Séminaire GEEMA
« Femmes Entrepreneurs : un dialogue Euro-Med-Atlantique »
19 mai 2010
Fondation Luso-Américaine
Lisbonne
Intervention de Mme Deborah Bergamini,
Présidente du Conseil Exécutif du Centre Nord-Sud
M. le Président du Groupe d’Etudes Euro-Med-Atlantico, dont le CNS a participé au lancement,
Mme l’Ambassadeure du Maroc,
Chers amis
Tout d’abord permettez-moi de remercier
- la Fondation Luso-Américaine, qui a été partenaire du Centre Nord-Sud dans plusieurs initiatives, et qui nous accueille aujourd’hui pour le lancement de ce nouveau projet auquel le CNS a voulu garantir son support ;
- l’Ambassade du Maroc à Lisbonne, qui a co-organisé cet événement ;
- tous les présents, qui, j’en suis sûre, donneront une contribution précieuse à ce séminaire et, en particulier, une amie du Centre Nord-Sud, Mme Bouaida, qui interviendra d’ici peu et qui fait partie du tout nouveau Think tank du CNS.
Je suis particulièrement heureuse, comme Présidente du CNS, que le premier séminaire de cette nouvelle initiative de la Fondation Luso-Américaine soit dédié au Maroc, dont je voudrais souligner l’importance historique de son adhésion au Centre Nord-Sud, premier Etat non-européen, il y a presque un an. L’adhésion du Maroc, en effet, a une valeur très puissante et a apporté aux activités du Centre des nouvelles perspectives précieuses, sur la base desquelles nous sommes en train d’élaborer des nouveaux projets.
Comme vous le savez, au CNS nous sommes en train de vivre des belles satisfactions, telle quelle la table ronde dédiée au « XXIe siècle, siècle de l'interdépendance et de la solidarité mondiales », qui s’est tenue hier pour célébrer le vingtième anniversaire du CNS et à laquelle ont participé des anciens lauréats du Prix Nord-Sud et d’autres importantes personnalités. Elle a été suivie par la cérémonie de remise du Prix Nord-Sud 2009 à M. Gorbatchev et Mme Rula Dashti.
Mme Dashti est une activiste de premier plan au Koweït et à travers la région : elle défende la réforme démocratique de son Pays et lutte en faveur de l'égalité entre les hommes et les femmes pour renforcer le rôle des femmes dans la vie publique. Lors des élections parlementaires de 2009, elle et trois autres femmes ont été élues, devenant ainsi les premières femmes à entrer au Parlement koweïtien. Mme Dashti est aussi la Présidente de la « Kuwait Economic Society », clair exemple du fait que la participation des femmes à la vie publique ne peut qu’être à la fois politique, sociale et économique car les trois domaines sont strictement interconnectés.
Je voudrais souligner à quel point le travail que GEEMA commence aujourd’hui avec ce séminaire, est en ligne avec les indications et le travail de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, dont je suis membre. Dans la Résolution 1598 et la Recommandation 1825 (janvier 2008) au sujet du « Renforcement de la coopération avec les pays du Maghreb », l’Assemblée a déclaré d’attacher une importance particulière au renforcement de la coopération et des échanges avec ces pays, qu’elle considère comme des piliers de la stabilité dans la région euro-méditerranéenne et comme des partenaires privilégiés.
Le Maroc a participé régulièrement aux activités du CNS et il a contribué d’une façon importante au développement de la réflexion autour des droits des femmes. Il y a presque un an, au mois d’Avril 2009, nous étions réunis ici à la Fondation Luso-Américaine pour discuter du rôle des femmes en tant qu’« actrices de changement dans la région méditerranéenne » et, dans les conclusions, nous avons été invités à « proposer des programmes de coopération [...] pour promouvoir […] la participation équilibrée des femmes et des hommes dans la vie politique, sociale et économique ».
Vous savez que le CNS attache depuis toujours une importance fondamentale aux droits des femmes. Ces droits sont encore « jeunes » : lors de la création des Nations Unies en 1945, par exemple, seuls trente, des cinquante-et-un premiers Etats Membres de l'Organisation, accordaient aux femmes les mêmes droits de vote qu'aux hommes ou les autorisaient à travailler dans l'administration publique. Néanmoins, les rédacteurs de la Charte des Nations Unies firent délibérément mention de «l'égalité des droits entre les hommes et les femmes». Aucun document légal international n'avait auparavant affirmé avec une telle vigueur l'égalité de tous les êtres humains ou n'avait considéré la différence de sexe comme possible motif de discrimination.
Au cours des trois décennies qui suivirent, le travail des Nations Unies relatif aux femmes fut principalement consacré à la codification de leurs droits juridiques et civils ainsi qu'à la collecte d'informations sur leur statut dans le monde. Avec le temps, il devint toutefois de plus en plus évident que les lois, en elles-mêmes et comme telles, ne suffisaient pas à garantir aux femmes des droits égaux à ceux des hommes. C’est avec cette conscience qu’en 1975, à Mexico, se réunit la première conférence mondiale sur le statut des femmes qui adopta un Programme mondial d'action qui, pour la première fois, mentionne l'intégration et la pleine participation des femmes au développement.
Cette approche marqua un tournant dans la façon dont les femmes étaient perçues : alors que les femmes étaient considérées auparavant comme des individus recevant passivement aide et soutien, elles devenaient dès lors les véritables partenaires des hommes, possédant les mêmes droits d'accès aux ressources et aux opportunités.
Lors de la réunion de représentants des Etats Membres à Copenhague en 1980 qui visait à revoir et examiner le Programme mondial d'action, à l'occasion de la seconde conférence sur les femmes, on reconnut de façon unanime que des progrès significatifs avaient été réalisés.
Mais beaucoup de travail restait à faire, surtout en matière de droits économique ; c’est pourquoi le Programme d'action adopté à Copenhague appelait à la mise en place de mesures nationales plus importantes pour garantir aux femmes, entre d’autres choses, la propriété et le contrôle foncier.
Toutefois, cinq ans après, à Nairobi, lors de la troisième conférence, les représentants ont du reconnaître que les objectifs fixés n'avaient pas été atteints.
C’est pourquoi les Stratégies prospectives d'action de Nairobi pour l'an 2000, stratégies développées et adoptées par consensus par les 157 gouvernements participants, constituaient un plan de travail remis à jour. Sa nouveauté résidait dans le fait qu'il déclarait que tous les problèmes humains étaient aussi les problèmes des femmes. La participation des femmes au processus de décision et à la gestion de toutes les affaires humaines y était reconnue non seulement comme un droit légitime, mais aussi comme une nécessité politique et sociale dont le respect devait être incorporé dans toutes les institutions de la société.
Mais ce ne fût qu'à la conférence suivante, la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, organisée à Beijing en 1995, que l'on assistait véritablement à l'ouverture d'un nouveau chapitre dans la lutte pour l'égalité entre les sexes. La transformation fondamentale qui eut lieu à Beijing fut la reconnaissance du besoin de déplacer l'attention focalisée sur les femmes vers un concept plus large, celui de genre, pour montrer ainsi que la structure de la société, dans son ensemble, de même que les relations entre les hommes et les femmes qui la composent devaient être réévaluées.
Le Programme d'action de Beijing a identifié les disparités économiques entre les hommes et les femmes comme un des 12 domaines critiques requérant une action de la part des Etats Membres, de la communauté internationale et de la société civile. De plus, en adoptant le Programme d'action de Beijing, les gouvernements s'engagèrent à inclure effectivement la dimension séxospécifique dans toutes leurs institutions et politiques. Cela signifiait concrètement qu'avant que des décisions ne soient prises ou que des programmes ne soient mis en place une analyse de leurs effets sur les hommes et les femmes, ainsi que des besoins de ceux ci, devait toujours être conduite.
Introduire l'aspect séxospécifique impliquait un réexamen de toute la société et de l'inégalité de ses structures de base. L'attention n'était donc plus limitée aux femmes et à leur statut dans la société, mais englobait la restructuration des institutions et des processus de prise de décisions politiques et économiques au sein d'une société envisagée dans son ensemble.
Je me demande, et je vous demande, si cette restructuration ait eu lieu, ou pas, quand je vois, comme je vois, que la conciliation travail-vie dans la famille est encore un des principaux problèmes freinant la réussite des femmes et que les femmes rencontrent toujours des obstacles relatifs au renforcement de leur statut économique et à leur statut de chef d'entreprise. Ces obstacles englobent la discrimination au niveau de l'enseignement, de la formation, de l'embauche, de l'accès au crédit, du droit de posséder ou d'hériter d'une propriété foncière et, souvent, des rémunérations moins élevées.
C’est avec cette question que je laisse la parole aux autres intervenants et je souhaite à vous tous, chers amis, un bon travail pendant cette journée très chargée et très riche.
Merci.