Une nouvelle étude sur les problèmes récurrents et les bonnes pratiques en matière de promotion des langues régionales et minoritaires en Europe vient d’être publiée. Elle se penche sur la diversité du paysage médiatique pour les langues minoritaires, en particulier en ligne, et plus précisément sur l’utilisation de ces langues dans les nouveaux médias et les médias sociaux et numériques, ainsi que sur l’enseignement de ces langues et de l’histoire et la culture dont elles sont l’expression.
« Certaines langues n’étant pas rattachées à un État-parent (comme le gallois, le basque, le frison, etc.) ont aussi une forte présence sur de nombreuses plateformes », indique l’étude. Grâce à l’abaissement des barrières financières, techniques et réglementaires à l’entrée, les nouveaux médias ont renforcé la capacité des internautes à produire et à diffuser des contenus diversifiés, ainsi que l’interaction entre les locuteurs et locutrices, notamment parmi la jeune génération (créant ainsi une culture propre aux jeunes, distincte du système éducatif). Il convient également de noter l’amélioration de l’accès aux documents d’archives et à la mémoire culturelle. Les nouveaux outils d’apprentissage des langues, notamment des applications telles que Duolingo et d’autres, ont stimulé l’apprentissage des langues régionales et minoritaires. Les ressources linguistiques numériques (la traduction automatique, les technologies de transcription vocale, la reconnaissance vocale et les outils reposant sur l’intelligence artificielle) sont de plus en plus importantes pour garantir la survie des langues.
Cette étude, préparée par le Comité directeur du Conseil de l’Europe sur l’anti-discrimination, la diversité et l’inclusion (CDADI), offre aux gouvernements des États membres l’occasion d’examiner les lacunes dans ce domaine et de mieux soutenir la protection des langues régionales ou minoritaires.
Liens entre les médias en ligne et les médias traditionnels
L’étude met en évidence la co-dépendance entre les médias traditionnels et les nouveaux médias en langues régionales ou minoritaires : certains convergent, d’autres priorisent les plateformes numériques et sociales par rapport à la presse écrite, d’autres encore effectuent une migration complète vers le format numérique. Le processus inverse se produit également, les entités numériques adoptant des formats traditionnels, par exemple la publication sur papier de contenus initialement publiés sur des blogs, la production de disques vinyles parallèlement à la mise en ligne de contenus musicaux sur des plateformes numériques, ou encore des youtubers et youtubeuses devenant présentateurs et présentatrices d’émission de télévision.
Afin d’en exploiter pleinement le potentiel, les nouveaux médias et les médias sociaux et numériques devraient, selon le CDADI, être accessibles aux locuteurs et locutrices de langues régionales ou minoritaires de tous âges. Plusieurs exemples de bonnes pratiques peuvent être cités à cet effet :l’introduction d’initiatives ou de dates spéciales (des journées et semaines particulières) pour renforcer la présence des langues régionales ou minoritaires dans les médias sociaux, la facilitation de la création de contenus ciblant spécifiquement les enfants et les jeunes dans les nouveaux médias, le lancement d’influenceurs ou d’influenceuses s’exprimant dans ces langues dans les médias sociaux, le soutien apporté au passage des médias traditionnels aux nouveaux médias, le développement des compétences numériques et linguistiques des citoyen·nes et la création de nouvelles ressources numériques. Le Conseil de l’Europe recommande par ailleurs la démocratisation des algorithmes d’accès : les contenus en langues régionales et minoritaires devraient atteindre facilement les utilisateurs et utilisatrices potentiels, et pas seulement ceux qui font la démarche de les rechercher activement.
Importance de l’enseignement des langues régionales et minoritaires
L’étude met également l’accent sur l’enseignement de l’histoire et de la culture dont les langues régionales ou minoritaires sont l’expression. Dans certains pays, elles sont enseignées en tant que composantes d’un programme scolaire applicable à tous les élèves sur l’ensemble du territoire d’un État (comme en Autriche, en Roumanie, en Suède, en Ukraine, en Serbie, en Lituanie, ainsi que dans certaines régions de Croatie, de République tchèque et d’Italie), dans d’autres, elles sont enseignées uniquement sur le territoire au sein duquel ces langues sont pratiquées (par exemple en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni), et dans d’autres encore, cet enseignement s’adresse spécifiquement aux membres d’une minorité nationale particulière.
Le Comité directeur du Conseil de l’Europe recommande à tous les États membres de prendre des dispositions pour garantir que l’enseignement de l’histoire et de la culture associées aux langues régionales ou minoritaires fait partie des objectifs de l’enseignement ordinaire sur l’ensemble du territoire, tant au niveau primaire qu’au niveau secondaire. Dans les territoires au sein desquels une langue régionale ou minoritaire est utilisée, cette dernière devrait donner lieu à une offre éducative appropriée et à une intensification de l’enseignement de l’histoire et de la culture associées à cette langue. Les personnes qui ne parlent ni n’apprennent la langue régionale ou minoritaire en question sont néanmoins régulièrement en contact avec ses locuteur et locutrices dans leur vie quotidienne. Des ressources pédagogiques adéquates, élaborées en consultation avec les locuteur et locutrices de la langue concernée, devraient être mises à disposition, et ces questions devraient être abordées dans le cadre de la formation des enseignant·es.
L’instance du Conseil de l’Europe formule également un certain nombre de recommandations concernant la création, dans les États membres, d’organes consultatifs permanents pour chaque langue régionale ou minoritaire utilisée dans ces États.
La présente étude s’achève par un aperçu des avancées en matière de ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. La Charte est le seul instrument juridique au monde pour la promotion de l’utilisation publique de ces langues. Elle a été ratifiée par 25 États et signée par huit autres (Azerbaïdjan, France, Islande, Italie, Malte, République de Moldova, Macédoine du Nord et Portugal).
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