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Les politiques discriminatoires à l’égard des personnes âgées doivent cesser

Le carnet des droits de l'homme
headline Strasbourg 19/01/2012
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Les politiques discriminatoires à l’égard des personnes âgées doivent cesser

La privatisation des institutions pour personnes âgées en Suède a récemment été marquée par des scandales. Les médias ont révélé qu’une société commerciale qui gérait plusieurs de ces institutions avait fait passer la réalisation de profits et les primes pour ses cadres dirigeants avant le traitement décent de ses résidents.

Les cas d’urgence médicale n’ont pas été traités correctement faute de personnel soignant en nombre suffisant. Les employés étaient sommés de trouver des moyens de limiter les dépenses, même sur la nourriture, les couches et les gants de protection. Par exemple, ils devaient peser les couches usagées pour déterminer si elles étaient pleines ou si elles pouvaient être réutilisées.

Certaines autorités locales ont annulé leurs contrats avec cette société et le Gouvernement suédois a annoncé une amélioration du contrôle des maisons de retraite. Cependant, il y a d’autres enseignements à tirer de ces scandales.

De telles violations des droits des personnes âgées ne se produisent pas uniquement en Suède et ne se limitent pas au secteur privé. Ainsi, l’Ombudsman des services de santé en Angleterre a publié un rapport sur les défaillances du système de santé public à l’égard des personnes âgées.

Un manque de compassion

Dans son rapport, l’Ombudsman conclut que les attentes qu’ont les personnes âgées de pouvoir terminer leur vie dignement et sans souffrance dans des conditions d’hygiène satisfaisantes ne sont pas remplies dans,la réalité.

« Les conclusions de mes investigations révèlent qu’il existe une attitude – à la fois personnelle et institutionnelle – qui omet de reconnaître l’humanité et l’individualité des personnes concernées, ainsi que de les traiter avec sensibilité, compassion et professionnalisme ».

Dans d’autres pays aussi, des journalistes d’investigation et des Ombudsmans actifs ont dénoncé des problèmes similaires. Pourtant, je crains fort que nombre de situations semblables ne soient pas révélées. En effet, les dénoncer est présenté comme un manque de loyauté et les personnes âgées hésitent à se plaindre par peur de représailles de la part du personnel, ou ne sont elles-mêmes pas en état de protester en raison de leur handicap.

Or, les aînés ont été disproportionnément touchés par la crise économique actuelle. Beaucoup vivent dans une pauvreté abjecte; les femmes âgées et isolées qui n’ont qu’une maigre – voire aucune - retraite sont particulièrement vulnérables.

Certes, plusieurs pays ont tenté de protéger les groupes vulnérables contre les conséquences des budgets d’austérité, mais les effets combinés des mesures d’économie – sur le personnel soignant, les retraites et les allocations, ainsi que sur les organismes de contrôle – ont frappé de plein fouet les personnes qui ne peuvent plus gagner d’argent ni subvenir à leurs besoins.

C’est aussi une question de mentalité, comme le fait remarquer l’Ombudsman anglais. Les personnes âgées sont souvent considérées comme n’étant pas productives et représentant uniquement une charge. L’allongement de la durée de vie, qui modifie la structure démographique de la société, est qualifié de « crise ».

Le « positive ageing » en Irlande

Pour lutter contre cette vision du vieillissement, des groupes non gouvernementaux irlandais ont formé une coalition, « Older & Bolder » qui a identifié les stéréotypes négatifs et les petites humiliations qui empoisonnent la vie quotidienne des personnes âgées.

L’un de leurs messages est que nous ne devons plus parler des personnes âgées comme d’un groupe distinct, alors que la vieillesse est une étape de la vie de tout être humain. Le problème, ce n’est pas que beaucoup de gens vivent désormais plus longtemps, mais que la société dans son ensemble ne s’est pas encore faite à l’idée de cet allongement de la durée de vie.

« Older & Bolder » milite pour des politiques de vieillissement positif (« positive ageing »), fondées sur les opinions exprimées par les personnes âgées elles-mêmes. Par exemple, il faudrait respecter le souhait de beaucoup de pouvoir rester chez elles tout en ayant accès aux services – ce qui suppose de développer les services de proximité.

La coalition irlandaise se réfère souvent aux Principes des Nations Unies pour les personnes âgées, adoptés en 1991, dont les grands axes sont l’indépendance, la participation, les soins, l’épanouissement personnel et la dignité. Ce document soulève des points importants, mais ni l’ONU ni aucune autre organisation intergouvernementale ne se sont assez engagées à protéger les droits des personnes âgées.

Ni traité ni agence pour les personnes âgées

Il n’existe pas de traité spécialement consacré à la protection des droits des personnes âgées ni d’agence spécialisée similaire à l’Unicef, par exemple. Cette lacune sera peut-être comblée plus tard cette année. L’ONU organisera en effet une conférence ministérielle en septembre à Vienne pour examiner les changements intervenus depuis la conférence précédente sur les personnes âgées, qui s’est tenue il y a 10 ans à Madrid.

Les participants discuteront de la manière de permettre aux personnes qui le souhaitent et le peuvent de travailler plus longtemps ; de prévenir la discrimination et promouvoir l’inclusion sociale ; et de créer un environnement qui permet de rester autonome et de vieillir en bonne santé et dans la dignité.

Des millions d’individus en Europe seront concernés et leur nombre va continuer de croître dans le futur.

Thomas Hammarberg