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Retour Réfutez les critiques : les droits humains sont le plus grand atout stratégique de l'Europe

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Tapisserie inspirée du « Guernica » de Pablo Picasso, exposée au Secrétariat des Nations Unies. Avec l'autorisation de l'ONU.

Tapisserie inspirée du « Guernica » de Pablo Picasso, exposée au Secrétariat des Nations Unies. Avec l'autorisation de l'ONU.

L'engagement de l'Europe en faveur des droits humains, de la démocratie et de l'État de droit n'est pas une faiblesse. C'est au contraire notre plus grande force stratégique.

Pourtant, les bouleversements géopolitiques remettent en cause cette réalité. De plus en plus, les pays se replient sur leurs étroits intérêts nationaux, faisant fi du droit international. L'agression de la Russie contre l'Ukraine est une attaque frontale contre les valeurs sur lesquelles s’ancre l'Europe. Plus inquiétant encore, des alliés de longue date cherchent désormais à nous affaiblir.

La récente stratégie de sécurité nationale des États-Unis dresse un tableau sombre. Faisant écho aux critiques formulées par le vice-président J.D. Vance à Munich, elle dépeint l'Europe comme un continent en « déclin civilisationnel ». Elle tente de contrer nos efforts visant à protéger le bien-être humain par la réglementation et soutient ouvertement les partis d'extrême droite qui érodent la cohésion sociale, la démocratie et l'État de droit.

Je rejette l'analyse des Etats-Unis. Même si nous avons des lacunes dans sa mise en œuvre, le modèle civilisationnel européen, solidement ancré dans les droits humains, est une source de fierté.

Né des cendres de la Seconde Guerre mondiale et codifié dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Convention européenne des droits de l'homme, ce modèle est le fondement de nos sociétés depuis 80 ans. Il n'est pas juste une boussole morale, il produit une résilience tangible. Les droits humains favorisent la confiance mutuelle nécessaire à la sécurité à long terme, ce que des politiques fondées sur la peur ne peuvent jamais garantir.

Pour voir l'alternative, il suffit de regarder ce qui se passe aux frontières orientales de l'Europe. Il existe un lien direct entre l'abandon par la Russie des droits humains et des principes démocratiques au niveau domestique et ses attaques militaires à l’extérieur. 

A l’inverse, les droits humains fournissent une feuille de route pour relever les défis de la migration, du changement climatique, de la pollution et de la perte de biodiversité, des inégalités et des bouleversements technologiques.

L'Europe est plus forte lorsqu'elle défend la liberté d'expression fondée sur les droits humains. Une liberté d'expression qui se distingue des discours de haine extrêmes. Nous sommes plus forts lorsque nous réglementons l'Intelligence Artificielle pour prévenir la discrimination et les abus, en renforçant la confiance dans l'innovation plutôt qu'en alimentant la peur. Nous sommes plus forts lorsque nous refusons de laisser la volonté de la majorité sombrer dans la tyrannie à l'égard des minorités.

Face aux prévisions alarmantes des États-Unis concernant notre déclin, les dirigeants européens doivent placer les droits humains au cœur du repositionnement stratégique de l’Europe. Cela nécessite des actions dans trois domaines.

Premièrement, la cohérence. Nous devons renforcer l’adhérence aux droits humains dans notre politique étrangère et intérieure. L'engagement de longue date de l'Europe en faveur des droits humains nous a conféré un soft power considérable, mais pour libérer tout son potentiel, nous devons faire mieux chez nous. Le silence et les doubles standards sapent notre crédibilité. Il ne s'agit pas d'adopter une posture morale, mais d'augmenter véritablement le financement des programmes internationaux en faveur des droits humains et la diplomatie active, tout en investissant davantage dans les politiques nationales de lutte contre la pauvreté, les inégalités et le déclin des services de santé. Un programme national solide en matière de droits, axé sur des résultats concrets, est le seul contrepoids efficace au discours sur le déclin.

Deuxièmement, la fortification. Nous devons pérenniser les institutions démocratiques qui nous protègent. En cette période d'instabilité, des acteurs illibéraux continueront inévitablement d’arriver au pouvoir. Leurs premières cibles sont toujours le pouvoir judiciaire, les institutions nationales des droits humains, la fonction publique, le monde universitaire et les médias. Ils cherchent à redessiner le système électoral. Les gouvernements devraient procéder à un « bilan de santé » urgent des garanties juridiques autour de ces institutions. Car une fois que le vandalisme institutionnel a réussi, les dégâts sont difficiles à réparer.

Troisièmement, le courage. Nous avons besoin de dirigeants européens qui défendent nos valeurs. Il s'agit aussi d'une bataille de récit. Les politiciens modérés qui tentent de séduire les électeurs en imitant le langage de ceux qui cherchent à saper nos droits et nos normes démocratiques sont voués à l'échec ; les électeurs préféreront toujours l'original à la copie.

Si nous n'avons pas le courage d’affirmer nos valeurs, nous concédons la bataille. Le « déclin civilisationnel » prédit par nos détracteurs ne viendra pas du fait que nous restons fidèles à nos valeurs et à nos principes, mais du fait que nous les abandonnons. La puissance de l'Europe ne réside pas dans l'imitation des leaders autoritaires (ou autocrates) ou de ceux qui s'opposent aux droits humains, mais dans la démonstration que la dignité, le droit et la liberté restent les seuls fondements sur lesquels un avenir stable et prospère peut être construit.

-Michael O'Flaherty

Strasbourg 18/12/2025
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