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Relevons ensemble le défi de bâtir un monde où l’égalité de genre est une réalité

Déclaration
Strasbourg 05/03/2020
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Relevons ensemble le défi de bâtir un monde où l’égalité de genre est une réalité

À l’approche de l’édition 2020 de la journée internationale des femmes, la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatović, a fait la déclaration suivante :

« Alors que nous célébrons la journée internationale des femmes et le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, il est triste de constater que la plupart des problèmes identifiés il y a 25 ans ne sont toujours pas réglés en Europe. Dans certains domaines, les progrès sont compromis par des obstacles structurels persistants et par une tendance croissante à revenir en arrière, auxquels s’ajoute le fait que les États n’agissent pas assez énergiquement.

La violence à l’égard des femmes en tant que violation grave des droits humains reste une amère réalité pour trop de femmes, dans tous les États membres du Conseil de l'Europe. Même si des mouvements se sont constitués récemment pour dénoncer la violence sexuelle, il reste beaucoup à faire pour que justice soit rendue aux femmes victimes qui ont le courage de dire ce qui leur est arrivé. Ces femmes risquent même de ne pas être crues et d’être stigmatisées par les personnes qui sont pourtant censées leur apporter aide et protection. Sous l’effet de la popularité croissante des réseaux sociaux, le discours de haine à caractère sexiste prend des proportions inquiétantes et perpétue un climat propice à l’expression de la violence à l’égard des femmes. En outre, les réactions hostiles aux droits des femmes, entretenues par des mouvements ultraconservateurs, sont particulièrement inquiétantes car elles remettent en question les progrès vers l’égalité de genre qui ont été accomplis jusqu’ici. Cela conduit notamment à limiter les possibilités, pour les femmes et les filles, de prendre des décisions de façon autonome et informée sur leur corps, leur santé et leur sexualité, et à entraver leur accès à des services de santé reproductive abordables, sûrs et de bonne qualité. Nous devons rester vigilants pour éviter tout recul des droits des femmes. Il faudrait aussi accorder une attention particulière à la protection et à la promotion des droits des femmes et des filles qui sont exposées au risque de discrimination multiple ou intersectionnelle : les femmes en situation de pauvreté, les femmes vivant en zone rurale, les femmes migrantes, les femmes roms, les femmes handicapées et les femmes LBTI, par exemple.

Ce sombre tableau est toutefois éclairé par l’image de ces milliers de femmes de tous âges et de toutes conditions qui, malgré les attaques, les menaces et le harcèlement, luttent contre la violence et pour la pleine réalisation de l’égalité de genre. Lorsqu’elles manifestent pacifiquement dans toute l’Europe, elles sont autant de sentinelles qui protègent les droits des femmes contre la stagnation et la régression. Je les soutiens pleinement et je salue leur courage et leur détermination. À cet égard, je rappelle le rôle essentiel joué par les femmes défenseures des droits humains, qui sont souvent au cœur de ces mobilisations. En plus de proposer une aide et un hébergement aux victimes de la violence fondée sur le genre et de combattre la discrimination contre les femmes, elles suivent en permanence l’évolution de la situation, tout en demandant aux autorités de rendre des comptes sur le respect de leurs obligations en matière de droits humains.

Cela dit, c’est aussi à chacun de nous qu’il appartient d’agir pour que les droits des femmes deviennent une réalité. J’invite tous les membres de la société, les hommes et les femmes de toutes générations, à unir leurs voix contre la violence et la discrimination. Nous pouvons tous être des acteurs du changement.

Si la mobilisation de la société me semble indispensable, il ne faut pas oublier que les initiatives citoyennes ne sauraient remédier en elles-mêmes au manque de réponse ferme et officielle des autorités nationales face aux menaces pesant actuellement sur les droits des femmes. C’est d’abord aux États membres du Conseil de l'Europe qu’il appartient de faire respecter ces droits. Dans ce contexte, j’exhorte les États membres à soutenir cette mobilisation citoyenne en prenant des mesures concrètes. À cette fin, ils devraient : premièrement, veiller à la ratification de la Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul) et à sa mise en œuvre pleine et effective ; deuxièmement, promouvoir l’égalité de genre et combattre le sexisme dans tous les domaines ; et troisièmement, créer un environnement favorable aux défenseurs des droits des femmes en levant tous les obstacles qui entravent leur travail. Nous devons tous nous engager activement en faveur de la pleine réalisation des droits des femmes et contribuer à bâtir un monde où l’égalité de genre est une réalité. Défendre les droits des femmes, c’est défendre les droits humains de chacun et rendre service à la société tout entière. »