EDQM On Air podcast

« EDQM On Air » est un podcast sur la santé publique proposé par la Direction européenne de la qualité du médicament & soins de santé (EDQM) du Conseil de l’Europe. Écoutez des avis de spécialistes, des débats captivants et des témoignages inspirants, et découvrez la manière dont l’#EDQM, en collaboration avec ses parties intéressées, protège la santé publique grâce aux travaux qu’elle mène dans le domaine des médicaments, du suivi pharmaceutique, des substances d’origine humaine et de la santé des consommateurs et consommatrices.

10 épisodes

Retour Rejoignez le réseau : des expert·es de la Pharmacopée Européenne témoignent

Avez-vous déjà pensé à l’histoire qui se cache derrière chaque médicament que vous achetez en pharmacie ? En réalité, des histoires, il y en a des milliers, plus précisément celles de milliers de personnes – des expertes et experts – qui consacrent d’innombrables semaines, mois, voire années à s’assurer que les médicaments que vous prenez sont sans danger et efficaces. La Pharmacopée Européenne (Ph. Eur.) définit les normes qualité applicables aux médicaments en Europe. Or, si elle existe, c’est grâce à la rigueur scientifique, aux échanges pointus, à la passion et au consensus d’un vaste réseau d’expert·es scientifiques du monde entier, qui mettent leurs précieuses connaissances – que ce soit dans le domaine des produits biologiques, des médicaments à base de plantes, des analyses chimiques ou d’autres secteurs pharmaceutiques – au service du grand public.

Dans cet épisode de podcast, vous entendrez deux membres du réseau d’expert·es de la Ph. Eur. faire part de leur expérience : Gisela Fontaine, chimiste analytique établie en Suisse et Edward Bush, scientifique chargé des travaux de pharmacopée ayant rejoint le réseau il y a plus de dix ans.

Retrouvez Sarah-Taïssir Bencharif, médecin, journaliste de santé et hôte du podcast #EDQMOnAir, pour en savoir plus sur le parcours de ces deux personnalités expertes. Vous découvrirez ce qui les a amenées à s’impliquer dans les activités de l’EDQM, ce qu’elles ont appris et la raison pour laquelle ce travail est si important, non seulement pour leur carrière, mais aussi pour les patient·es du monde entier.

Vous êtes expert·e dans votre domaine et souhaitez en savoir plus sur le réseau de la Ph. Eur. ? Rendez-vous sur notre page Rejoignez le réseau !


 Transcription

INTRODUCTION DE L’HÔTE :

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue à « EDQM on Air », un podcast consacré à la santé publique, proposé par la Direction européenne de la qualité du médicament & soins de santé du Conseil de l’Europe. Je m’appelle Sarah-Taïssir Bencharif et je suis ravie de vous rejoindre en tant que nouvelle animatrice ! Dans le podcast « EDQM On Air », nous explorons le monde des médicaments et des soins de santé. Nous parlons de science, de collaboration, mais aussi des personnes à l’origine des normes qui contribuent à la protection de la santé publique en Europe et au-delà. Aujourd’hui, nous nous concentrons sur un élément qui est au cœur de cette mission : l’expertise. La Pharmacopée Européenne est souvent décrite comme la référence en matière de qualité des médicaments. Mais derrière chacune de ses normes qualité se cache tout un réseau de scientifiques, de spécialistes des autorités réglementaires et de professionnel·les du monde entier qui se réunissent pour partager leur expertise afin de garantir que les médicaments sont sûrs, efficaces et de la plus haute qualité. Car, dans le domaine des médicaments, l’expertise n’est pas seulement précieuse, elle est essentielle. C’est précisément pour cette raison que la Pharmacopée Européenne s’appuie sur son réseau d’expert·es et qu’elle est constamment à la recherche de nouveaux contributeurs et contributrices, notamment dans le cadre de sa campagne d’appel à expert·es. Dans cet épisode, nous allons vous faire entrer dans les coulisses de cette communauté scientifique. J’ai interviewé séparément Edward Bush du Royaume-Uni et Gisela Fontaine établie en Suisse, qui font partie actuellement du réseau de la Pharmacopée Européenne. J’ai cherché à savoir ce qui les avait amenés à s’impliquer dans les activités de l’EDQM, les enseignements qu’il et elle en avaient tirés et la raison pour laquelle ce travail était si important, non seulement pour leur carrière, mais aussi pour les patient·es du monde entier. Sans plus attendre, place à cette discussion.

Sarah-Taissir : Bienvenue Edward. Avant d’entrer dans les détails, pourriez-vous nous dire qui vous êtes, quel est votre rôle et ce qui vous a amené à vous impliquer dans les travaux de la Pharmacopée Européenne ?

Edward : Eh bien, je suis responsable scientifique et spécialiste en pharmacopée chez AstraZeneca. Je suis basé sur le site de Macclesfield, dans la banlieue de Manchester, où je travaille depuis trente ans. Je voudrais d’abord faire une précision importante. Je parle ici uniquement en mon nom. Les opinions que j’exprime ne sont pas celles de la société où je travaille, AstraZeneca. Il y a plus de dix ans, alors que j’étais chef d’équipe, j’ai commencé à m’impliquer dans les travaux de diverses pharmacopées mondiales, en particulier dans l’élaboration et l’adoption ultérieure des monographies applicables à nos produits, car ces étapes constituent une partie essentielle du cycle de vie des médicaments. Aujourd’hui, je suis un membre de longue date du Groupe d’experts 10B, au sein duquel je participe à l’élaboration de monographies sur des produits de sources multiples et à la modernisation de normes existantes relatives à des substances actives. Et je suis ravi de partager avec vous aujourd’hui un peu de mon aventure en tant qu’expert de la Pharmacopée Européenne.

Sarah-Taissir : Et bienvenue à vous, Gisela. Commençons aussi par le commencement pour vous. Qui êtes-vous ? Que faites-vous ? Quel a été votre premier contact avec la Pharmacopée Européenne et le réseau de l’EDQM ?

Gisela : Je suis chimiste analytique. Je dirige un laboratoire d’analyse élémentaire depuis quatorze ans maintenant, après différents postes. Et mon tout premier contact avec l’EDQM remonte à mes études. J’étais alors étudiante en chimie et pendant mon cours préféré – la stratégie analytique –, un représentant de l’industrie pharmaceutique nous a fait une présentation et a évoqué « la pharmacopée », un mot que je n’avais jamais entendu auparavant. Il nous a montré un livre et nous a expliqué que tout cela était très strict. Je ne comprenais pas vraiment. Mais plus tard, lorsque j’ai commencé à travailler dans l’industrie, je suis entrée dans le laboratoire le jour de mon arrivée, à vrai dire le jour de mon entretien. J’étais analyste spécialisée en ICP-MS. Mon sujet était la quantification des impuretés élémentaires à des concentrations très faibles – spécifiques à chaque élément. Puis je suis entrée dans ce laboratoire et un type m’a dit : « Ah, ici, on effectue des analyses de métaux lourds ». Il m’a montré deux solutions, l’une un peu plus foncée que l’autre. « Super ! Il n’y a pas d’impuretés élémentaires. » Quoi ? Comment est-ce possible ? Comment est-ce que vous faites ? Finalement, j’ai accepté ce poste, et nous avons fait ce test pendant des années. Mais depuis, je me consacre davantage à la quantification réelle de ces impuretés élémentaires.

Sarah-Taissir : Les raisons qui ont mené Ed et Gisela à l’EDQM sont différentes. Mais, comme vous allez l’entendre, l’un et l’autre ont eu le même moment déclic qui leur a fait dire « oui, j’aimerais bien en faire partie ».

Edward : En fait, la première fois que j’ai eu envie de faire partie du réseau d’expert·es de l’EDQM, c’est en vivant cette expérience à travers les yeux d’un collègue. J’apportais alors de l’aide à ce collègue qui était déjà membre d’un groupe d’expert·es. Grâce à lui, j’ai pu voir clairement comment fonctionnait le groupe, comment les décisions étaient prises, comment le programme de travail était défini et comment des spécialistes de différentes displicines collaboraient. Il se montrait toujours positif et enthousiaste à propos du groupe, attendait sincèrement avec impatience de participer aux réunions et de travailler avec les autres membres. C’est cette énergie et cette détermination qui m’ont vraiment convaincu. Aujourd’hui, je le comprends tellement. Cela m’a donné envie de faire partie de cette communauté et d’y apporter ma contribution de manière plus directe, ce qui m’a finalement poussé à jouer ce rôle.

Gisela : En réalité, cela n’est pas venu directement de moi, mais mon entreprise recherchait activement des expertes et experts pour rejoindre le réseau afin de pouvoir avoir une influence sur les questions qui nous concernent. C’est alors que j’ai commencé à y réfléchir. Je me suis renseignée sur le fonctionnement de tout ça, et j’ai découvert – incroyable ! – qu’il y avait un groupe consacré à l’ICP, un groupe sur les métaux lourds et un groupe sur les matériaux inorganiques. C’est hyper intéressant. Depuis, je suis conquise. J’ai ainsi rejoint le groupe Méthodes générales, qui traite notamment de l’ICP et des métaux lourds. Et cela m’a vraiment permis de mieux comprendre ce que fait l’EDQM.

Sarah-Taissir : Pour celles et ceux qui nous écoutent, pourriez-vous nous expliquer ce que signifie l’acronyme ICP ?

Gisela : ICP est l’acronyme anglais qui désigne le plasma à couplage inductif. On peut l’associer à un détecteur, un spectromètre de masse (désigné par l’acronyme anglais « MS ») ou un spectromètre d’émission optique (désigné par l’acronyme « OES ») pour détecter des concentrations faibles ou élevées d’éléments. 

Sarah-Taissir : OK, donc c’est une technique.

Gisela : C’est ça. C’est une technique très sensible qui permet de doser des éléments.

Sarah-Taissir : Comme nous l’avons entendu, le travail d’Ed et de Gisela est très technique. Mais en quoi consiste, au quotidien, leur contribution à la Pharmacopée Européenne ?

Gisela : En réalité, le travail pour la Pharmacopée commence avant même qu’on s’y rende, car on doit se préparer. Nous avons donc… Je crois que la plupart des groupes se réunissent deux fois par an. Pour chacune de ces réunions, on reçoit d’abord beaucoup d’informations, des questions de toute l’Europe, voire du monde entier, concernant certaines monographies ou des demandes de mise à jour. Tout est envoyé aux membres du groupe. Il faut alors lire tous les documents, éventuellement préparer sa propre contribution, puis se rendre à Strasbourg ou participer en ligne pour discuter des sujets. Si vous exercez ce rôle depuis plusieurs années, vous maîtrisez votre sujet, car ce n’est pas une intervention ponctuelle. Tout cela s’inscrit dans une perspective à long terme. Vous recevez donc une demande. À vous de décider : faut-il retravailler ce point ? Cela nécessite-t-il une explication ? Et s’il reste du travail à faire, on détermine alors qui peut s’en charger et si une collaboration est nécessaire à cet effet. Ou bien pouvez-vous le faire vous-même ?

Edward : Au quotidien, contribuer à la Pharmacopée Européenne en tant que membre du Groupe d’experts 10B, cela implique d’examiner des données, de rédiger et de réviser des monographies, ainsi que de collaborer avec des collègues issus de l’industrie, des autorités, du monde universitaire et de l’EDQM afin de traduire les bonnes pratiques scientifiques en normes claires et applicables. Au sein du groupe, nous abordons les méthodes d’analyse, les spécifications, la conformité du système et la validation, les limites et les critères d’acceptation, ainsi que les aspects pratiques de l’implémentation des méthodes dans divers laboratoires. Nous concilions données scientifiques, exigences réglementaires, impact environnemental, résultats et commentaires des parties intéressées, et nous convenons de mises à jour ou de nouveaux textes qui réduisent la variabilité et favorisent la fiabilité ainsi que le contrôle qualité, afin que les médicaments restent toujours sûrs et efficaces pour les patient·es. C’est donc une expérience très enrichissante que de contribuer de cette manière.

Sarah-Taissir : Pourriez-vous nous parler d’un projet en particulier qui illustre comment votre travail aide à protéger les patient·es et la santé publique ?

Edward : Oui. Nous élaborons et actualisons des monographies juridiquement contraignantes, et ces normes centrées sur la personne soignée garantissent la fiabilité du contrôle qualité, réduisent la variabilité interlaboratoires et assurent la continuité de l’approvisionnement en médicaments pour les patient·es. Au sein du Groupe 10B, j’ai contribué à la publication de la première monographie de médicament de notre groupe dans la Pharmacopée Européenne – c’est-à-dire du stade pilote jusqu’à son adoption en tant que norme publique officielle. Et nous y sommes parvenus grâce à un travail d’équipe étroit et à l’implication des parties intéressées. Nous avons surmonté les difficultés d’ordre scientifique et de mise en œuvre pour aboutir à un ensemble d’exigences clair, moderne et adapté à l’objectif visé. Cette norme permet donc désormais d’assurer un contrôle qualité de façon reproductible et contribue à garantir un approvisionnement continu en médicaments de haute qualité pour les patient·es.

Sarah-Taissir : J’ai posé la même question à Gisela, afin de comprendre comment ses travaux en laboratoire contribuent à protéger les patient·es et la santé publique.

Gisela : Mon domaine d’expertise, bien sûr, ce sont les impuretés élémentaires. Il existe un essai pour ça. On avait un essai limite visuel depuis une centaine d’années, mais cette méthode n’est pas très sensible. C’est pourquoi il a été remplacé dans le cadre de l’effort conjoint mené par les États-Unis, l’Europe et le Japon pour obtenir des mesures spécifiques. Au départ, ces limites variaient d’une pharmacopée à l’autre, ce qui compliquait grandement la tâche de toutes les personnes qui devaient s’en occuper. Mais il fallait également, pour les nouveaux acteurs du marché à venir, que cela soit réellement contrôlé à un certain niveau pour des éléments spécifiques, car l’essai de détection des métaux lourds sous sa forme visuelle n’était pas très sélectif, ni d’ailleurs très sensible. Il nous arrivait donc parfois d’avoir une solution qui semblait convenir lors du contrôle visuel, mais qui, une fois soumise à une mesure selon une autre technique, s’avérait en réalité bien au-delà des limites. La mise en place de cet essai a donc permis d’améliorer considérablement la situation. Et puis l’harmonisation : c’est en fait là ma plus grande expertise au sein de l’EDQM jusqu’à présent. Nous avons tenu une réunion afin d’harmoniser les pharmacopées à l’échelle mondiale. Nous avions principalement besoin que l’USP, la Pharmacopée Européenne, la Pharmacopée japonaise et la Pharmacopée indienne s’accordent sur la manière dont nous souhaitons que ces informations soient formulées. Parmi les personnes présentes, je savais que certaines étaient impliquées dans ces travaux au tout début de ce nouveau chapitre, et elles contribuaient aux discussions et j’ai pu leur parler. Cela m’a vraiment impressionnée. Et puis j’ai dû faire une présentation, ou plutôt expliquer pourquoi nous souhaitions inclure un paramètre de validation qui, selon nous, garantissait une précision de mesure équivalente à celle déjà prévue dans l’USP. Et nous avons vraiment dû les convaincre d’accepter de la même manière que la Pharmacopée Européenne l’avait fait depuis quelques années. J’étais tellement stressée.

Sarah-Taissir : Je ne peux qu’imaginer.

Gisela : Mais je pense que cela a vraiment été utile, car toutes les données de validation recueillies conformément à la monographie de la Pharmacopée Européenne restent valables. De plus, grâce à cette mise à jour, à cette harmonisation, il n’est pas nécessaire de répéter cette étape, ce qui, à mon avis, n’améliorerait pas la qualité. Mais, grâce à l’évaluation en place, nous veillons à ce que les produits pharmaceutiques mis sur le marché présentent une faible teneur en impuretés élémentaires et soient sans danger.

Sarah-Taissir : Donc, si j’ai bien compris, vous avez essentiellement travaillé à harmoniser les spécifications, notamment les teneurs en impuretés entre la Pharmacopée Européenne, la Pharmacopée des États-Unis et la Pharmacopée indienne, en essayant en quelque sorte de les harmoniser à l’échelle mondiale afin que tous les médicaments répondent aux mêmes normes de sécurité, c’est-à-dire la teneur maximale en impuretés de ce type que nous pouvons tolérer dans nos médicaments. Est-ce que c’est bien ça ?

Gisela : Oui, tout à fait. Après, il y a aussi la question de la façon dont nous analysons cette teneur. L’ICH a déjà défini de nouvelles limites, ce qui est très utile. Toutes les pharmacopées peuvent s’aligner sur l’ICH, mais la manière concrète de procéder à cette analyse est définie dans chaque pharmacopée. Or ce point est désormais en cours d’harmonisation. Je pense que la dernière version paraîtra en avril prochain.

Sarah-Taissir : Il ne s’agit donc pas seulement des teneurs, mais aussi de la manière dont nous les mesurons. Nous devons nous assurer que cette mesure est cohérente, harmonisée et reproductible dans les différentes juridictions régies par les pharmacopées. Est-ce que c’est bien ça ?

Gisela : C’est tout à fait ça.

Sarah-Taissir : D’accord. C’est excellent !

Sarah-Taissir : En échangeant avec Ed et Gisela, j’ai clairement ressenti leur passion pour leur travail. J’ai donc voulu en savoir plus sur ce que chacun et chacune ont retiré de leur participation à ce réseau mondial complexe.

Edward : Ce n’est vraiment pas étonnant qu’un grand nombre d’expert·es disent que ce réseau est enrichissant tant sur le plan professionnel que personnel. Pour ma part, j’ai ainsi pu me constituer un solide réseau intersectoriel, acquérir une meilleure compréhension des aspects scientifiques liés aux pharmacopées et des exigences réglementaires, ainsi qu’une expérience pratique dans la mise en œuvre de changements. La collaboration entre l’EDQM, les autorités, le monde universitaire et l’industrie me permet ainsi d’affiner mes compétences en matière de direction technique et de négociation. Cela m’a permis d’assumer de nouvelles fonctions et a favorisé le développement de solutions de contrôle pragmatiques et plus écologiques au sein de la Pharmacopée Européenne. Sur le plan personnel, cela a été une expérience très enrichissante. J’ai noué des relations de confiance et des liens d’amitié avec des membres de l’ensemble du groupe, ce qui permet de parvenir à un consensus et de résoudre les problèmes plus vite. En résumé, c’est une expérience formidable et je la recommande vivement à tout le monde.

Gisela : J’ai eu l’occasion d’entrer en contact avec un grand nombre de personnalités expertes aux profils très variés, toutes très curieuses, qui aiment travailler ensemble et accordent une grande importance à la précision ; en effet, lorsque l’on publie un document destiné à être suivi par tous, il est essentiel de formuler des exigences très précises. Et moi aussi, je suis comme ça. C’est donc vraiment agréable de discuter avec d’autres personnes avec le même état d’esprit et dont certaines n’hésitent pas à se demander : cette formulation est-elle correcte ou faudrait-il reformuler un peu pour que les utilisateurs et utilisatrices comprennent mieux et pour être plus clair ? Et sur le plan personnel, ce sont généralement des personnes très intéressantes. C’est, par ailleurs, vraiment agréable de pouvoir échanger à l’échelle européenne, puisque je vis en Suisse, même si je suis d’origine allemande. C’est une formidable occasion pour la Suisse de s’impliquer dans un projet typiquement européen qui rassemble toutes les nations du continent, et de constater à quel point il est difficile de les réunir toutes. Cela demande du travail, mais cela en vaut la peine.

Sarah-Taissir : Tout à fait, oui. Parvenir à un consensus n’est jamais facile, mais cela en vaut vraiment la peine. Pouvez-vous me raconter quelque chose d’amusant, d’inattendu ou de surprenant que vous avez vécu depuis que vous faites partie de cette communauté ?

Edward : Ah oui. Je vais vous proposer un sujet plus léger, une tradition très particulière de cette communauté. Il faut savoir que notre groupe, le groupe 10B, existe depuis longtemps. En janvier 2026, il fêtera ainsi sa 150e réunion. Nous nous réunissons à Strasbourg et, au fil des ans, la soirée qui suit notre réunion de janvier est devenue une fête de Noël. Ainsi, dans un esprit de collaboration, chaque membre du groupe apporte des mets et des boissons de son pays, c’est-à-dire de toute l’Europe, pour les partager. En tant que représentant du Royaume-Uni, je n’ai pas apporté de fish and chips, mais au fil des ans, j’ai apporté du Christmas pudding, de la bière et, plus récemment, un Bakewell pudding traditionnel, qui a été grandement apprécié. Il s’agit donc d’une soirée particulière qui favorise la camaraderie, consolide les réseaux et renforce l’esprit de collaboration qui rend notre groupe si spécial et unique.

Sarah-Taissir : Ça a l’air vraiment sympa et surtout délicieux. Merci beaucoup d’avoir partagé cette histoire avec nous.

Gisela : Il y a une chose qui m’a surprise lors de ma rencontre avec le groupe Méthodes générales : eh bien, la délégation suisse est la plus nombreuse.

Sarah-Taissir : Oh !

Gisela : Pour un si petit pays, je ne m’attendais pas à ça. Mais ce n’est pas le cas dans tous les autres groupes. Et il y a autre chose qui m’a simplement intriguée. Il nous arrive parfois, lorsque nous avons une réunion en présentiel à Strasbourg, de nous réunir la veille. Comme j’habite à Bâle, je ne réserve pas d’hôtel à Strasbourg ; je fais l’aller-retour en train. Mais, une fois, j’ai réussi à me rendre au dîner de la veille. Comme je venais directement de la gare, j’ai traversé la ville à pied, et à un moment donné, de la musique a retenti à plein volume et cinq Spider-Man se sont précipités vers moi.

Sarah-Taissir : Oh la la !

Gisela : J’ai été très surprise, mais ensuite tout un groupe de joggeurs est arrivé, c’était comme une fête.

Sarah-Taissir : Et donc, ce sont les aventures qui ont précédé la réunion. C’est génial !

Gisela : Eh bien, c’était vraiment surprenant.

Sarah-Taissir : Waouh ! On dirait que faire partie de ce groupe est très sympa. Et que c’est également très enrichissant sur le plan professionnel.

Gisela : Oui, c’est très enrichissant. Vous avez l’occasion de rencontrer des personnes de différents pays européens : Espagne, Suède, Angleterre – on a même des personnes qui viennent de Chine – on a aussi la France et l’Allemagne. C’est vraiment un groupe très hétérogène, composé de représentant·es de l’industrie, du monde universitaire et des laboratoires publics. C’est vraiment une combinaison de personnes très intéressante.

Sarah-Taissir : On dirait que c’est vraiment un réseau très sympa et enrichissant. Comme vous le savez, l’EDQM cherche à élargir son réseau d’expert·es. On aimerait donc que vous nous fassiez part de vos conseils et astuces concernant le rôle d’expert, et que vous nous disiez quelles seraient les qualités nécessaires pour le remplir. Si vous deviez vous adresser à une scientifique ou un professionnel qui hésite à postuler, que lui diriez-vous ?

Edward : Je leur dirais : n’hésitez plus, postulez ! Je leur dirais que c’est une occasion rare de traduire les bonnes pratiques scientifiques en normes publiques qui agissent directement en faveur de la qualité des médicaments et de la sécurité patient dans toute l’Europe et au-delà. Vous acquerrez ainsi une connaissance approfondie des défis communs à tous les secteurs, des exigences réglementaires et des principes scientifiques des pharmacopées, tout en apprenant à établir un consensus et des normes, afin que les monographies allient rigueur scientifique, implémentation pratique et respect de l’impact environnemental. De plus, cela a accéléré mon développement personnel. Cela m’a donc permis de renforcer mes compétences en matière de direction technique, d’influence et de négociation. Au fil du temps, j’ai été nommé à des postes similaires au sein de la Pharmacopée britannique. J’ai rejoint un groupe de réflexion intersectoriel, appelé Mid-West Compendial Discussion Group, au sein duquel je travaille également en étroite collaboration avec la Pharmacopée des États-Unis, et j’ai été promu à un poste dédié à la pharmacopée au sein de mon entreprise.

Sarah-Taissir : Et Gisela, que diriez-vous pour encourager quelqu’un qui hésite à postuler ? Selon vous, quels sont les qualités ou l’état d’esprit qui font qu’une personne est particulièrement apte à devenir experte à l’EDQM ?

Gisela : Pour quelles raisons envisagez-vous de postuler ? Qu’aimez-vous faire ? Vous devez être prêt·e à vous impliquer parfois dans des domaines qui ne relèvent pas uniquement de votre domaine d’expertise, mais aussi de celui d’autres personnes. Si vous être curieux ou curieuse, cela vous ouvrira vraiment l’esprit et pourra vous apporter beaucoup. Il vous faudra du temps, notamment pour lire tous les documents. Il vous faut simplement du temps pour y aller étape par étape. Il vous faudra faire preuve de rigueur et de curiosité, ainsi que d’un peu de ténacité, et être prêt·e à vous investir sur le long terme, car vous devrez obtenir l’accord de toutes et tous, puis traiter les commentaires émanant d’un très large éventail de personnes. Ce processus s’inscrit donc dans la durée, ce qui le rend gratifiant, mais la récompense ne sera pas immédiate.

Sarah-Taissir : Et selon vous, Ed, quelles sont les qualités ou l’état d’esprit qui font qu’une personne serait particulièrement apte à devenir experte de la Pharmacopée Européenne ?

Edward : Pour être un bon expert ou une bonne experte auprès de la Pharmacopée Européenne, il faut une approche centrée sur la personne soignée, de la rigueur scientifique et un esprit pragmatique. C’est ce qu’il faut pour concevoir des méthodes et des limites qui sont fiables, applicables et durables dans des contextes variés. Pour y parvenir, vous devrez être à l’écoute, essayer de dégager un consensus entre les acteurs de l’industrie, les autorités et l’EDQM, adopter une approche globale de la chaîne d’approvisionnement et du contrôle, et agir avec intégrité, responsabilité et une curiosité sans faille.

Gisela : À peu près les mêmes qualités : il faut faire preuve de curiosité et maîtriser votre domaine. Avoir la volonté de trouver une solution commune qui, même si elle n’est pas forcément celle que vous préférez, convient à tout le monde. Vous devez avoir une perspective à long terme, en anticipant et en vous projetant dans l’avenir. Et un peu de résilience, ainsi que de la curiosité envers les gens et les sujets.

Sarah-Taissir : On dirait bien que la curiosité est, sans conteste, le maître-mot ici. Une fois qu’une personne a rejoint le réseau, comment peut-elle tirer le meilleur parti de son expérience ? Et qu’est-ce qui vous a aidé à tirer le meilleur parti de la vôtre ? Car on dirait vraiment que vous adorez jouer ce rôle.

Gisela : Oui, en fait, j’aime beaucoup ça. Il faut aimer voyager. Je crois qu’il est crucial de se rendre à Strasbourg au moins une fois par an, car se rencontrer en personne, c’est toujours différent de se voir uniquement en ligne. Bien sûr, si vous venez de Chine et que vous traversez le monde pour venir ici, ce n’est peut-être pas possible chaque année, mais c’est vraiment très enrichissant de pouvoir échanger avec les gens assis en face de vous sur leurs expériences professionnelles.

Sarah-Taissir : Et Strasbourg est la ville des Spider-Man. Il y a donc de beaux souvenirs qui nous attendent là-bas.

Gisela : Et c’est le cœur de l’Europe. Le bâtiment de l’EDQM se trouve juste à côté du Palais de l’Europe. Quand j’y suis venue la première fois, je me suis dit : « Waouh, je suis vraiment là. » Ce n’est pas rien. Et si vous avez des centres d’intérêt particuliers, essayez de rejoindre un groupe qui s’y rapporte. Et si vous êtes curieux ou curieuse, n’hésitez pas à échanger avec d’autres personnes. Peut-être vous orienterez-vous alors vers d’autres domaines d’expertise. En effet, le champ d’action de l’EDQM est très vaste.

Edward : Hmm. Continuez à poser des questions, impliquez-vous et commencez à rédiger une monographie. Acceptez des ensembles de tâches. Répondez aux consultations et tissez des liens avec les autres membres de votre groupe, issus donc de l’industrie, des autorités et de l’EDQM. Mais prônez des solutions concrètes et robustes qui garantissent la sécurité de l’approvisionnement et celle des patient·es. Je pense que ce qui m’a le plus aidé, c’est d’avoir participé à des projets de rédaction de monographies complexes, notamment le projet pilote de monographie de médicament dont je parlais plus tôt, d’avoir osé m’exprimer, de travailler à l’obtention d’un consensus et d’appliquer ensuite dans mon travail au sein de mon entreprise les enseignements tirés de cette expérience.

Sarah-Taissir : Merci beaucoup de nous avoir accordé votre temps et d’avoir partagé vos expériences avec nous. Nous vous en sommes très reconnaissants.

Edward : Merci, Sarah. Ce fut un plaisir. Merci.

Gisela : Avec plaisir. Merci de m’avoir donné cette occasion.

Sarah-Taissir : Après avoir échangé avec Ed et Gisela, il apparaît clairement que la Pharmacopée Européenne est bien plus qu’un simple recueil de textes techniques : c’est un réseau dynamique d’experts et d’expertes qui collaborent au-delà des frontières et des disciplines pour protéger la santé publique et garantir la qualité des médicaments. Si l’épisode d’aujourd’hui vous a donné envie de participer à cette grande aventure, rendez-vous sur le site edqm.eu pour en savoir plus sur les modalités d’inscription. Cet épisode touche à sa fin. Un grand merci à nos invité·es, à l’équipe de production et à vous qui nous avez suivis. Si cet épisode vous a plu, n’hésitez pas à vous abonner à notre podcast sur votre plateforme préférée pour ne manquer aucune nouvelle publication. Vos retours sont toujours les bienvenus, alors n’hésitez pas à nous contacter, que ce soit sur X, LinkedIn ou Facebook. C’était « EDQM on Air ». Je m’appelle Sarah-Taïssir Bencharif. Merci de m’avoir écoutée et rendez-vous au prochain épisode.

 

 

22 juin 2026
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