Discours du Commissaire aux droits de l'homme, Michael O’Flaherty, lors du débat de politique générale sur le thème « L’Europe, le continent où le réchauffement est le plus rapide : accélérer l’action en faveur du climat avec les jeunes », Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.
Madame la Présidente, Madame la Rapporteure, Mesdames et Messieurs les délégués à l’Assemblée, chers collègues, membres du Conseil consultatif sur la jeunesse du Conseil de l’Europe,
Il aura fallu du temps à nos sociétés européennes pour se réveiller face à la triple crise planétaire que constituent le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution.
Et ce, malgré les avertissements répétés du monde entier au sujet de la disparition des États insulaires du Pacifique, des précipitations catastrophiques, de la désertification dévastatrice et des déplacements de population qui en découlent.
Nos sociétés européennes ne semblent avoir pris conscience que maintenant du grave danger qui les guette, après cet été terrible marqué par des températures record et des incendies de forêt, alors que le continent était loin d’être suffisamment préparé. Et, je dois souligner que les signes ne manquaient pas en Europe.
Notre environnement se dégrade sous nos yeux. Par exemple, dans ma ville natale en Irlande, l’ampleur des inondations a considérablement augmenté au cours des dix dernières années. Et, bien sûr, nous avons pu compter sur un engagement soutenu de la société civile, à la fois courageux, intelligent et passionné.
Ce matin, je rends hommage à toutes les personnes qui ont tenté de nous alerter et je les remercie. Je tiens tout particulièrement à remercier les militant·es de longue date, comme le groupe de militantes retraitées (KlimaSeniorinnen) en Suisse, et, partout dans le monde, je remercie les jeunes.
L’engagement de la société civile reste indispensable, mais d’autres doivent aussi prendre part à cet effort.
Avant tout, le moment est venu de faire réagir nos responsables politiques et de placer la crise au cœur des travaux de nos parlements et de nos gouvernements. Nous avons besoin de dirigeant·es qui s’appuient sur des données scientifiques et qui ne se contentent plus de compromis ni d’une vision à court terme. À cet égard, je salue le rôle joué par cette assemblée.
Je reconnais que vous avez une longueur d’avance sur de nombreux parlements nationaux et que vos délibérations viendront grandement enrichir les efforts déployés aux niveaux mondial, régional et national.
Afin d’aider l’Assemblée et chacun, chacune d’entre nous à se montrer à la hauteur de la situation, permettez-moi de suggérer cinq mesures à nos responsables politiques.
Premièrement, écoutons. Avant tout, écoutons la planète qui souffre. Mais écoutons aussi les scientifiques et les militant·es. Écoutons celles et ceux qui hériteront des dégâts que nous avons causés. Les jeunes ont toutes les raisons d’être furieux et ils doivent être entendus.
Deuxièmement, protégeons. Il est essentiel que les manifestant·es, en particulier les jeunes, soient correctement protégé·es par nos États. Le droit de manifester pacifiquement doit être respecté. Et je suis très inquiet de la situation dans plusieurs endroits.
Troisièmement, obéissons. Nos gouvernements ont le devoir d’obéir à la loi, y compris le droit international relatif aux droits humains. Cela inclut la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme relative à l’environnement et les orientations données par la Cour internationale de Justice concernant l’obligation de garantir un environnement propre et sain.
De plus, pour satisfaire à leurs obligations légales, nos gouvernements doivent veiller à mettre en œuvre à la fois des mesures d’atténuation des risques et des mesures d’adaptation de la société.
Quatrièmement, évitons les approches uniformes. Le changement climatique ne touche pas tout le monde de la même manière. Il frappe bien plus durement les personnes qui sont déjà laissées pour compte aux marges de nos sociétés. Je pense aux Roms contraints de vivre dans des décharges insalubres, ou encore aux personnes âgées placées dans des établissements vétustes, totalement inadaptés au climat actuel.
Cinquièmement, comblons le vide juridique mondial. En d’autres termes, il est grand temps d’élaborer et de promouvoir un traité contraignant à l’échelle européenne sur le droit à un environnement propre et sain. Nous avons besoin d’un traité solide qui engage la responsabilité de nos États.
À cette fin, il convient d’établir une feuille de route fondée sur les sources que j’ai mentionnées tout à l’heure, à savoir les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme et l’avis de la Cour internationale de justice. Un autre élément de cette feuille de route est la grande expérience de cette organisation dans l’élaboration de traités assortis de systèmes de surveillance robustes.
Madame la Présidente, chers ami·es,
En conclusion, je dois reconnaître que je ne suis pas climatologue. Je ne suis pas en mesure de remettre en cause l’affirmation de certaines personnes selon laquelle nous aurions déjà franchi le point de non-retour et qu’une catastrophe environnementale serait inévitable. Mais ce que je sais c’est que cette éventualité ne doit pas nous décourager.
Ne rien faire n’est pas une option
Je vous remercie de votre attention.
