Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI)


Communiqué de presse – 17.06.1998

Des rapports sur le racisme mettent en lumière des discriminations et des tensions

STRASBOURG, 17.06.98 – L’augmentation de I'intolérance à l’égard des étrangers, les mauvais traitements infligés aux membres des groupes minoritaires par la police et les discriminations sur le lieu de travail font partie des problèmes mis en lumière dans six rapports sur le racisme, publiés aujourd'hui par la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI) du Conseil de l’Europe..

La Bulgarie, la France, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal et la Slovaquie sont les pays auxquels est consacrée la troisième série de rapports de I'ECRI. Les rapports relatifs aux 40 Etats membres de I'Organisation seront en voie d'achèvement d'ici la fin de I'année 1998.

Ces rapports établis à la suite d'analyses dans un temps limité, mettent en évidence des problèmes et leurs causes et proposent des conseils et solutions potentielles. Ils jouent un rôle-clé dans le dialogue permanent instauré entre le Conseil et les Etats membres afin de réfréner le racisme, la xénophobie, I'antisémitisme et l’intolérance.

Les rapports contiennent notamment les conclusions suivantes:

La Bulgarie, qui connaît de grands bouleversements socio-économiques, manque de structure et de politiques nécessaires pour lutter contre le racisme et l’intolérance. La manière dont sont traités les Roms/Tsiganes ainsi que les effets de l'augmentation de la traite des êtres humains posent des problèmes particuliers. Les solutions proposées consistent notamment à mettre en place un Médiateur et à créer une commission chargée d'examiner la situation des Roms/Tsiganes.

La France, qui possède un ensemble de lois très élaborées pour lutter contre le racisme (renforcées récemment par le nouveau Code pénal de 1994), continue d'être confrontée à des poussées sporadiques de racisme et elle a I'un des groupes politiques d'extrême droite les plus forts et les mieux structurés d'Europe. Elle a besoin d'adapter plus précisément sa législation, de se pencher à nouveau sur la manière dont sont traités les réfugiés et les immigrés en situation irrégulière, et d'entreprendre plus d'activités de sensibilisation, d'éducation et de formation.

L’Italie, qui a connu dans le passé un nombre relativement faible d'agressions racistes, a vu celles-ci augmenter, dans un contexte de problèmes socio-économiques et d’immigration clandestine accrue. Un recours plus rapide et meilleur aux lois existantes, des activités de sensibilisation et une commission spécialisée ou un Médiateur pour lutter contre ce problème figurent parmi les solutions envisageables.

Les Pays-Bas ont une politique structurée et bien au point en matière de racisme et ont adopté de nombreuses initiatives dans ce domaine comme, par exemple, leur réseau de centres locaux contre les discriminations. La violence raciale et le soutien apporté aux groupes d'extrême droite restent faibles, bien que le pays soit aussi touché par I'augmentation récente dans toute I'Europe de l’intolérance à I'égard des étrangers. Pour améliorer la situation, il faudrait affiner les politiques sociales, mieux appliquer les lois existantes et faire un plus grand travail de suivi et de sensibilisation.

Le Portugal est un pays généralement tolérant qui dispose d'une bonne législation spécifique pour lutter contre le racisme et les discriminations. Il faudrait toutefois accorder plus d'attention à la situation des immigrés en situation irrégulière et à fa répression des actes de violence commis par des groupes extrémistes. Les Roms/Tsiganes et les Africains noirs originaires des régions lusophones sont souvent pris pour cibles. Parmi les propositions de mesures, on peut citer: des campagnes de sensibilisation, la formation de la police et la création d'un groupe d’intervention spécial pour lutter contre les Skinheads.

La Slovaquie, qui est encore engagée dans un processus de démocratisation et de transition vers une économie de marché, est confrontée à des problèmes de discrimination à I'encontre tant de la minorité nationale hongroise, surtout en ce qui concerne I'usage officiel de sa langue, que des Roms/Tsiganes, surtout en ce qui concerne I'emploi, le logement, les soins de santé et I'enseignement. Il est notamment recommandé de prévoir des activés de sensibilisation et de formation pour les policiers et les autres fonctionnaires, un Médiateur pour les Roms/Tsiganes, une aide juridique pour les victimes de discriminations et une politique cohérente en ce qui concerne les réfugiés et les demandeurs d'asile.

Note aux rédacteurs en chef:

La première série de rapports, concernant la Belgique, la République tchèque, la Finlande, la Grèce, la Hongrie, l’Islande, l’Irlande, la Lituanie, le Luxembourg, Malte et la Pologne, a été publiée en septembre 1997; la seconde, concernant I'Allemagne, le Liechtenstein, la Norvège, Saint-Marin, la Slovénie et la Suisse, en mars de cette année. Tous les rapports sont accessibles sur le site Internet de I'ECRI.

L’ECRI a adopté une approche multidisciplinaire pour ses travaux. Parallèlement aux études qu'elle effectue pays par pays, elle a à ce jour publié, à l’intention des gouvernements, quatre recommandations générales, qui comprennent des principes directeurs pour la définition de politiques nationales globales destinées à lutter contre le racisme et la discrimination et, en particulier, contre le racisme et l’intolérance dont les Roms/Tsiganes sont victimes. L’ECRI agit en coopération avec d'autres organisations internationales, publiques et non gouvernementales qui sont actives dans ce domaine.