Lors de la présentation aujourd’hui de son rapport annuel d’activité 2025 devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a averti que l’Europe, ainsi que le reste du monde, ne se trouve plus simplement dans une « ère de changement », mais traverse un profond « changement d’ère » qui menace les fondements mêmes du droit et de la pratique des droits humains.
« Nous vivons dans un contexte où notre cadre culturel stable est ébranlé par des avancées sociales et technologiques rapides qui dépassent notre capacité à les appréhender », a déclaré le Commissaire. Soulignant l’impact de l’intelligence artificielle, de la triple crise planétaire et de l’aggravation des inégalités, il a noté une perte généralisée de confiance entre les citoyens et l’État, ainsi qu’entre les générations, et une pression croissante exercée sur les institutions et la société civile à travers le continent. « De manière inimaginable, nous risquons de perdre notre précieux acquis en matière de droit humains. C’est le devoir de notre génération : agir et veiller à ce que ces droits survivent intacts à cette transition. »
Une menace au centre de l’échiquier politique
Le Commissaire O’Flaherty a exprimé sa vive inquiétude face à l’ampleur des violations des droits humains, soulignant que la violence et la guerre ont atteint leur niveau le plus élevé depuis une génération, mais aussi face à une seconde dimension, plus insidieuse : le désaveu des normes en matière de droits humains au centre même de l’échiquier politique. Ce basculement est particulièrement visible aux frontières de l’Europe et dans la gestion des migrations, où une volonté de renier des principes fondamentaux s’est manifestée, ce qui aurait été « impensable il y a encore peu de temps ».
Les droits humains au cœur de la paix en Ukraine
Qualifiant la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine de « plus grand défi » pour l’Europe, le Commissaire a souligné que tout chemin vers la paix doit être centré sur l’humain. S’appuyant sur son mémorandum de 2025 sur les éléments relatifs aux droits humains à prendre en compte dans la perspective de la paix en Ukraine et sur la réunion de haut niveau de Varsovie, il a réaffirmé la nécessité de passer d’une approche transactionnelle à une approche centrée sur les personnes. « Une paix sans justice, sans responsabilité et qui ne place pas les personnes ordinaires au premier plan – y compris les prisonniers de guerre, les personnes déplacées et la société civile – ne tiendra pas. Nous ne devons pas oublier qu’il s’agit d’une guerre menée à la fois contre le peuple ukrainien et contre nous tous, contre l’Europe et nos valeurs », a-t-il déclaré.
Aux côtés des communautés marginalisées
Le rapport met en évidence l’attention constante que porte le Commissaire aux 12 millions de Roms et de Gens du voyage en Europe, qu’il identifie comme le groupe subissant le déni de droits humains le plus généralisé sur le continent. À travers des visites spécifiques dans différents pays et la publication de son livre, Les 12 millions ignorés, le Commissaire a appelé à agir pour défendre les droits de la plus grande minorité ethnique d’Europe, cherchant à faire entendre leurs voix, en particulier celles des femmes, qu’il considère comme les principales catalyseurs du changement, tout en célébrant leur culture et en exigeant la fin des pratiques effroyables de discrimination et d’exclusion.
Une boîte à outils pour la survie
Malgré les « années extrêmement difficiles » qui s’annoncent, le Commissaire O’Flaherty adresse un message d’espoir fondé sur l’action. « Nous disposons de la boîte à outils pour survivre. Le défi consiste à l’utiliser correctement », a-t-il déclaré, appelant chacun, y compris les États membres, à reconnaître les droits humains comme le plus grand atout stratégique de l’Europe et comme un vecteur pour le « profond réservoir de décence » présent au sein des populations.
Le rapport annuel d’activité 2025 détaille le travail du Commissaire dans quatre domaines prioritaires : l’impact sur les droits humains de la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine ; l’intégration des droits humains dans les grands enjeux actuels (migration, IA, environnement et inégalités) ; le soutien aux personnes oubliées ; et la protection des défenseur·es des droits humains et de la société civile.
