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Le Monténégro doit renforcer ses efforts pour réparer les violations des droits de l'homme du passé et garantir la liberté des médias

Visite au Montenegro

Podgorica 21 March 2014
Camp Konik, Podgorica, Monténégro Camp Konik, Podgorica, Monténégro

« Le Monténégro est encore en phase de transition et doit redoubler d'efforts pour réparer pleinement les violations graves des droits de l'homme commises lors des guerres des années 1990, pour éliminer la discrimination et pour renforcer la liberté des médias », a déclaré Nils Muižnieks, Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, à l'issue de sa visite de quatre jours dans le pays.

Selon le Commissaire, « il est nécessaire que les crimes commis en temps de guerre fassent l'objet de poursuites effectives, que leurs auteurs soient sanctionnés - quelle que soit leur place dans la chaîne de commandement - et que toutes les victimes obtiennent réparation de manière adéquate et efficace ». Le Commissaire est très préoccupé par le fait que plus de 16 000 personnes de Bosnie-Herzégovine, de Croatie et du Kosovo* sont toujours déplacées. Environ 2 000 d'entre elles sont des Roms déplacés du Kosovo qui vivent dans des conditions déplorables dans le camp de Konik, près de Podgorica, où le Commissaire s'est rendu. « Il ne devrait plus exister de lieu comme celui-ci en Europe aujourd'hui », a rappelé le Commissaire lors de ses entretiens avec les autorités, auxquelles il a demandé instamment de fermer le camp. Il a encouragé les autorités à œuvrer davantage pour permettre aux apatrides et aux personnes risquant de le devenir d'obtenir plus facilement des papiers d'identité, pour faciliter leur enregistrement et pour définir la procédure d'enregistrement à l'état civil des enfants qui ne sont pas nés dans des structures de santé du Monténégro et n'ont pas été enregistrés dès la naissance.

Le Commissaire est également préoccupé par les menaces qui pèsent sur la liberté des médias et dont témoignent des agressions violentes subies par des journalistes ; l'un d'eux a même été victime d'un meurtre. Nils Muižnieks prend note avec satisfaction de la création, en 2013, d'une commission chargée de suivre les travaux des autorités qui enquêtent sur les violences à l'encontre de journalistes. « C'est un progrès. Il importe au plus haut point que ces crimes fassent l'objet d'enquêtes effectives et que les coupables soient traduits en justice. Si le gouvernement doit protéger la liberté des médias et éviter de prendre des mesures préjudiciables à la liberté d'expression, les professionnels des médias, quant à eux, devraient tous mener un débat de fond sur la manière de promouvoir le journalisme éthique et de surmonter les clivages qui divisent actuellement le secteur des médias. »

Le Commissaire a salué les initiatives législatives en cours qui visent à améliorer le cadre de la lutte contre la discrimination, en renforçant le rôle de l'Ombudsman dans ce domaine et en combattant le discours de haine. « J'espère que ces mesures permettront de mieux protéger les droits de l'homme des groupes vulnérables, notamment des Roms et des personnes handicapées. Je me réjouis des dispositions prises ces dernières années pour améliorer l'accès des enfants roms à l'éducation, même si beaucoup doit encore être fait dans ce domaine comme dans celui de l'emploi. Par ailleurs, j'ai constaté avec regret que les personnes handicapées continuent de rencontrer de très graves difficultés dans leur vie quotidienne. Parmi les problèmes auxquels les autorités devraient s'attaquer figurent les obstacles physiques qui empêchent d'entrer dans les bâtiments publics, l'institutionalisation des personnes handicapées mentales et le manque de services de proximité nécessaires au maintien à domicile. »

Enfin, le Commissaire a encouragé le gouvernement à poursuivre ses efforts louables en termes de politique de lutte contre la discrimination et d'actions de sensibilisation visant à protéger et promouvoir les droits de l'homme des personnes LGBTI. Lors de sa visite à Podgorica, le Commissaire s'est rendu dans le foyer pour jeunes LGBTI et dans le centre social pour LGBTI, financés grâce au projet LGBTI du Conseil de l'Europe. « Cet exemple montre que, avec le soutien de la communauté internationale, le Monténégro est en mesure de modèle pour les pays de la région en matière de protection des droits de l'homme. »

 

* Toute référence au Kosovo dans le présent document, qu'il s'agisse de son territoire, de ses institutions ou sa population, doit être entendue dans le plein respect de la Résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies, sans préjuger du statut du Kosovo.