Le dopage ne se cantonne plus au sport d'élite. Les substances qui améliorent les performances et l'image sont largement utilisées dans les domaines du sport de loisir et de la remise en forme. La demande de ces produits est en augmentation, sous l'effet de la culture des médias sociaux et en raison de pressions liées à l'image du corps. Il est aussi plus facile de s'en procurer, en ligne et de manière anonyme. De plus, des groupes criminels organisés peuvent passer des stupéfiants aux substances dopantes, qui présentent l'avantage d'être soumises à une réglementation moins stricte et d'entraîner des sanctions moins sévères pour les trafiquants.
Quelque 130 personnes se sont réunies à Paris lors d'une conférence internationale pour examiner comment mettre en œuvre la responsabilité partagée consistant à limiter la disponibilité de substances dopantes en Europe. Cette conférence était organisée par le Conseil de l'Europe avec le soutien de l'Agence mondiale antidopage (AMA).
Les consommateurs de produits améliorant les performances ne comprennent pas les risques
L'événement, qui a rassemblé des représentant·es des pouvoirs publics, des organisations antidopage, du secteur sportif, des services répressifs et de l'industrie pharmaceutique, a été ouvert par Hanne Juncher, directrice de la sécurité, de l'intégrité et de l’État de droit au Conseil de l'Europe, et par Olivier Rabin, directeur principal du département Science et Médecine de l’AMA.
Dans son discours d'ouverture, Hanne Juncher a déclaré : « Un effort réel et coordonné est nécessaire pour limiter l'abus et la disponibilité de substances dopantes. Si l'offre de substances dopantes illicites n'est pas contrôlée, le problème ne peut pas être réglé. Et les consommateurs de ces substances ne sont souvent pas conscients des risques pour la santé, ou choisissent parfois de faire abstraction de ces risques pour obtenir des gains à court terme en termes d'image corporelle et d'apparence. »
Mme Juncher a aussi invité les participant·es à réfléchir aux moyens de mettre en œuvre le Nouveau Pacte Démocratique dans le secteur du sport. « Le sport peut également servir de facteur de stabilisation pour la résilience de la société et reste un élément fédérateur à une époque où nos démocraties sont soumises à des pressions constantes. »
Olivier Rabin a souligné que les nouvelles substances, légales ou illégales, sont au cœur des préoccupations de l'AMA. C'est pourquoi l'Agence a établi, au fil des ans, des relations étroites avec l'industrie pharmaceutique et les autorités chargées de l'application des lois. « Je suis très heureux d’avoir pu participer à la conférence du Conseil de l'Europe cette semaine. Des réunions comme celle-ci, avec des partenaires du sport propre, sont indispensables pour faire en sorte que ces produits soient réservés aux personnes qui en ont besoin, et pour éviter, dans toute la mesure du possible, qu'ils se retrouvent entre les mains d'autres personnes, notamment des athlètes, pour de mauvaises raisons. »
Plus de deux jeunes sur cinq sont exposés chaque semaine à des contenus vantant des produits miracles
Dans son discours, Susan Backhouse, directrice de la recherche et de l'échange de connaissances à la Carnegie School of Sport de l'université Leeds Beckett, a abordé la question des comportements marqués par la quête d'amélioration dans le sport et dans la société en général. Elle a expliqué qu’il ne s'agit pas simplement de choix individuels, mais d'environnements puissants qui normalisent la transformation rapide, amplifient les avantages perçus et occultent les risques. En effet, d'après de récentes données de l'agence antidopage britannique, 42 % des jeunes sont exposés régulièrement (au moins une fois par semaine) à des contenus qui promettent d'atteindre rapidement des résultats « surhumains », et 33 % déclarent avoir acheté des substances comme des modulateurs sélectifs des récepteurs aux androgènes (SARM) après en avoir vu la promotion en ligne.
Des campagnes pour sensibiliser au-delà du sport organisé
Jukka Koskelo, directeur de la recherche et du développement à la fondation A-Clinic, en Finlande, a présenté un exemple de bonne pratique : « Lorsque des spécialistes de santé publique indépendants travaillent aux côtés des organisations nationales antidopage et apportent une large expertise en matière d'addictions, de prévention, de réduction des risques, de recherche et de services de soutien faciles d'accès pour les différents dommages associés aux substances, cela constitue un atout important. Il a ainsi été possible d'instaurer la confiance, de réduire la stigmatisation et d'atteindre des personnes qui ne font pas partie du sport organisé. »
Le Conseil de l'Europe, par le biais de ses conventions internationales, traite cette question complexe en combinant plusieurs perspectives (sport, réglementation relative aux médicaments et santé publique), pour une meilleure gouvernance et une plus grande intégrité, dans le but de rendre le sport plus éthique, plus inclusif et plus sûr.
Dans ses conclusions, Michał Rynkowski, directeur de l'agence antidopage polonaise (POLADA) et président du Groupe de suivi de la Convention contre le dopage du Conseil de l'Europe, a déclaré que « c'est le bon moment pour prendre des mesures contre la criminalité pharmaceutique, en particulier celle qui est liée aux substances dopantes. »
Il a appelé les services répressifs, les autorités pharmaceutiques et sanitaires, ainsi que l'industrie pharmaceutique, à travailler à tous les niveaux - des activités opérationnelles de terrain jusqu'à la prise de décision politique au plus haut niveau, en passant par les cadres juridiques et réglementaires - et à utiliser le mécanisme de coordination intégré dans la Convention contre le dopage pour s'attaquer à ce phénomène néfaste. « Cette conférence est l'occasion de jeter un pont entre les représentants des gouvernements nationaux et les organisations sportives. »
Convention contre le dopage du Conseil de l'Europe
