Retour Protéger les Ukrainiens déplacés en Europe

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Des Ukrainiens déplacés par la guerre et leurs sympathisants à Dresde, en Allemagne, le 23 février 2026, à la veille du quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie. © Sylvio Dittrich/imageBROKER/Shutterstock

Des Ukrainiens déplacés par la guerre et leurs sympathisants à Dresde, en Allemagne, le 23 février 2026, à la veille du quatrième anniversaire de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie. © Sylvio Dittrich/imageBROKER/Shutterstock

Il y a plus de quatre ans, au début de l’agression à grande échelle menée par la Russie, alors que je dirigeais une agence de l’Union Européenne, j’ai déployé une équipe aux frontières de l’Ukraine. La solidarité extraordinaire dont ont fait preuve les habitants des villages et des villes d’Europe était saisissante. Les pays d'accueil ont accordé aux Ukrainiennes et Ukrainiens un droit de séjour et leur ont donné accès au marché du travail, à l'éducation, aux soins de santé et à la protection sociale. L’Europe a fait honneur à ses valeurs.

Pourtant, aujourd’hui, je suis de plus en plus préoccupé par une lassitude croissante et l’intensification des débats, tant au niveau de l'UE qu'au niveau national, sur la fin des dispositifs d'urgence. Bien que l'UE ait prolongé la protection temporaire accordée aux Ukrainiennes et Ukrainiens au titre de la directive sur la protection temporaire jusqu'en mars 2027, l’élimination progressive de ce statut, lente et fragmentée, risque de laisser les personnes les plus vulnérables sans protection. Dans certains pays, des changements de politique ont réduit la protection et l'assistance. De plus, je constate une montée du sentiment anti-ukrainien, parfois alimentée par des discours populistes.

Les enjeux sont considérables : faute de cadres nationaux solides et d'une approche coordonnée au niveau européen, d’innombrables Ukrainiennes et Ukrainiens pourraient être contraints à des choix impossibles.

La protection reste indispensable alors que la guerre continue de faire rage

La guerre n'est pas terminée : elle s'est intensifiée. Au cours de l'année écoulée, le nombre de victimes civiles a atteint un niveau sans précédent. Les attaques russes menées contre les infrastructures civiles, y compris des habitations, des hôpitaux, des établissements scolaires et des infrastructures énergétiques, rendent la vie quotidienne très difficile. Il est clair qu'aucune région d'Ukraine n'est sûre.

Toute réflexion sur l'avenir de la protection temporaire doit se fonder sur le principe selon lequel la protection internationale ne peut cesser qu'une fois réunies les conditions nécessaires à un retour sûr et durable, ce qui n'est manifestement pas le cas aujourd'hui.

Certains pays d'accueil ont commencé à supprimer progressivement la protection temporaire en recourant à d'autres statuts de résidence prévus par leur droit interne. Je crains que nombre de personnes ne soient laissées pour compte parce qu'elles ne remplissent pas les critères stricts liés au travail, aux ressources ou aux études. Les pays doivent éviter ce que l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés décrit comme un scénario « bord de précipice » caractérisé par une fin prématurée de la protection. Ils doivent veiller en particulier à ce que les personnes les plus vulnérables, notamment les enfants, les mères isolées, les personnes en situation de handicap et les personnes âgées, ne passent pas entre les mailles du filet.

Plusieurs pays ont réduit les aides disponibles pour les personnes déplacées, notamment en matière de logement et de prestations de protection sociale. Ces réductions, associées à des obstacles à l'accès aux services essentiels, peuvent créer des pressions indues poussant à un retour prématuré, un risque particulièrement aigu pour les personnes les plus vulnérables.

Certains pays, non contraints par la Directive de l’UE sur la protection temporaire, excluent les personnes nouvellement arrivées de la protection temporaire ou rejettent leur demande d’asile lorsqu’elles viennent de régions d’Ukraine qu’ils considèrent comme « sûres ». De telles mesures risquent d'être contraires au principe de non-refoulement.

De l'urgence à la stabilité

La priorité doit être d'éviter un vide de protection injustifié après mars 2027. Les Ukrainiennes et Ukrainiens ont aussi besoin de solutions à long terme pour planifier leur avenir. Ils sont actuellement des millions à vivre dans l'incertitude, ce qui peut aggraver les traumatismes.

Les pays d'accueil doivent permettre aux Ukrainiennes et Ukrainiens de reconstruire leur vie, que leur avenir soit ici ou en Ukraine. Pour beaucoup, l'intégration est déjà une réalité : ils travaillent, et leurs enfants se sentent chez eux dans le pays d'accueil, dont ils parlent la langue. Pourtant, trop nombreux sont ceux qui mènent une vie « en suspens ». Je suis particulièrement préoccupé par la situation de ces enfants qui ne sont toujours pas scolarisés dans les systèmes éducatifs nationaux.

Tout en préservant l’accès à la culture ukrainienne, la participation à la société et les conditions d’une vie stable peuvent être favorisées par des cours de langue locale, des parcours de formation et de reconversion professionnelle, l'accès au marché du travail, un logement sûr et des possibilités de regroupement familial.

Le moment présent exige de renforcer la solidarité, et non de la réduire. Toute personne déplacée par la guerre qui sévit en Ukraine devrait se voir garantir un statut juridique sûr et un accès à ses droits aussi longtemps que la protection est nécessaire. Les choix qui seront faits en Europe dans les prochains mois seront déterminants pour l'avenir de millions d'Ukrainiennes et d'Ukrainiens. Il est temps de renouer avec l’accueil et la générosité qui étaient si évidents en 2022.

- Michael O'Flaherty

Strasbourg 12 mai 2026
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