« La semaine dernière, j'ai rencontré des défenseurs des droits humains et des militants de la société civile à Strasbourg et à Bruxelles. Certains sont en exil, d'autres sont sur le point de quitter leur pays, d'autres encore défendent des pairs qui sont en détention. Tous ont évoqué les énormes défis auxquels ils font face. Je suis profondément préoccupé par la détérioration rapide des conditions de travail des organisations de la société civile dans les Etats membres du Conseil de l’Europe, alimentée par trois tendances alarmantes.
1. Législation restrictive
La première est la propagation de législations restrictives, qu'elles soient en vigueur ou proposées. Présentées comme ayant pour but d'accroître la transparence ou de renforcer la souveraineté nationale, ces lois stigmatisent les militants de la société civile et les organisations à but non lucratif qui reçoivent des financements étrangers. Elles introduisent des règles administratives contraignantes, une surveillance intrusive et des sanctions excessives. Ces lois rendent de plus en plus difficile, voire dangereux, pour les défenseurs des droits humains de poursuivre leur travail essentiel.
2. Répression et harcèlement
Deuxièmement, j'ai observé une répression croissante à l'encontre des militants. Cela inclut, dans certains cas, l'usage excessif de la force par la police contre ceux qui exercent leur droit de manifester pacifiquement pour montrer leur mécontentement à l'égard des politiques gouvernementales. Les défenseurs des droits humains et les militants de la société civile sont également confrontés à des risques croissants de violence physique et de harcèlement. Trop nombreux sont ceux qui sont poursuivis, voire emprisonnés, pour leur travail légitime ou pour avoir exprimé des opinions dissidentes ou critiques.
3. Grave crise de financement
Enfin, la situation est exacerbée par une grave crise de financement à laquelle sont confrontées les organisations de la société civile dans toute l'Europe. Cette crise fait suite à la suppression de la quasi-totalité des aides accordées par le gouvernement américain et aux coupes déjà décidées ou imminentes dans les financements étatiques et non étatiques. Partout en Europe, des organisations ont été contraintes de réduire leurs activités, de licencier des employés, voire de fermer leurs portes. La crise financière est particulièrement préjudiciable aux défenseurs des droits humains et aux organisations de la société civile qui ont critiqué les politiques gouvernementales, dénoncé la corruption ou défendu les droits humains des groupes vulnérables. Il est essentiel que les plans budgétaires aux niveaux régional et national maintiennent un financement adéquat pour les organisations de défense des droits humains.
L'Europe a besoin d'une société civile dynamique pour relever les nombreux défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui, qu'il s'agisse des conflits, de la triple crise planétaire, des inégalités croissantes ou du manque de confiance dans les institutions. Je réitère mon appel urgent aux États membres pour qu'ils respectent leurs obligations et soutiennent les défenseurs des droits humains et la société civile. J'appelle également les financeurs non étatiques à renforcer leurs investissements dans la société civile européenne. N'oubliez jamais que les défenseurs des droits humains sont le moteur de nos systèmes de protection des droits humains et un pilier de la société démocratique. »
