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Défendre la démocratie : débattre de l'avenir

Hackathon du Conseil de l’Europe - 20 juin 2025

  Défendre les valeurs démocratiques à l'ère numérique

Des débats animés et axés sur des solutions, rassemblant diverses voix pour lutter contre la désinformation et défendre les valeurs démocratiques fondamentales, sont essentiels. En ce moment crucial, le dialogue lui-même est aussi vital que les résultats : faire naître des idées pour renforcer la démocratie à l'ère numérique.

 10:45 - Premier débat démocratique : désinformation et égalité des sexes

  • Zita Gurmai, Membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
  • Jelle Postma, Président directeur général, Justice pour la prospérité
  • Maja Zaric, Présidente du Comité directeur sur les médias et la société de l’information – CDMSI

Désinformation et élections

Au cours d'une discussion captivante et parfois troublante, le panel a exposé comment la désinformation est de plus en plus utilisée pour saper les institutions démocratiques, cibler les groupes vulnérables et manipuler l'opinion publique.

Les intervenants ont exhorté à un changement de discours : nous devons mettre tout notre cœur dans la protection de la démocratie et la défense des femmes dans la vie publique, qui sont souvent les premières cibles de l'hostilité numérique. Elles ont appelé à une gouvernance numérique sensible au genre et à des structures de soutien efficaces pour les femmes décideuses, fondées sur un cadre d'action clair.

Un avertissement sévère a été lancé : la plus grande menace ne réside pas dans les « idiots utiles » des médias sociaux, mais dans les allume-feu – ceux qui ont de l'argent, du pouvoir et des intentions stratégiques. Les oligarques, les réseaux ultraconservateurs et les acteurs de l'industrie exploitent des récits basés sur la peur (comme le « déclin démographique ») pour diviser les sociétés et affaiblir les démocraties. Il ne s'agit pas simplement de guerres culturelles, c'est une attaque orchestrée contre la cohésion démocratique, souvent menée par des acteurs à l'extérieur et à l'intérieur de l'UE et des États-Unis.

Par exemple, comment des groupes ultraconservateurs européens exportent des stratégies antidémocratiques en Afrique subsaharienne, formant des partenaires locaux à faire adopter des lois qui restreignent les droits, en particulier pour les femmes et les personnes LGBTQ+. Ces campagnes, bien qu'elles ne visent pas toujours à effacer les minorités, sont conçues pour fracturer la démocratie en ciblant son noyau moral.

Le rôle du Conseil de l'Europe a été souligné, en particulier dans l'élaboration de normes de haut niveau pour lutter contre la désinformation et la haine. Mais ces normes doivent être vigoureusement traduites en actions nationales. Il est essentiel de ne pas normaliser les abus en ligne ou les discours hostiles. La démocratie doit être ressentie comme la liberté, et cela inclut la façon dont les institutions, les plateformes et les dirigeants communiquent.

   

 


 14:30 - Deuxième débat démocratique : débats sur la désinformation et les élections

  • Antoine Bernard, Directeur du plaidoyer, Reporters sans frontières
  • Iva Nenadić, Professeure adjointe à la Faculté des médias et des relations publiques de l’Université de Dubrovnik
    et coordinatrice scientifique du Centre pour le pluralisme et la liberté des médias
  • Gobnait Ni Mhuimneacain, Membre du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe
  • George Papandreou, Membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Rapporteur général sur la
    démocratie, Commission des questions politiques et de la démocratie

Ce deuxième débat démocratique a offert une analyse approfondie — et parfois urgente — de la fragilité croissante des processus électoraux dans un monde saturé de désinformation. Les échanges ont souligné que, pour préserver la démocratie, il est essentiel de pouvoir compter sur des citoyens bien informés, conscients et responsables, notamment dans leur utilisation des outils numériques.

Les participants ont exploré la transformation radicale de l’environnement informationnel. Autrefois dominé par les médias traditionnels qui jouaient un rôle central dans la formation de l’opinion publique, cet espace est désormais contrôlé par de puissantes plateformes en ligne. Ces nouveaux acteurs, souvent plus influents que ne l’ont jamais été les médias historiques, ont profondément modifié la manière dont l’information est produite, partagée et consommée ; le tout sans les garde-fous journalistiques qui assuraient autrefois la fiabilité de l’information.

Si la démocratisation de l’accès à l’information ouvre des perspectives positives, elle comporte aussi de graves risques. Les algorithmes privilégient fréquemment des contenus nuisibles ou polarisants, conçus pour capter l’attention plutôt que pour informer. Il en résulte un écosystème qui amplifie la désinformation, sape la confiance dans les institutions et menace la cohésion sociale, particulièrement en période électorale.

Les intervenants ont insisté sur le fait que la démocratie exige plus que la liberté d’expression : elle suppose un accès effectif à une information fiable et vérifiée, un droit encore inégalement protégé en Europe. Le débat a appelé à la création d’une nouvelle Convention sur le droit à l’information, portée potentiellement par le Conseil de l’Europe, accompagnée d’un mécanisme multipartite de suivi de la mise en œuvre par les États membres.

La presse et les médias, longtemps piliers de la couverture électorale, font aujourd’hui face à des menaces existentielles. Effondrement des modèles économiques, pressions politiques, procédures-bâillons (SLAPPs), régulations abusives : les journalistes sont de plus en plus ciblés, tant par des acteurs étrangers hostiles que par des responsables politiques nationaux. Si le Conseil de l’Europe a soutenu des initiatives contre les SLAPPs, les intervenants ont appelé à aller plus loin. « Nous n’avons pas besoin de plus de régulation, mais de meilleure régulation », a-t-on affirmé.

Les efforts internationaux pour bâtir un écosystème informationnel conforme aux droits humains doivent dépasser les principes pour se traduire en actions concrètes. L’éthique et les standards élevés ne peuvent reposer uniquement sur le volontariat des entreprises technologiques. Sans action contre les modèles économiques nuisibles, la démocratie risque d’être détournée par des autocrates ou des acteurs opportunistes.

Il y a consensus sur le fait que l’éducation aux médias et le fact-checking, bien que nécessaires, ne suffisent pas. La désinformation circule plus vite que les corrections. Il faut donc davantage de transparence dans les systèmes algorithmiques et des standards partagés pour éviter la manipulation du débat public par des acteurs non responsables.

Malgré les défis, le débat a aussi mis en lumière des forces positives. De nombreux jeunes se mobilisent pour la défense des valeurs démocratiques. Mais les mêmes outils qui permettent l’émancipation peuvent aussi être instrumentalisés. Il est donc crucial de mieux comprendre qui nous informe, qui façonne les récits et pourquoi certaines communautés sont plus vulnérables ou plus résilientes que d’autres.

Le Conseil de l’Europe a été appelé à être à l’avant-garde de l’innovation démocratique. Non seulement pour protéger la liberté d’expression et soutenir les journalistes, mais aussi pour prendre des initiatives : lancer des conventions, coordonner les États et proposer des réponses rapides aux mutations de l’environnement numérique. Si les standards existent déjà, l’enjeu urgent est de rendre les droits humains réellement opérationnels à l’ère numérique, en comblant le fossé générationnel, en anticipant les risques, et en construisant un agenda positif pour la démocratie, qui aille au-delà des interdictions pour restaurer la confiance, la créativité et la résilience citoyenne.

En conclusion, le débat a posé une question essentielle : si nous ne partageons plus un espace commun de l’information, la démocratie peut-elle vraiment fonctionner ? 
La réponse réside dans notre capacité collective à le (re)bâtir, délibérément, dans la transparence et ensemble.

    

    

    

 


 16:30 - Troisième débat démocratique : désinformation et culture

  • Denise Bertchi, Artiste et chercheuse post-doctoral, Collegium Helveticum, ETH Zürich
  • Philippe Bischof, Consultant stratégique en politique et promotion culturelles, Directeur de la Fondation suisse
    pour la culture Pro Helvetia de 2017 à juin 2025
  • Inês Fialho-Brandão, Responsable de la médiation culturelle et numérique au musée Calouste Gulbenkian de Lisbonne

La culture est-elle politique ? Pas toujours de manière explicite — mais toujours dans ses effets. Tout au long du débat, il est apparu clairement que la culture et les arts ne sont pas périphériques à la démocratie : ils en sont un pilier essentiel. Ils offrent un espace de réflexion critique, de dialogue, d’imagination et de pluralité — exactement ce que la désinformation cherche à affaiblir.

Principaux enseignements :

  • La culture comme terrain d’entraînement à la démocratie
    Par le désaccord, l’interprétation et l’empathie, les arts nous apprennent à « accepter le désaccord », en cultivant l’état d’esprit nécessaire au pluralisme. Galeries, musées et théâtres deviennent des lieux où la différence est rencontrée, respectée et comprise.
  • La liberté artistique doit être protégée
    L’expression culturelle doit rester libre de toute instrumentalisation politique. Comme l’a souligné un intervenant : « la culture doit être politique, mais pas politisée ». Sa force réside dans son indépendance.
  • Les institutions culturelles comme espaces sûrs pour la vérité et l’apprentissage
    Des grands musées nationaux aux initiatives locales comme Pinocchio à l’école au Portugal, les institutions peuvent développer la pensée critique, le tri de l’information et l’éducation aux médias — notamment auprès des jeunes — à travers un engagement participatif, lent et fondé sur la confiance.
  • Les « contrats de résonance » comme modèle de partenariat culturel
    Un nouveau modèle de coopération entre l’État et les institutions culturelles, fondé sur le contexte, la co-construction et le dialogue plutôt que sur des logiques descendantes. La « résonance » signifie ici l’écoute, la réactivité et l’échange authentique.
  • La transparence des politiques culturelles est une urgence
    Le soft power culturel est bien réel — et parfois détourné. Les participants ont plaidé pour des politiques culturelles publiques et responsables, en rappelant des exemples passés de manipulation stratégique de la diplomatie culturelle.
  • Les arts révèlent les histoires oubliées et les voix réduites au silence
    Ils ont le pouvoir de reconnecter la société aux récits contestés — passés coloniaux, communautés marginalisées, mémoires exclues du récit officiel.
  • La culture ne combat pas la désinformation par la simple contradiction, mais par le contexte, la complexité et le lien émotionnel
    Elle est singulièrement apte à toucher ceux qui adhèrent à la désinformation, car elle s’adresse à l’esprit mais aussi au cœur et à l’identité.
  • Il faut investir dans la culture avec ambition
    Cela passe par des projets intégrés à grande échelle — comme des écoles travaillant avec des musées locaux sur la recherche historique critique — mais aussi par un soutien quotidien à la liberté artistique, à la diversité des programmations et à l’éducation à l’image.

En résumé : pour que la démocratie reste résiliente, la culture doit être au centre, et non reléguée au second plan. Elle est à la fois bouclier et catalyseur — un espace pour imaginer, questionner, se souvenir et se relier aux autres.

   
 


 

 À propos des débats démocratiques

En direct de l'hémicycle : les débats démocratiques font vibrer le cœur du Hackathon
Modérées par Mark Davis et Tea Mustac, ces trois sessions à un rythme soutenu et à fort impact prennent à bras-le-corps certains des plus grands défis auxquels la démocratie est confrontée aujourd'hui - la désinformation et son impact sur l'égalité de genre, les élections et la vie culturelle. Grâce aux points de vue tranchés de parlementaires, de journalistes, d'universitaires et de personnalités du monde de la culture, les débats ne sont pas que de simples paroles : ils sont un tremplin pour les idées, l'action et le changement.
C'est là que les grandes questions et les pensées audacieuses se rencontrent : comment défendre la liberté d'expression tout en luttant contre la manipulation ? Comment rétablir la confiance dans les institutions démocratiques ? Les réponses élaborées ici alimenteront les équipes du Hackathon et aideront à forger la réponse de l'Europe face aux menaces de l'ère numérique pour la démocratie.

 Orateurs

Alain Berset
Alain Berset Secrétaire Général du Conseil de l’Europe
Theodoros Rousopoulos
Theodoros Rousopoulos Président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
Danela Arsovska
Danela Arsovska Maire de Skopje, Membre du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe, Porte-parole pour l’éthique et la prévention de la corruption
Gill Phillips
Gill Phillips Co-éditrice of McNae’s Essential Law for Journalists
Zita Gurmai
Zita Gurmai Membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe
Jelle Postma,
Jelle Postma, Président directeur général, Justice pour la prospérité
Maja Zaric
Maja Zaric Présidente du Comité directeur sur les médias et la société de l’information – CDMSI
Antoine Bernard
Antoine Bernard Directeur du playdoyer, Reporters sans frontières
Iva Nenadić
Iva Nenadić Professeure adjointe à la Faculté des médias et des relations publiques de l’Université de Dubrovnik et coordinatrice scientifique du Centre pour le pluralisme et la liberté des médias
Gobnait Ni Mhuimneacain
Gobnait Ni Mhuimneacain Membre du Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe
George Papandreou
George Papandreou Membre de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Rapporteur général sur la démocratie, Commission des questions politiques et de la démocratie
Denise Bertschi
Denise Bertschi Artiste et chercheuse post-doctoral, Collegium Helveticum, ETH Zürich
Philippe Bischof
Philippe Bischof Consultant stratégique en politique et promotion culturelles, Directeur de la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia de 2017 à juin 2025
Inês Fialho-Brandão
Inês Fialho-Brandão Responsable de la médiation culturelle et numérique au musée Calouste Gulbenkian de Lisbonne

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