Réunion d’experts des services pénitentiaires et de probation consacrée à la radicalisation qui conduit à l’extrémisme violent

Strasbourg, 23-24 novembre 2016

 

Monsieur l’Ambassadeur, Mesdames et Messieurs,

C’est un privilège et un plaisir pour moi de vous accueillir au nom du Secrétaire Général du Conseil de l’Europe et en mon propre nom, à l’occasion d’une réunion qui revêt une grande importance pour nos Etats membres et pour notre Organisation.

Permettez-moi, avant toute chose, de remercier chaleureusement les autorités belges, à travers vous Monsieur l’Ambassadeur, pour leur contribution financière, sans laquelle cet événement n’aurait pas pu avoir lieu.

Mesdames et Messieurs,

Les droits de l’Homme, la démocratie et l’Etat de droit  sont des valeurs fondamentales de nos sociétés; et le Conseil de l’Europe défend ces valeurs depuis sa création. Or nous le savons que trop bien, l’un des objectifs du terrorisme est de détruire ces piliers essentiels sur lesquels l’Europe est construite.

Des actes terroristes ont récemment eu lieu dans plusieurs pays européens. Ils ont coûté la vie à des centaines de personnes innocentes. Parmi les auteurs de ces actes abominables, certains avaient déjà été incarcérés dans une prison européenne, d’autres étaient en période de probation. Certains d’entre eux avaient déjà manifesté des signes de radicalisation. Alors pourquoi n’a-t-il pas été possible d’empêcher ces individus de commettre ces actes épouvantables ? Comment de tels risques pourraient, à l’avenir, être réduits à leur minimum ? Telles sont quelques-unes des questions que nous devrons nous poser lors de cette réunion.

Autre phénomène alarmant, de jeunes hommes et de jeunes femmes, parfois même des enfants, ont quitté l’Europe ces dernières années et ces derniers mois pour rejoindre DAECH et d’autres groupes terroristes au Moyen-Orient. Beaucoup d’entre eux sont déjà revenus en Europe. D’autres vont revenir dans un avenir proche. Ce flux de personnes représente, pour nos sociétés, des risques considérables en matière de sûreté et de sécurité. Les actes que ces personnes ont commis appellent un placement en détention et une sanction pénale, mais, vous le savez fort bien, il est souvent difficile de réunir des preuves qui permettent d’établir le degré de leur implication dans les actes terroristes commis hors de nos frontières. De surcroît, ces combattants terroristes, de retour de l’étranger, seront tôt ou tard remis en liberté. Aussi est-il indispensable de préparer leur sortie de prison d’une manière qui garantisse la sûreté et la sécurité de tout un chacun. Par ailleurs, un grand nombre de celles et ceux qui rentrent ont besoin, sans attendre, d’un accompagnement et de soins psychologiques voire même, selon certains spécialistes, de soins psychiatriques.

Mesdames et Messieurs,

Les services pénitentiaires et de probation de nos Etats membres disposent-ils des moyens suffisants ? Sont-ils formés et préparés de façon appropriée pour faire face à ce phénomène et y répondre de façon adéquate ? Que  peut faire le Conseil de l’Europe pour vous aider à cet égard ? Nous allons nous efforcer de trouver des réponses à ces questions durant les deux prochains jours.

Une première question cruciale, la sélection et la formation du personnel. Le personnel pénitentiaire et de probation notamment  doit être à même de détecter et d’évaluer les risques et les besoins associés aux délinquants extrémistes violents, et de faire le nécessaire pour que ces derniers soient pris en charge. Il s’agit en effet de garantir la sécurité et la sûreté, en prison et pendant la période de probation, tout en préparant leur sortie et leur réinsertion dans la société.

D’autres questions importantes doivent également être examinées, parmi lesquelles celle du régime de détention appliqué aux délinquants extrémistes violents, leur traitement, la nécessité ou non de les séparer, de les disperser ou de les isoler, la nécessité ou non de surveiller ou de restreindre leurs contacts avec les autres détenus et avec les visiteurs, et, le cas échéant, l’étendue d’une telle  mesure de surveillance ou de restriction, le niveau d’intrusion dans leur vie personnelle à travers des caméras vidéo et d’autres dispositifs de surveillance, les fouilles intimes, les relations et le partage d’informations entre les services pénitentiaires et de probation et les agences de renseignement, la nécessité ou non d’avoir des services de renseignement pénitentiaires. Et cette liste de questions est bien loin d’être exhaustive.

Enfin, nous savons que le renseignement ou l’action des forces armées ou de la police ne peuvent à eux seuls résoudre le problème de la radicalisation et de l’extrémisme violent.

Nous avons aujourd’hui besoin d’une stratégie globale qui s’inscrive sur le long terme ; nous avons besoin d’une mobilisation commune, aux niveaux international, national et local ; nous avons besoin d’outils et de méthodes adaptés aux différentes cultures et aux différentes religions.

Travailler auprès de délinquants implique d’agir avec les services sociaux et les agences pour l’emploi, d’agir avec leur famille et leur entourage, de faire appel à des mentors, de travailler avec les référents de différentes religions, des aumôniers, des imams, et nous devons nous occuper attentivement des mineurs, que ceux-ci soient ou non délinquants, car dans bien des cas ils peuvent être exposés au risque de radicalisation.

Mesdames et Messieurs,

Cette réunion se tiendra à huis clos. Il est en effet important que vous puissiez évoquer le plus librement possible vos expériences, vos pratiques, vos préoccupations, vos réussites, mais aussi vos échecs dans la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme violent.

Pour contrer efficacement l’extrémisme violent, nous devons impérativement partager et mobiliser notre expérience et nos moyens, à l’échelle de l’Europe et du monde.

Vous le savez, le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe a adopté, en mars dernier, des Lignes directrices à l'intention des services pénitentiaires et de probation concernant la radicalisation et l'extrémisme violent conduisant au terrorisme. Nous sommes actuellement en train de finaliser un Manuel pour le personnel pénitentiaire et de probation sur le même sujet. Les deux textes vous ont d’ailleurs été transmis en vue de votre préparation à la présente réunion. Nous espérons que ces deux documents faciliteront votre tâche. De notre côté, nous avons besoin de votre expertise professionnelle et de votre créativité pour adapter, au mieux, ces normes à l’environnement juridique et pratique qui est le vôtre, ainsi qu’à vos besoins et contraintes spécifiques.

Je suis convaincu que cette réunion marquera une étape importante dans la collaboration entre les services pénitentiaires et de probation de nos Etats membres dans la lutte contre la radicalisation qui conduit à l’extrémisme violent. Cette réunion contribuera également, je l’espère, à promouvoir davantage encore les normes et les principes du Conseil de l’Europe dans ce domaine.

Je souhaite à tous et à toutes une réunion fructueuse et je vous remercie de votre attention !

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