Retour « Génocide des Roms et des Sintés : mise en œuvre d’outils pour la mémoire » - Contribution du Conseil de l’Europe à la conférence de l’IHRA

Les 22 et 23 octobre, le Conseil de l’Europe a participé à un événement organisé par la Présidence de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) et le ministère des Affaires étrangères de la République tchèque, consacré à la mémoire du génocide des Roms et des Sintés.
(c) Lety u Písku. Memorial to the Holocaust of the Roma and Sinti in Bohemia

(c) Lety u Písku. Memorial to the Holocaust of the Roma and Sinti in Bohemia

Le camp de Lety a commencé à fonctionner comme camp de travail forcé en 1940, sous le Protectorat de Bohême-Moravie administré par l’Allemagne. En août 1942, il a été désigné comme camp d’internement pour les Roms, et au moins 1 300 Roms et Sintés1 y ont transité au cours de la guerre. Au moins 320 personnes sont mortes en raison de conditions de vie effroyables, de mauvais traitements, de maladies et de malnutrition, et au moins 500 ont été déportées à Auschwitz. Le camp a été abandonné en août 1943.

Après la guerre, le camp n’a pas été préservé, et seuls des groupes de victimes et de descendants ont maintenu sa mémoire vivante. Dans les années 1970, une porcherie industrielle a été construite sur le site, suscitant des débats sur l’usage le plus approprié de ce lieu. En 1995, le président tchèque Václav Havel a commémoré ce qui s’était passé dans le camp et a reconnu la responsabilité de la société tchécoslovaque dans la déportation et le génocide des Roms et des Gens du voyage. Après presque deux décennies de discussions, qui ont conduit à la fermeture de la porcherie en 2018, l’exposition du Mémorial de Lety a été inaugurée en 2024, préservant l’histoire à la fois du camp et de l’ancienne porcherie.

En 2025, considérant la Recommandation CM/Rec(2022)5 relative à la transmission de la mémoire de la Shoah et à la prévention des crimes contre l’humanité, mettre en valeur les lieux de mémoire de la Shoah, des résistants aux crimes commis par les nazis, leurs complices et leurs collaborateurs (lien avec la recommandation 2022), c’est à la fois se souvenir des victimes examiner les bourreaux et penser comment pendant plus de 80 ans la mémoire de ces lieux s’est inscrite, ou non, dans la mémoire collective. Derrière cette question, c’est bien le fondement démocratique de nos sociétés qui est interpellé. Se souvenir c’est forcément penser le présent.

 
 

1 Les termes « Roms et Gens du voyage » utilisés au Conseil de l’Europe englobent la grande diversité des groupes concernés par les travaux du Conseil de l’Europe dans ce domaine : d’une part, a) les Roms, les Sintés/Manouches, les Calés/Gitans, les Kaalés, les Romanichels, les Béash/Rudars ; b) les Égyptiens des Balkans (Egyptiens et Ashkali) ; c) les branches orientales (Doms, Loms et Abdal) ; d’autre part, les groupes tels que les Travellers, les Yéniches et les personnes que l’on désigne par le terme administratif de « Gens du voyage » ainsi que celles qui s’auto-identifient comme Tsiganes. Ceci est une note de bas de page explicative, et non pas une définition des Roms et/ou des Gens du voyage.

Conference Lety u Písku, Czech Republic 23 October 2025
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