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E-pertinence de la culture à l'ère de l'IA

Séminaire d'experts sur la culture, la créativité et l'intelligence artificielle
Rijeka, Croatie 12-13 octobre 2018
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E-pertinence de la culture à l'ère de l'IA

La Culture, la Créativité et l'Intelligence artificielle ont été discutées lors d’un séminaire d’experts qui s'est tenu à Rijeka, en Croatie, les 12 et 13 octobre 2018. Le séminaire « E-pertinence de la culture à l'ère de l'IA », organisé dans le cadre de la Présidence croate du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe, a apporté une contribution sectorielle aux travaux du Conseil de l’Europe en matière d’intelligence artificielle.

En présence de représentants du Ministère de la Culture de Croatie, des experts, des praticiens/artistes et des décideurs politiques du Comité Directeur de la Culture, du Patrimoine Culturel et du Paysage ont tenté de formuler des principes visant une culture de l’innovation responsable, permettant l’implication des citoyens et l'émergence d’un Léonard de Vinci moderne. Les questions suivantes ont été débattues :

  • Comment la culture peut-t-elle conserver son rôle important d’éveil à une époque où l'IA a déjà un impact significatif sur la culture (voire la crée) ?
  • Peut-elle contribuer à un avenir technologique plus humain et plus citoyen en proposant et en développant des concepts alternatifs ?
  • Quel est son impact sur la perception de l'unicité/du génie du genre humain, le rôle des artistes, la propriété intellectuelle ?

Des experts, tels que Régine Debatty, Luba Elliott, Philippe Kern, Davor Misković, Matteo Pasquinelli, Felix Stalder, Vuk Ćosić et Gerfried Stocker, ont fait connaître les défis et les opportunités liés à l’IA, présentant non seulement une révolution technique, mais aussi une révolution culturelle et sociale.

Le séminaire a souligné que :

1. L’art et la culture doivent faire partie du dialogue sur la société de l’information (qu’il s’agisse de la transformation numérique dans son ensemble ou de l’IA en particulier).

2. L’art et la culture apportent des contributions essentielles aux discussions sur notre avenir commun qui subit l’influence des technologies, à la fois par la vision réaliste qu’ils véhiculent (avec l’art médiatique critique) et par les orientations qu’ils proposent (approche réflexive et holistique).

3. L’art et la culture favorisent l’engagement actif et la créativité des citoyens, et donc la diversité de la production, à contre-courant de l’uniformisation et l’homogénéisation culturelles mondiales.

4. L’art et la culture sont d’irremplaçables moyens d’expression du génie humain, de son inventivité et de sa créativité infinies et innées, de son pouvoir d’autodétermination et des droits de l'homme manifestes.

5. L’art et la culture sont des vecteurs fondamentaux pour créer l’intelligence sociale et l’émancipation nécessaires afin d’accompagner les nouveaux modes de vie caractérisés par une interaction toujours plus grande entre l’homme et la machine.

***

Les artistes et les acteurs de la culture peuvent concevoir d’autres modèles de développement, basés sur un calendrier culturel – en s’affranchissant des logiques économiques/commerciales. Ils ont la capacité de révéler une multitude de lectures, de discours et de points de vue et attirent l’attention des médias. Comme en ont convenu les participants au séminaire, ils ne seront pas facilement remplacés par des machines, «mêmes si certaines œuvres d’art générées par l’IA ont l’air plus convaincantes que des travaux présentés aux foires d’art».

Le fait est que les gens semblent apprécier la présence humaine, l’imperfection de la création humaine et les concepts, les récits, les intentions, les efforts et le contexte biographique qui proviennent des humains.

Cela dit, l’AI risque d’avoir des répercussions non négligeables sur les industries culturelles et créatives (musique, cinéma, journalisme, design, etc.), en remettant en question les modèles économiques dominants. Par ailleurs, les inégalités de pouvoir en termes de représentation pourraient s’aggraver compte tenu des traditions d’archivage qui sont différentes selon les régions du monde : les cultures ayant une forte tradition d’archivage seront mieux placées pour répondre aux besoins de données des systèmes d’IA, et donc plus « présentes » dans la perception du monde et sur les marchés internationaux.

Une initiative actuellement menée à Rijeka et consistant à enseigner à l’IA une langue locale menacée pourrait servir de bonne pratique et inspirer d’autres initiatives de ce type afin de protéger et de promouvoir la diversité culturelle européenne. Ainsi, en combinant des atouts économiques et technologiques de grande qualité avec des principes éthiques et des valeurs, on obtiendrait un avantage compétitif pour développer un modèle européen robuste -représentant également un succès commercial-, car fondé sur des valeurs de longue date plutôt que sur des règles purement commerciales.

Dans tous ces domaines, la communication est primordiale. Le plus souvent, les gens semblent craindre une perte de contrôle au profit de l’IA ou ignorer tout bonnement les défis à relever. L’IA présente à la fois une dimension mythologique et une dimension rationnelle : les gens choisissent d’être opérés par des robots plutôt que par des médecins, compte tenu des taux de réussite supérieurs de la chirurgie basée sur l’IA. Mais en matière de soins infirmiers, ils préfèrent clairement le contact humain.

L’événement a également vu l’ouverture de l’exposition « Anatomie d’un système IA », une carte qui vous guide à travers la naissance, la vie et la mort d’un système d’IA crée par Vladan Joler, fondateur de la Share Foundation et Professeur à l’université de Novi Sad.

Les résultats du séminaire d’experts de Rijeka sur la culture, la créativité et l’intelligence artificielle seront transmis à la prochaine conférence du Conseil de l'Europe « Rester maître du jeu – les implications du développement de l'intelligence artificielle sur les droits de l'homme, la démocratie et l'État de droit » (Helsinki, 26-27 février 2019).


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