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Les gouvernements doivent garantir l’égalité d’accès à la protection et aux soins pour les Roms et les Gens du voyage durant la pandémie de COVID-19

Déclaration
Strasbourg 07/04/2020
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Les gouvernements doivent garantir l’égalité d’accès à la protection et aux soins pour les Roms et les Gens du voyage durant la pandémie de COVID-19

Chaque année, la Journée internationale des Roms est l’occasion d’attirer l’attention des gouvernements sur la nécessité d’améliorer les conditions de vie des nombreux Roms qui sont en situation de pauvreté et de marginalité en Europe et de renforcer les mesures de lutte contre la discrimination dont ils font l’objet. L’appel lancé cette année est plus pressant encore, étant donné que, partout en Europe, les Roms qui vivent dans des logements insalubres ou des quartiers isolés figurent parmi les groupes les plus vulnérables à l’actuelle pandémie de COVID-19.

Les Roms n’ont, dans de nombreuses régions d’Europe, toujours pas accès ni à de l’eau propre ni à des installations sanitaires. Cela rend très difficile l’application des règles d’hygiène indispensables, comme le lavage régulier des mains. Il est aussi très improbable que des mesures de distanciation sociale et d’isolement puissent être réellement mises en œuvre dans des logements surpeuplés. Les gouvernements de quelques pays, dont la Slovaquie, ont demandé aux autorités locales de faire en sorte que les quartiers roms soient approvisionnés en eau de manière illimitée. Ces mesures essentielles doivent être mises en œuvre d’urgence, y compris par les autorités locales et régionales, partout en Europe où les Roms sont privés d’accès à l’eau et aux installations sanitaires de base.

Autre motif de préoccupation : il peut être difficile de se faire soigner pour les personnes qui vivent dans des quartiers informels ou isolés, notamment pour les nombreux Roms qui restent privés de documents d’identité ou n’ont pas de couverture médicale.

La crise actuelle entraîne aussi, pour nombre de Roms, la perte de sources de revenus et un accès réduit aux prestations sociales, notamment à cause des mesures de confinement. Des personnes risquent ainsi de ne plus pouvoir subvenir à leurs besoins les plus essentiels et de ne même plus avoir de quoi se nourrir. Avec la fermeture des établissements scolaires, où les enfants des familles pauvres recevaient souvent leur seul vrai repas de la journée, la situation est devenue encore plus critique.

Les Gens du voyage, qui manquent depuis longtemps de sites de halte dans plusieurs pays d’Europe occidentale, risquent également de se trouver dans une situation inextricable en période de quarantaine et d’isolement. Certaines autorités - en Belgique et au pays de Galles, par exemple - ont demandé aux municipalités d’autoriser les Gens du voyage à s’installer sur des sites pour la durée de la pandémie, mais je crois comprendre qu’il y a eu des problèmes ailleurs. J’ai ainsi appris que, sur des sites de halte français, des Gens du voyage se sont trouvés privés d’accès à l’eau et à l’électricité car les gérants des sites sont partis du fait des mesures d’isolement. En outre, il est capital de suspendre les expulsions durant toute la durée de la crise.

Il y a pire encore : j’ai été informée de plusieurs cas où des Roms, devenus des boucs émissaires, sont visés par des propos haineux dans le contexte de la pandémie de COVID-19. En Bulgarie, par exemple, des responsables politiques et des médias ont accusé les Roms de représenter une menace pour la santé publique et ont demandé que des mesures spéciales leur soient appliquées pour ce motif. Des autorités locales ont établi des barrages de police autour de quartiers roms pour faire respecter les mesures de quarantaine et, dans une commune, elles ont entouré un quartier d’une clôture pour mieux contrôler les déplacements des habitants. Si, dans les circonstances actuelles, il peut être justifié de prendre des mesures pour faire respecter les règles de confinement, il est en revanche inacceptable d’appliquer ces mesures de manière sélective à certaines personnes, notamment ou exclusivement en raison de leur appartenance ethnique.

Je demande instamment aux gouvernements de concevoir et de mettre en œuvre des plans de crise pour faire en sorte que les Roms et les Gens du voyage bénéficient du même niveau d’information que le reste de la population et aient accès à des installations sanitaires de base, surtout à de l’eau propre, pour pouvoir lutter contre la pandémie. Les ONG, les militants, les médiateurs de santé et les responsables de communautés – qu’il est encourageant de voir œuvrer pour informer, suivre la situation et satisfaire les besoins essentiels en cette période difficile – ne peuvent pas être laissés seuls face à cette crise. Les autorités doivent les soutenir et leur donner les moyens d’agir. Elles doivent aussi garantir l’égalité d’accès aux soins, indépendamment du lieu de résidence et de la situation juridique des personnes qui en ont besoin.

Dans la situation actuelle, le discours de haine et les mesures discriminatoires ne sont d’aucune aide. Ils ne font qu’exacerber les peurs et les divisions dans nos sociétés. Pour surmonter cette pandémie, c’est d’unité et de solidarité dont nous avons besoin.