parlements nationaux d’adopter des lois ou des amendements. Il est
donc important de faire en sorte que les parlementaires connaissent les
rapports du MONEYVAL et les recommandations formulées, et qu’ils maitrisent
avec efficacité les normes et les standards sur lesquelles ces évaluations
sont fondées. Vaste programme, me direz-vous…
Néanmoins, je pense que nous pouvons faire quelque-chose
de concret dans ce domaine. En fait, le rôle essentiel revient aux membres
des délégations nationales à l’APCE qui devraient systématiquement informer
les présidents des commissions compétentes des parlements nationaux des
rapports en préparation et des rapports publiés. Pourquoi ne pas envisager
des auditions parlementaires, avec la participation des fonctionnaires de
l’exécutif et des experts, voire ceux du MONEYVAL, pour présenter les
conclusions des évaluateurs aux parlementaires ? Cela permettrait de mieux
expertiser en amont des projets de lois et des propositions législatives
destinés à pallier les manquements constatés dans les rapports du MONEYVAL.
Bien entendu, étant moi-même parlementaire et membre «
ancien » de la délégation française à l’APCE, je suis conscient de la
difficulté de mettre en place une telle procédure. Toutefois, nous devons
essayer de le faire, sur le modèle de certains pays où il existe une
pratique de présentation des rapports nationaux des mécanismes de suivi du
Conseil de l’Europe aux experts, politiques et fonctionnaires. Il y a une
semaine, lors de ma visite officielle à Berlin, j’ai été informé que cette
pratique était mise en place au sein de l’Institut allemand des droits de
l’homme, notamment, en ce qui concerne la présentation des rapports
nationaux du CPT et de l’ECRI. Evidemment, les questions abordées dans les
rapports du MONEYVAL sont bien plus techniques, mais nous pouvons néanmoins
utiliser les grandes lignes de cette procédure pour mieux faire connaître
ces rapports et faciliter ainsi leur mise en œuvre.
Mesdames et Messieurs, voilà ce que je souhaitais vous
dire dans cette allocution introductive, tout en vous assurant, une fois de
plus, du plein soutien politique que l’Assemblée accorde à vos travaux.
Je vous remercie de votre attention. |