Retour Ahmet Insel sur le thème "Les antinomies de la sécurité : Sécurité d'Etat, sécurité humaine et sécurité démocratiqueSecurity antinomies: state Security, human security and democratic security’

8ème débat
Selon le Professuer Insel, la sécurité est devenue un concept sur lequel on entend et on lit partout. Cela signifie-t-il que nous vivons dans une période d'insécurité ? Le niveau d'insécurité dont nous faisons l'expérience (ou du moins que nous perçevons) est-il la conséquence d'un sentiment de lassitude autour de la modernité ? Ou bien vivons-nous tout simplement dans une ère d'instabilité faisant suite à la Guerre Froide et l'avancée de la mondialisation ?
Ahmet Insel sur le thème

Le Professeur Ahmet Insel, économiste et spécialiste en sciences politiques, ancien professeur à l'University Galatasaray (Istanbul) et à l'Université Panthéon-Sorbonne, a conduit le huitième débat sur la sécurité démocratique en présentant ses réflexions sur l'indisociabilité de la démocratie, des Droits de l'Homme, de l'Etat de droit et de la sécurité.

Au début du XXème siècle, trois idées clé ont émergé autour du terme de sécurité.

Premièrement, le concept de la sécurité démocratique tel qu'annoncé en 1989, qui visait à apporter une connotation plus large au mot sécurité, sans le limiter à la sécurité physique ou à la sécurité d'Etat. Deuxièmement, le concept de développement humain, lancé en 1990 par le PNUD et troisièmement l'extension de ce dernier terme à celui de sécurité humaine par l'ONU en 1994.

Dans son exposé, le Professeur Insel a examiné les paradoxes apparents qui existent entre sécurité d'Etat, sécurité humaine et sécurité démocratique. Il a affirmé que pour certaines voix critiques, la sécurité était devenue un paradigme important par le prisme duquel les démocraties libérales justifiaient une gestion autoritaire.

Cette relation entre les objectifs de la sécurité démocratique et l'approche de la sécurité humaine était au centre du débat, de même que les tensions qui apparaissaient entre ces deux nécessités et le principe de sécurité d'Etat, en particulier dans les sociétés où la structure des normes démocratiques est fragile. Le Professeur Insel a présenté ensuite la situation en Turquie comme une illustration concrète de la façon dont une sécurisation obsessionnelle par l'Etat menace tant la sécurité démocratique que la sécurité humaine.

Le Professeur Insel se demande si l'actuelle obsession sécuritaire de l'Europe n'indiquerait pas que nous vivons actuellement dans une nouvelle ère d'instabilité suivant la fin de la Guerre Froide et l'avancée de la mondialisation. Selon lui, les préoccupations accrues liées aux questions de sécurité renforcent les nouvelles mesures étatiques de domination et de surveillance et facilitent ainsi l'abandon de droits et de libertés fondamentales.

Selon lui, même si une telle critique est utile est nécessaire, elle est toutefois insuffisante ou peu pertinente quand il s'agit de répondre aux multiples problèmes de sécurité auxquels sont confrontés ces citoyens qui ne disposent pas des moyens économiques, politiques, culturels ou personnels pour y faire face, puisque cette critique tend à laisser un vide qui est facilement occupé par le discours populiste.

Il observe à quel point la sécurité démocratique est menacée dans les sociétés où nous voyons portés au pouvoir par des moyens démocratiques des gouvernements populistes ou des dictatures autoritaires. A cet égard, il cite la Turquie comme un des exemples. La question qui nous est posée est de savoir si nous serons amenés à devoir choisir entre une démocratie autoritaire ou un autoritarisme démocratique.


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Strasbourg 17 novembre 2016
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