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L’Estonie devrait adopter des politiques davantage axées sur les droits de l'homme pour améliorer la protection des femmes et l’inclusion des personnes âgées

Rapport de visite pays
Strasbourg 28/09/2018
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« Pour bâtir une société plus cohésive, les autorités estoniennes devraient renforcer la protection des femmes contre la violence, combler l’écart salarial entre les femmes et les hommes et faire respecter les droits des personnes âgées », a déclaré la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatović, en rendant public aujourd'hui le rapport de sa visite de juin en Estonie.

Tout en constatant l’adoption de lois et de politiques, ainsi que des progrès significatifs, en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, la Commissaire souligne que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour combattre les préjugés et stéréotypes sexistes qui persistent en ce qui concerne les rôles traditionnels des hommes et des femmes dans la société. « Les autorités devraient renforcer la sensibilisation aux effets négatifs de l’inégalité structurelle entre les hommes et les femmes, et soutenir un système éducatif capable de promouvoir l’égalité de genre dans tout le pays. » En outre, la Commissaire encourage les autorités à prendre des mesures globales pour influer sur les différents facteurs qui sont à l’origine de l’important écart salarial entre les hommes et les femmes.

La violence à l'égard des femmes reste une violation des droits de l'homme répandue en Estonie. Tout en saluant la ratification, par l’Estonie, de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul), la Commissaire recommande de continuer à mener des campagnes publiques contre la violence fondée sur le genre et la violence domestique et de veiller à ce que les forces de l’ordre et le système judiciaire réagissent efficacement à ces formes de violence. Pour ce faire, la Commissaire recommande de continuer à former le personnel des services de police et judiciaires et d’améliorer l’assistance juridique apportée aux victimes ; elle conseille aussi de créer des équipes de procureurs et de juges spécialisés dans le traitement des cas de violence fondée sur le genre.

Par ailleurs, l’Estonie doit s’employer d’urgence à relever les défis sociétaux et économiques liés au vieillissement démographique rapide, d’une manière qui respecte pleinement les droits des personnes âgées. La Commissaire encourage les autorités à établir une stratégie complète relative aux personnes âgées. Elle recommande notamment de renforcer le cadre juridique consacré à la lutte contre la discrimination dans tous les domaines de la vie, de faire en sorte que les personnes âgées connaissent leurs droits et puissent ainsi les revendiquer, et de mener des campagnes de sensibilisation du public pour combattre les préjugés, la discrimination et les stéréotypes dont les personnes âgées sont victimes. « Je suis particulièrement préoccupée par la très forte proportion de personnes âgées en situation de pauvreté en Estonie. Les autorités doivent veiller à ce que les personnes âgées puissent vivre dans la dignité et jouir de leurs droits à la santé, à l’alimentation et à un niveau de vie suffisant; dans ce but, il faudrait notamment relever les minima sociaux, qui sont actuellement insuffisants. »

Un autre motif de préoccupation de la Commissaire concerne l’offre de services de soins de longue durée pour les personnes âgées, ainsi que l’organisation, le coût et la qualité de ces services. Afin de garantir l’autonomie et le bien-être des personnes âgées, la Commissaire invite les autorités à intégrer dans leur prochain plan d’action sur les soins de longue durée un volet sur la désinstitutionalisation, qui suppose de renforcer les services à domicile et de faire en sorte que les personnes qui étaient placées en institution puissent être installées dans des unités de vie plus petites, bénéficiant de services de proximité. En outre, elle recommande de soutenir davantage les aidants non professionnels, de manière à ce que leurs droits de l'homme soient aussi respectés.

Vu l’importance accordée par l’Estonie à la numérisation, aux nouvelles technologies et à l’intelligence artificielle (IA), la Commissaire demande instamment aux autorités de faciliter l’utilisation par les personnes âgées des technologies de l’information et de la communication, afin qu’elles puissent pleinement exercer leur droit de participer à la vie sociale et publique. Dans le cadre de l’élaboration prévue d’une stratégie et d’une législation relatives à l’IA, les autorités estoniennes devraient être attentives aux conséquences éthiques et juridiques, et aux effets sur les droits de l'homme, de l’utilisation de robots et de l’IA dans le cadre de la prise en charge des personnes âgées.

Enfin, soulignant la contribution importante apportée par les structures nationales des droits de l'homme à la protection des droits des citoyens, la Commissaire recommande de renforcer l’indépendance du Commissaire chargé de l’égalité des genres et de traitement et d’allouer à cette institution des ressources suffisantes et pérennes pour qu’elle puisse remplir son mandat efficacement. La Commissaire salue la récente décision de faire du Chancelier de la justice l’Institution nationale des droits de l'homme.