Retour Commissaire aux droits de l'homme: Les attaques contre les droits humains des migrants mettent tous nos droits en danger

Commissaire aux droits de l'homme: Les attaques contre les droits humains des migrants mettent tous nos droits en danger

Ces derniers jours, la petite ville de Ballymena, en Irlande du Nord, a été le théâtre de scènes horribles. Nuit après nuit, des émeutiers ont tyrannisé des hommes, des femmes et des enfants simplement parce qu'ils venaient d'ailleurs. Ces scènes choquantes me rappellent les récents incendies criminels répétés contre des centres d'hébergement pour migrants à travers la République d'Irlande. Ces deux phénomènes ont été alimentés, au moins en partie, par la désinformation haineuse diffusée en ligne.

Ces scènes se reproduisent, sous une forme ou une autre, dans de nombreux endroits en Europe. Elles sont le résultat inacceptable, mais pas surprenant, d'années de dénigrement des migrants, de leur « altérisation ». Le fait de rejeter la responsabilité des maux sociaux sur les étrangers a longtemps été l'apanage d'une forme extrême et inéligible de politique populiste. Cependant, au fil du temps, notamment avec certains changements dans la donne politique, l'altérisation des migrants est entrée dans les mœurs.

Pour en attester, j’aurais, jusqu'à récemment, cité certaines sources médiatiques ainsi que quelques États, en particulier en ce qui concerne le contrôle de leurs frontières.

Mais ces dernières semaines ont vu un tournant inquiétant lorsque neuf pays[1] (tous membres de l'Union européenne et du Conseil de l'Europe) ont publié, le 22 mai, une sorte de lettre ouverte ou de déclaration sur le thème de la migration irrégulière. Bien que formulée avec prudence, cette déclaration tisse un récit de perte de contrôle de nos frontières et met l'accent sur la criminalité de certains migrants.

En ce qui concerne les droits humains, elle affirme que l'équilibre a été rompu, que « la sécurité des victimes et de la grande majorité des citoyens respectueux de la loi est un droit essentiel et déterminant. Et, en règle générale, il devrait primer sur toute autre considération ». Par « toute autre considération », la déclaration fait vraisemblablement référence à ce qu'elle appelle « la protection des mauvaises personnes ».

Et il ne s'agit pas seulement des criminels, comme le montre clairement la référence à la nécessité de lutter contre les États hostiles qui, « par exemple, (...) instrumentalisent les migrants à nos frontières ».

Après avoir exposé ce qu'elle considère comme le problème, la déclaration prescrit les mesures qui s'imposent désormais, notamment « un examen de la manière dont la Cour européenne des droits de l'homme a développé son interprétation de la Convention européenne des droits de l'homme », étant donné que la Cour « a, dans certains cas, limité notre capacité à prendre des décisions politiques dans nos démocraties. Elle a ainsi affecté la manière dont nous, en tant que dirigeants, pouvons protéger nos sociétés démocratiques et nos populations contre les défis auxquels nous sommes confrontés dans le monde d'aujourd'hui ». Plus généralement, la déclaration observe qu'« il est nécessaire d'entamer une discussion sur la manière dont les conventions internationales répondent aux défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui. Ce qui était juste hier ne sera peut-être pas la réponse de demain ».

Il y a tant à rejeter et à contester dans la déclaration des neuf pays. Elle exagère grossièrement l'incidence de la criminalité au sein des communautés de migrants et ne fait qu'une seule référence aux réfugiés fuyant la persécution. Elle avance des affirmations non fondées, telles que celle selon laquelle la Cour européenne des droits de l'homme rend plus difficile la protection de nos sociétés. Elle ne tient pas compte de la manière dont les États peuvent poursuivre des objectifs légitimes, tels que la sécurisation de nos frontières, sans renoncer au respect des droits humains.

De plus, elle propose l'établissement d'une sorte de hiérarchie des titulaires de droits, les citoyens respectueux de la loi se trouvant dans une position supérieure à celle des « mauvaises personnes ».

Et tout cela est présenté dans un discours suggérant que cette déclaration tire son autorité de la volonté du peuple.

Où est la reconnaissance de l'article 1 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, selon lequel « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » ?

 Où est la reconnaissance du fait que la volonté perçue du peuple doit toujours être soumise à l'État de droit, y compris à l'application des traités internationaux relatifs aux droits humains ? Où est la reconnaissance de la pratique constante, du moins en Europe, selon laquelle l'élaboration des traités relatifs aux droits humains doit toujours servir à renforcer plutôt qu'à affaiblir la protection des êtres humains ?

Quant à la volonté du peuple, je reconnais que la période actuelle est difficile pour gouverner, avec les vagues de désinformation qui balayent nos sociétés, les profondes inégalités économiques et le faible niveau de confiance dans les institutions politiques et autres. Cependant, la réponse n'est pas de renier nos valeurs. Elle ne consiste certainement pas à démanteler le réseau de protections des droits humains mis en place avec tant d'efforts après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale.

Au contraire, la gouvernance doit être fondée sur des données factuelles et s'attaquer aux véritables causes profondes du malaise. Elle doit également adopter une perspective historique, non seulement en tirant les leçons de notre passé, mais aussi en reconnaissant que les actes d'aujourd'hui peuvent avoir des conséquences désastreuses pour l'avenir.

Il est temps de prendre conscience du danger que représente cette période. Aujourd'hui, l'attention se porte sur les migrants ; demain, ce sera un autre groupe minoritaire vulnérable ; finalement, cela pourrait être n'importe qui d'entre nous.

J'appelle les neuf gouvernements à reconsidérer leur position. J'appelle tous les États membres du Conseil de l'Europe à rester fermes dans la protection des droits humains de tous.

MichaeL O'Flaherty


[1] Autriche, Belgique, République tchèque, Danemark, Estonie, Italie, Lettonie, Lituanie et Pologne.

Division des migrations et des réfugiés Strasbourg 16 juin 2025
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