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Estonie : les droits de l'homme devraient orienter les politiques concernant les femmes, les personnes âgées et les minorités

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Tallinn 15/06/2018
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“Social care home for older persons in Kohtla-Järve, Estonia”, © CoE/Aron Urb

“Social care home for older persons in Kohtla-Järve, Estonia”, © CoE/Aron Urb

« L’Estonie se développe à un rythme rapide, mais certains habitants risquent d’être laissés pour compte. Pour une société plus inclusive, l’Estonie devrait combattre la discrimination et la maltraitance des personnes âgées, s’attaquer à l’écart salarial entre les femmes et les hommes et à la violence à l'égard des femmes, et s’employer plus activement à renforcer la cohésion sociale », déclare la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatović, à l’issue d’une visite de cinq jours dans le pays. La Commissaire souligne que les droits de l'homme apportent une protection essentielle à toute la population et devraient srevir de guide à l’élaboration des politiques dans tous les domaines, y compris dans le cadre d’ambitieux projets de numérisation et d’intelligence artificielle.

L’Estonie, comme beaucoup d’autres pays européens, devrait se préoccuper d’urgence des implications en matière de droits de l’homme du vieillissement démographique. Selon Eurostat, l’Estonie est en effet l’un des pays de l’Union européenne (UE) se caractérisant par la plus forte proportion de personnes âgées exposées au risque de pauvreté et d’exclusion sociale. Cette situation concerne aussi les personnes âgées appartenant à la minorité russophone, dont les difficultés sont une continuité des disparités économiques qui existent entre les communautés ethniques présentes en Estonie. « Les autorités estoniennes devraient accepter l’article 23 de la Charte sociale européenne révisée et veiller à ce que les seuils de protection sociale et le niveau des pensions soient suffisants pour permettre à toutes les personnes âgées de vivre dans la dignité », estime la Commissaire. Elle appelle également les autorités à organiser des campagnes de sensibilisation pour combattre l’âgisme et les préjugés contre les personnes âgées, afin d’éradiquer la discrimination et d’encourager la solidarité intergénérationnelle.

La Commissaire s’est rendue dans un foyer social pour personnes âgées à Kohtla-Järve, dans la partie orientale de l’Estonie, qui peut accueillir jusqu’à 140 pensionnaires. « Je demande instamment aux autorités nationales et locales de faire progresser la désinstitutionalisation et d’investir davantage dans des formes de prise en charge qui privilégient le maintien à domicile et le recours à des services de proximité pour les personnes âgées nécessitant une assistance à long terme », déclare la Commissaire, qui souligne de plus : « Il est très important de mieux soutenir les aidants non professionnels ». En ce qui concerne les disparités considérables existant entre communes en matière de prestation de services sociaux aux personnes âgées, la Commissaire encourage les autorités nationales à harmoniser le système. « Chacun d’entre nous a des chances d’être vieux un jour et nous devrions pouvoir être sûrs que, même si nous devenons fragiles ou malades, nos droits seront protégés et notre dignité et notre valeur en tant qu’êtres humains seront respectées », estime Dunja Mijatović. « Les autorités estoniennes devraient mettre en œuvre des garanties pour la qualité des soins et de l’assistance de longue durée, superviser ces services et veiller à ce que des voies de recours soient ouvertes aux victimes d’abus. »

La Commissaire salue la ratification par l’Estonie, en octobre dernier, de la Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul), un traité d’une importance majeure qui met à la disposition des États parties des outils complets pour combattre ces formes de violence. Le pays est déjà doté d’une permanence téléphonique disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, ainsi que d’un solide réseau de refuges proposant des services de protection et d’assistance aux victimes. Mme Mijatović a visité un centre dispensant des soins et des conseils aux victimes d’agressions sexuelles et un refuge accueillant des victimes de violence domestique dans l’est de l’Estonie. La violence à l'égard des femmes et la violence domestique constituent un phénomène d’une ampleur inquiétante en Estonie ; aussi la Commissaire appelle-t-elle les autorités à veiller à ce que des fonds suffisants soient affectés durablement aux services destinés aux victimes de violence domestique, de manière à garantir la qualité de ces services. « La violence à l'égard des femmes a des conséquences dévastatrices pour les femmes, mais aussi pour leurs familles et pour la société tout entière », constate la Commissaire. « Il est nécessaire d’apporter une assistance juridique aux victimes et de former les policiers et les magistrats pour que les victimes de violence sexuelle et de violence domestique soient protégées et pour que les responsables soient sanctionnés. »

Dunja Mijatović invite les autorités estoniennes à redoubler d’efforts pour déconstruire les stéréotypes et les préjugés sexistes concernant le rôle des femmes dans la société, en soulignant qu’ils entravent la réalisation de l’égalité entre les femmes et les hommes et favorisent des attitudes risquant de conduire à des actes de violence à l'égard des femmes. La Commissaire encourage les autorités à organiser plus de formations et de campagnes de sensibilisation à ce sujet, et à associer la minorité russophone à ces actions. Mme Mijatović se réjouit que le gouvernement ait pris l’initiative de préparer des amendements à la loi sur l’égalité de genre afin de réduire l’écart salarial entre les hommes et les femmes, qui est le plus important de l’UE. Elle souligne que, si l’on veut vraiment faire bouger les choses, il faut s’attaquer à tous les facteurs qui, dans le secteur public et dans le secteur privé, causent cet écart : notamment, une orientation des filles et des garçons vers des filières différentes, et donc vers des secteurs différents sur le marché de l’emploi, le phénomène du plafond de verre et le partage inéquitable des tâches dans la vie familiale.

En vue d’assurer un suivi effectif de la situation des droits de l'homme au niveau national, la Commissaire appelle l’Estonie à renforcer ses structures nationales des droits de l'homme. Elle salue l’adoption par le parlement, le 13 juin, d’amendements à la loi sur le Chancelier de la justice, destinées à permettre à cet organe de faire office d’institution nationale des droits de l'homme. En outre, elle encourage les autorités à veiller à ce que l’institution du Commissaire pour l’égalité entre les femmes et les hommes et l’égalité de traitement soit véritablement indépendante et bénéficie de ressources suffisantes.

Au cours de sa visite, la Commissaire a rencontré le Président du parlement estonien (Riigikogu), le Premier ministre, la ministre de la Protection sociale, le ministre de la Santé et du Travail et plusieurs autres représentants du gouvernement, des députés, dont des membres de la délégation estonienne à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), ainsi que la Chancelière de la justice, la Commissaire pour l’égalité entre les femmes et les hommes et l’égalité de traitement, et des responsables locaux. Elle s’est aussi entretenue avec des représentants de la société civile et d'ONG.

La Commissaire publiera prochainement un rapport sur sa visite en Estonie.