Retour Agir pour le climat et faire preuve de responsabilité pour notre survie

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Des volontaires aident les habitants à évacuer leurs maisons dans une zone inondée après le passage du cyclone Leonardo à Alcácer do Sal, au Portugal, le 5 février 2026. REUTERS/Pedro Nunes

Des volontaires aident les habitants à évacuer leurs maisons dans une zone inondée après le passage du cyclone Leonardo à Alcácer do Sal, au Portugal, le 5 février 2026. REUTERS/Pedro Nunes

Partout dans le monde, les sirènes d’alerte de la crise climatique, qui étaient hier encore de lointains signaux d’avertissement, traduisent aujourd’hui une réalité dévastatrice. Nous ne sommes pas seulement en train de pousser notre planète à son point de rupture, mais nous assistons également à de graves atteintes aux droits humains. Les preuves qui en attestent sont quotidiennes : décès, menaces sur la santé, déplacements forcés de populations dont les habitations sont entièrement détruites et les moyens de subsistance anéantis.

Ce sont les plus vulnérables qui paient le plus lourd tribut. Les effets du changement climatique sapent notre tissu social, alimentent l'insécurité et l'instabilité politique, et épuisent les économies nationales. Ils touchent surtout les populations qui portent souvent la moins grande responsabilité dans le réchauffement de notre planète, exacerbant ainsi les inégalités.

Pourtant, les mesures de protection de l'environnement et les engagements en la matière reculent dans de trop nombreux endroits, souvent dans le but d’obtenir des gains politiques et économiques. Le court-termisme, le déni de la réalité du changement climatique et les attaques contre la science continuent de saper l'action mondiale en faveur du climat. Les personnes qui prennent la parole pour protéger notre planète sont trop souvent victimes de répression, alors qu'il faudrait les soutenir.

Les juridictions régionales et internationales – notamment la Cour européenne des droits de l'homme, dans son arrêt phare KlimaSeniorinnen rendu en 2024, et la Cour internationale de justice (CIJ), dans son avis consultatif historique de 2025 – ont apporté un éclairage sur la manière dont les obligations qui incombent aux États en vertu notamment du droit international relatif aux droits humains s’appliquent aussi à la question du changement climatique. La législation est claire : les États ont le devoir de limiter l’impact négatif du changement climatique sur les droits humains et de prendre des mesures pour y remédier. Dans le cas contraire, ils manquent à leur devoir et s’exposent à diverses conséquences juridiques.

Pour s'acquitter de ces responsabilités, il faut limiter le réchauffement climatique à 1,5 C en prenant des mesures efficaces pour réduire les émissions, y compris celles qui sont causées par les acteurs privés. Il convient également de renforcer la résilience grâce à des mesures d'adaptation répondant à des besoins de protection spécifiques, et de garantir le droit de tous les individus à l'accès à la justice, à l'information et à une participation effective.

Le respect du principe des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives des États demeure un point essentiel. En assurant une transition juste des énergies fossiles vers les énergies propres et en basant les investissements sur des stratégies fondées sur les droits, nous pouvons promouvoir une action climatique équitable et durable et protéger les populations vulnérables. Aucun État ne peut affronter seul cette tempête dévastatrice, la coopération internationale est notre seule bouée de sauvetage.

C'est pourquoi je suis avec beaucoup d'attention les négociations qui sont en cours à New York sur un projet de résolution à l'Assemblée générale des Nations Unies, présenté par les dirigeants de la République de Vanuatu et le groupe restreint d’États. Cette initiative vise à traduire l'avis consultatif de la CIJ de 2025 en des actions multilatérales concrètes. Les populations les plus touchées dans le monde demandent que les textes juridiques débouchent sur de véritables mesures en faveur du climat, c'est-à-dire donnent réellement effet à la responsabilité des États, renforcent la transparence et traitent le problème des pertes et préjudices liés au climat ainsi que la question des réparations. Ces efforts doivent être consolidés et encouragés, et non dilués par des compromis.

Les États membres de l'ONU voteront à la fin du mois d'avril, trois ans après que l'Assemblée générale a demandé pour la première fois un avis consultatif à la CIJ. Je reconnais qu’aujourd’hui il est compréhensible que nos regards soient tournés vers la réalité dévastatrice des guerres qui secouent le monde et vers le besoin immédiat de paix. Cependant, nous ne pouvons nous permettre de considérer la crise climatique comme une préoccupation secondaire. Elle reste l'une des plus grandes menaces existentielles pour l'humanité et pour notre planète, en décuplant l'instabilité mondiale et la souffrance humaine.

J’exhorte les États membres du Conseil de l'Europe à montrer l'exemple en parrainant cette résolution et en garantissant son adoption. Nous avons les données scientifiques et le cadre juridique ; il nous faut maintenant la volonté politique de passer à l’action. L'avenir de l'humanité dépend de notre capacité à agir pour construire un monde dans lequel la paix, les droits humains, la démocratie, l'État de droit et la protection du climat soient considérés comme un tout unique et indissociable.

- Michael O'Flaherty

Strasbourg 9 mars 2026
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