Aziza Abdirasulova, éminente défenseure des droits humains et pionnière de la société civile indépendante au Kirghizistan, a reçu le prix Raoul Wallenberg du Conseil de l’Europe en reconnaissance de ses efforts pour protéger les droits fondamentaux, en particulier les droits des prisonniers, le droit de ne pas être soumis à la torture et le droit de réunion pacifique.
Lors de la cérémonie de remise du prix organisée à Strasbourg, le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, Alain Berset, a salué le grand courage et la détermination de Mme Abdirasulova, qui a apporté une contribution exceptionnelle à la défense des droits fondamentaux au Kirghizstan, souvent en s’exposant à de grands risques personnels et physiques.
« L’une des premières défenseures indépendantes des droits humains au Kirghizistan à recenser systématiquement les cas de torture et les détentions arbitraires, Aziza Abdirasulova a veillé à faire connaître ces faits quand le silence aurait été plus facile. En ces temps où l’attention se porte sur les changements géopolitiques et les crises au plus haut niveau, elle nous rappelle que le prix Raoul Wallenberg remet l’accent sur les défenseur·es des droits humains ».
Dans l’esprit de l’œuvre de Raoul Wallenberg, notamment sa détermination sans faille et son courage extraordinaire dans la défense des droits fondamentaux, le jury a souligné qu’Aziza Abdirasulova avait refusé que l’intimidation et le harcèlement ne la réduisent au silence. Soulignant le rôle essentiel des défenseur·es des droits humains en ces temps difficiles, marqués notamment par le recul des droits humains, le jury a souligné que « son organisation Kylym Shamy a joué un rôle clé dans la dénonciation des violations systémiques des droits humains en fournissant un soutien juridique aux victimes et en mobilisant l’opinion publique aux niveaux national et international. Elle a également été une source essentielle d’informations crédibles pour la communauté internationale sur les questions relatives aux droits humains en Asie centrale. Elle s’est employée sans relâche à promouvoir et protéger la liberté de réunion et le droit de manifester pacifiquement face aux sévères restrictions officielles imposées aux manifestations et aux rassemblements publics ».
En recevant le prix, Aziza Abdirasulova a déclaré : « Pour moi, chaque vie humaine sauvée a une valeur ultime, comme elle l’avait aussi pour Raoul Wallenberg. Tout au long de mes années d’activité, j’ai toujours défendu les droits humains fondamentaux : la liberté de réunion pacifique, la protection contre la torture et les traitements cruels, la liberté d’expression et d’opinion. Cette action a nécessité non seulement des connaissances professionnelles mais aussi un grand courage personnel. J’ai été témoin de centaines de cas de torture et, à chaque fois, j’ai essayé d’apporter le soutien que je pouvais aux victimes. »
Ont pris la parole, lors de la cérémonie de remise du prix, le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe Alain Berset, le président du jury Roderick Liddell et la lauréate, ainsi que l’ambassadeur Harry Rusz, Représentant permanent de la Hongrie auprès du Conseil de l’Europe, et l’ambassadeur Niklas Kebbon, Représentant permanent de la Suède auprès du Conseil de l’Europe.
La cérémonie de remise du prix a lieu tous les deux ans autour du 17 janvier, date anniversaire de l’arrestation de Raoul Wallenberg à Budapest en 1945. Raoul Wallenberg est un diplomate suédois qui s’est servi de son statut pour sauver de la Shoah des dizaines de milliers de Juifs. Son action montre qu’une seule personne, par son courage et son talent, peut influer sur le cours des choses ; elle est pour nous toutes et tous une source d’inspiration et un encouragement à faire entendre notre voix et à agir contre la persécution et la xénophobie. Les circonstances de sa disparition demeurent un mystère depuis de nombreuses années.
Le Conseil de l’Europe a créé le Prix Raoul Wallenberg en 2014 à l’initiative du gouvernement suédois et du Parlement hongrois afin de perpétuer la mémoire et l’action du diplomate. Le prix récompense tous les deux ans l’action humanitaire exceptionnelle d’une personne, d’un groupe de personnes ou d’une organisation.
Les éditions précédentes du prix ont salué les réalisations d’Elmas Arus (2014), un jeune réalisateur rom de Türkiye ; de l’association grecque Agalià (2016) de l’île de Lesbos ; du Centre européen pour les droits des Roms, basé à Budapest (2018) ; d’un médecin syrien, Amani Ballour (2020) ; de Vincent Raj Arokiasamy (2022), défenseur des populations défavorisées des « intouchables » en Inde ; et de Neva Tölle (2024), une ressortissante croate qui a consacré sa vie à la protection des femmes contre la violence domestique.
Le jury est composé de sept personnalités indépendantes, reconnues pour leurs valeurs morales dans le domaine des droits humains et de l’action humanitaire, et désignées par le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, le ministère suédois des Affaires étrangères, le Parlement hongrois, la municipalité de Budapest, l’Institut Raoul Wallenberg à Lund, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et la famille de Raoul Wallenberg.
Biographie d’Aziza Abdirasulova (uniquement en anglais)
Discours du Secrétaire Général Alain Berset (uniquement en anglais)
Secrétaire Général Alain Berset

