Droits humains, Démocratie et État de droit
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Droits humains, Démocratie et État de droit

Le Conseil de l'Europe et l'héritage de Churchill

De Zurich à Strasbourg

 Il nous faut recréer la famille européenne en la dotant d'une structure régionale… et le premier pas concret dans cette voie prendra la forme d'un Conseil de l'Europe. En avant l’Europe ! 

Université de Zurich, 19 SeptembrE 1946 

Il y a 80 ans, profondément marqué par les ravages de la guerre sur le continent européen, Winston Churchill prenait la parole à l’Université de Zurich, appelant à une Europe unie. Son discours marquera un tournant dans les réflexions qui allaient conduire à la création du Conseil de l’Europe. 

Churchill avait évoqué pour la première fois la création d’un Conseil de l’Europe dans un discours diffusé sur les ondes de la BBC, au début de l’année 1943. À l’été 1946, alors qu’il voyageait en Suisse pour se reposer et pour peindre, il poursuivait activement son plaidoyer en faveur de l’unité européenne. 

Acclamé comme une rock star, il rassemblait dans les rues des dizaines de milliers de personnes venues écouter ses discours. Sa réputation de héros lui donnait une influence unique pour faire entendre sa vision de l’avenir de l’Europe.  

Dans le discours percutant qu’il a prononcé à Zurich, Churchill reprenait un thème qu’il avait abordé en mars de la même année dans son discours The Sinews of Peace (« Le nerf de la paix ») : un nouvel ordre mondial placé sous l’égide des Nations Unies et soutenu par une Europe unie. Alors que le rideau de fer et la menace d’une guerre nucléaire se profilaient, les nations conserveraient ainsi leur culture et leur patrimoine tout en se rassemblant autour de valeurs communes et d’un même désir de paix et de stabilité.  

Moins de trois ans plus tard, dix États signaient le traité de Londres, qui donnera naissance au Conseil de l’Europe. Héritage durable du combat de Churchill contre la tyrannie, le Conseil de l’Europe demeure aujourd’hui un gardien des droits humains, de la démocratie et de l’État de droit. 

 

 

 

 

Le 17 novembre, le Conseil de l’Europe organisera un événement de haut niveau qui rendra hommage à l’héritage de Churchill, interrogera sa pertinence dans le monde d’aujourd’hui et soulèvera la question « Quel avenir ? » pour l’Europe.  

Quel avenir pour les droits humains, la démocratie et l'État de droit ? 

16h00 – 18h00 CET

Hémicycle · Palais de l’Europe
Strasbourg

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Une union des États européens autour de valeurs communes 

 Nous devons adopter pour fondement la noble conception de la liberté, du droit et de la morale.
Allocution radiophonique nationale à la BBC, 12 mars 1943 

Consterné par les destructions qui ravageaient le continent et marqué par les blessures béantes laissées par le fascisme et l’Holocauste, Churchill était hanté par l’idée que la seconde guerre mondiale aurait pu être évitée. Conscient de la menace que représentait le repli de vastes pans de l’Europe sous le joug de brutales dictatures communistes, il craignait pour l’avenir. Toutefois, il était convaincu que l’union des pays européens permettrait de parvenir à une « prévention durable de la guerre ». 

Le choix de Strasbourg pour accueillir le Conseil de l’Europe, ville frontalière à la croisée des cultures, longtemps au cœur des rivalités entre la France et l’Allemagne, symbolisait la possibilité d’une coexistence harmonieuse. 

En 1949, Churchill se rendit à Strasbourg et s’adressa à une foule de plus de 25 000 personnes sur la place Kléber. Quelques années auparavant, cette même place avait été le théâtre de rassemblements nazis. Churchill estimait cependant que l’exclusion des anciens agresseurs ne pouvait qu’engendrer de nouveaux conflits. Lors de son discours prononcé cette même semaine à la session inaugurale de l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe, il exhorta ainsi l’Organisation à ne pas perdre de temps pour faire entrer l’Allemagne « dans notre cercle ». 

La République fédérale d’Allemagne allait bientôt rejoindre le Conseil de l’Europe en tant que membre associé, avant d’en devenir membre à part entière en 1951. Quarante ans plus tard, Churchill aurait été ravi de voir le rideau de fer tomber, et l’Allemagne réunifiée prendre sa place au sein du Conseil de l’Europe. 

Pendant la guerre froide et après, le Conseil de l’Europe s’est progressivement élargi, pour compter aujourd’hui 46 États membres. Liés par la Convention européenne des droits de l’homme, ces États contribuent à la construction d’un espace démocratique et juridique commun, qui s’appuie sur des assemblées politiques, des organes de suivi et une Cour européenne des droits de l’homme multinationale, chargée de protéger les citoyens à travers toute l’Europe.

Comment l’Europe peut-elle faire vivre la vision de Churchill ?

 Notre tâche et notre devoir suprêmes exigent que nous préservions les foyers des humbles gens des horreurs et des misères d’une nouvelle guerre.   
Sinews of Peace (« Le nerf de la paix »), 5 mars 1946 

Fidèle à l’héritage de Churchill, le Conseil de l’Europe peut se prévaloir de nombreuses réalisations, parmi lesquelles l’abolition de la peine de mort dans une grande partie du continent, le suivi des conditions de détention dans les prisons et l’adoption de traités contraignants sur des sujets aussi divers que la violence à l’égard des femmes et la cybercriminalité, l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle ou encore la protection de l’environnement naturel et du patrimoine bâti. Ses conférences et ses événements couvrent des domaines aussi variés que la protection de la démocratie, l’enseignement de l’histoire et la protection de l’enfance, ainsi que presque tous les sujets relevant de la démocratie, des droits humains et de l’État de droit. 

Le filet de sécurité que Churchill souhaitait voir se mettre en place en Europe prend aujourd’hui forme à travers l’action du Conseil de l’Europe. Les idéaux de paix et de stabilité guident l’action de l’Organisation en faveur de la sécurité démocratique, fondée sur les valeurs communes de ses 46 États membres.  

Quatre-vingts ans après le discours de Zurich, l’Europe est confrontée à une multitude de défis. Le continent, de nouveau secoué par la guerre, doit faire face à des menaces existentielles, notamment celles liées à l’intelligence artificielle et au changement climatique. Sous l’effet de la désinformation, les fondations mêmes de la démocratie vacillent, tandis que la défiance envers les institutions publiques et le multilatéralisme s’accroît. Les deux piliers que sont le droit international et la redevabilité sont de plus en plus fragilisés. Des démocraties autrefois solidement établies sont ébranlées par les ingérences étrangères et les bouleversements mondiaux. 

Dans cette période de profondes mutations géopolitiques et sociétales, le rôle du Conseil de l’Europe dans la promotion et la protection des droits humains, de la démocratie et de l’État de droit revêt une importance plus grande que jamais.

  1. 21 mars 1943

    Lors d’une allocution radiophonique sur la BBC, Churchill propose la création d’un « Conseil de l’Europe ».

  2. 5 mars 1946

    Churchill prononce son discours Sinews of Peace (« Le nerf de la paix »), dans lequel il popularise l’expression « rideau de fer ».

  3. 19 septembre 1946

    À l’Université de Zurich, Churchill appelle à l’unité européenne et préconise une première étape concrète : la création d’un Conseil de l’Europe.

  4. 5 mai 1949

    Le traité de Londres est signé. Dix pays fondent le Conseil de l’Europe. 

  5. 12 août 1949

    Churchill s’adresse à une foule immense sur la place Kléber, à Strasbourg. 

  6. 17 août 1949

    Lors de la session inaugurale de l’Assemblée consultative, Churchill plaide pour l’admission de l’Allemagne au sein du Conseil de l’Europe. 

  7. 4 novembre 1950

    La Convention européenne des droits de l’homme est signée à Rome. 

  8. 2 mai 1951

    La République fédérale d’Allemagne devient un État membre à part entière du Conseil de l’Europe.

  9. 3 octobre 1990

    L’Allemagne est réunifiée. Après la chute du rideau de fer, de nombreux nouveaux États membres rejoignent le Conseil de l’Europe. 

  10. 16 septembre 2026

    Le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, Alain Berset, commémore le discours de Churchill à Zurich.  


 

Qui était Winston Churchill ?


Né en 1874, Winston Churchill était correspondant de guerre, officier de l’armée britannique et homme politique. Il a exercé deux mandats en tant que Premier ministre du Royaume-Uni, le premier de 1940 à 1945, et le second de 1951 à 1955.

Figure emblématique de la résistance au fascisme et de la conduite du Royaume-Uni pendant la seconde guerre mondiale, il est notamment connu pour ses discours mobilisateurs et son œuvre littéraire. En 1953, il reçoit le prix Nobel de littérature. Il meurt en 1965 et bénéficie de funérailles nationales.

Churchill et le Conseil de l’Europe : une fresque sonore