Du 3 au 6 juin, pour la troisième année consécutive, le Conseil de l’Europe a accueilli à Strasbourg 50 jeunes participants pour l’atelier “La mort n’est pas la justice – plaidoyer et sensibilisation pour l’abolition de la peine de mort”, dont les précédentes éditions ont eu lieu en juin 2023 et en juin 2024.
L’un des principaux objectifs de ce projet est de fournir une plateforme à des jeunes volontaires, étudiants et membres actifs de la société civile pour rencontrer d’autres personnes partageant les mêmes convictions, construire un réseau de Jeunes Ambassadeurs contre la peine de mort, promouvoir son abolition, coopérer et amplifier leurs voix. Lors de cet atelier, les participants des éditions 2023 et 2024, déjà engagés dans diverses initiatives, ont partagé leurs progrès.
L’un des résultats les plus marquants de l’édition 2024 a été la Déclaration des Jeunes Ambassadeurs contre la peine de mort, rédigée par un groupe de participants, approuvée par l’ensemble, et publiée à l’occasion de la Journée européenne et mondiale contre la peine de mort. Cette Déclaration reflète leur position commune et leur engagement pour mettre fin à la peine capitale et promouvoir une justice fondée sur la dignité humaine. Elle appelle à l’action et illustre le rôle essentiel de la jeunesse dans la construction d’un avenir sans peine de mort.
Depuis les précédentes éditions, les Jeunes Ambassadeurs ont développé et mis en œuvre plusieurs projets et initiatives individuelles.
Plusieurs sont étudiants et ont organisé des conférences dans leurs universités. Au Royaume-Uni, une conférence à l’Université de St Andrews a motivé une centaine d’étudiants à défendre les droits humains et l’abolition de la peine de mort. En France, trois conférences ont eu lieu, une à l’Université d’Évry, deux à Sciences Po Strasbourg. La première a réuni des experts pour informer des étudiants en droit sur la peine de mort, analysée sous les prismes du droit interne et international. La deuxième a sensibilisé près de deux cents étudiants grâce notamment au témoignage d’un ancien condamné à mort et avocat à la Cour pénale internationale, M. Firmin Yangambi-Libote. La troisième a porté sur la situation au Bélarus, à la veille des élections présidentielles. En Italie, une conférence à l’Université de Milan a abordé l’abolition de la peine de mort, avec un focus sur les pays où l’homosexualité est criminalisée et peut mener à la peine capitale.

Conférence à Sciences Po Strasbourg. © Guillaume Vorona
Pour le réseau des jeunes Ambassadrices et Ambassadeurs contre la peine de mort, ces conférences jouent un rôle essentiel dans la mobilisation de la jeunesse : en sensibilisant les jeunes, elles permettent de créer une génération informée et potentiellement engagée sur la question de l’abolition universelle de la peine de mort.
D'autres initiatives ont été mises en place en utilisant divers supports et plateformes. Par exemple, plusieurs expositions ont été organisées, telles qu’une exposition artistique sur l’impact des conflits sur les droits humains, où certaines œuvres dénonçaient l’inhumanité de la peine de mort.

Affiche de l’exposition “the pain of others’” © Ally Zlatar
Le milieu académique a également contribué, via la publication d’articles juridiques et de mémoires sur l’irréversibilité de la peine de mort, les erreurs judiciaires et les biais raciaux dans le système américain.
Aux États-Unis, Amelia Inglis a soumis une thèse de doctorat qui examine en profondeur les expériences des co-victimes, en se concentrant particulièrement sur les membres de la famille des victimes de meurtre. Sa recherche explore les complexités de leurs processus de deuil et de guérison, mettant en lumière les défis significatifs auxquels ils sont confrontés en naviguant dans le long processus d'appel en capital, qui peut s'étendre sur plusieurs années. À travers son travail, Inglis vise à éclairer le coût émotionnel et psychologique que cette longue démarche judiciaire impose à ces individus, contribuant ainsi à une compréhension plus profonde de leurs luttes et besoins uniques.
Des actions de sensibilisation ont aussi été menées auprès d’élus, d’autorités et d’institutions, soulignant le rôle de la société civile dans la lutte pour l’abolition. Certains Jeunes Ambassadeurs ont contribué à un rapport de l’EPU sur les détenus étrangers condamnés à mort, notamment pour des infractions liées à la drogue. Dans certains pays où la rhétorique pro-peine de mort progresse, des participants ont organisé des discussions publiques avec leurs autorités, et défendu les valeurs du Conseil de l’Europe et ses Protocoles additionnels n°6 et n°13. Malgré la diversité géographique du réseau, des préoccupations communes, notamment sur la résurgence des discours pro-peine de mort, ont été soulevées.
Ces actions montrent l’engagement des Jeunes Ambassadeurs contre la peine de mort. En s’appuyant sur les connaissances acquises durant l’atelier, ils sensibilisent un public large et renforcent la lutte pour l’abolition. Leur engagement local et individuel joue un rôle important pour ce réseau. Certains poursuivent leur travail dans des ONG, renforçant les efforts de la société civile sur ces enjeux. Le réseau bénéficie d’une grande diversité de profils, ainsi une Jeune Ambassadrice, journaliste turque, a documenté l’évolution des discours pro-peine de mort et mis en lumière des cas d’exécutions ciblant des femmes en Iran et en Afghanistan.
Le réseau permet aussi de partager d’anciennes initiatives, comme le livre Last Words of the Executed publié en 2019 par Alessandro Piana, ou de promouvoir de nouveaux projets, comme celui d’ une Jeune Ambassadrice de l’Université de Bristol a rejoint le Post Mortem Project qui, après un travail approfondi sur des cas de condamnés à mort, a lancé un projet visant à se rendre au Texas pour enquêter sur le cas d’un ressortissant britannique exécuté alors qu’il n’avait que 17 ans.
Lors de cette troisième édition, les Jeunes Ambassadeurs, avec de nouveaux participants, ont travaillé sur les initiatives à venir, notamment en vue de la prochaine Journée européenne et mondiale contre la peine de mort, le 10 octobre 2025, et du Congrès mondial qui se tiendra à Paris en 2026.
La série d’ateliers “La mort n’est pas la justice” s’inscrit dans les activités du Conseil de l’Europe visant à soutenir l’action des jeunes contre les discours favorables à la peine de mort et à contribuer à son abolition mondiale. D’autres ateliers similaires ont été organisés, notamment pour des jeunes du Bélarus d’une part et, d’autre part, d’Afrique dans le cadre du Centre Nord-Sud. En 2024, un atelier intitulé “Promouvoir l’abolition de la peine de mort au sein de la population bélarussienne” a eu lieu à Vilnius. À la suite de cet atelier, plusieurs idées ont été mises en œuvre : projection de film et débat, action de sensibilisation auprès de la diaspora biélorusse, création d’un podcast. Ce travail important mené avec les jeunes biélorusses se poursuit à travers la mise en œuvre d’autres projets identifiés lors de cet atelier.
