La déclaration suivante est attribuable au Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty :
« La dernière escalade d’attaques russes contre les civils en Ukraine a semé la terreur et la dévastation, privant de nombreuses personnes de chauffage, d’eau et d’abri, mais surtout, elle a entraîné un bilan humain de plus en plus lourd, qui se mesure en vies brisées.
Je condamne fermement l’attaque russe contre un établissement scolaire à Komyshuvakha, où des civils s’étaient rassemblés pour recevoir de l’aide humanitaire. Au moins 42 personnes auraient été tuées et plus de 33 sont portées disparues, probablement encore ensevelies sous les décombres. Il s’agit de l’une des attaques les plus meurtrières commise contre des civils depuis le début de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Selon la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations unies, la distribution d’aide dans cette école avait été annoncée publiquement, et l’attaque semble avoir violé les principes les plus fondamentaux du droit international humanitaire.
Les autorités locales ont indiqué que le bâtiment scolaire avait été touché par neuf bombes planantes lourdes transportant des centaines de kilogrammes d’explosifs. Les informations selon lesquelles le site aurait été frappé en deux vagues sont inquiétantes : les frappes ultérieures ont tué des secouristes et des civils qui s’étaient réfugiés au sous-sol. Je constate que la Russie recourt de manière récurrente à des « frappes doubles » — c’est-à-dire des frappes consécutives sur une même cible dans un court laps de temps. Lorsqu’elles sont délibérément dirigées contre des cibles civiles en violation du droit international humanitaire, ces frappes constituent des crimes de guerre.
L’attaque contre Komyshuvakha reflète une augmentation sans précédent des décès de civils et le ciblage continu des infrastructures civiles. Ces derniers jours, par exemple, des frappes ont touché un centre de soins palliatifs pour malades en phase terminale à Dnipro, un hôpital à Kharkiv et des installations ferroviaires. Rien qu’à Dnipro, une attaque contre une gare a tué au moins 15 civils et en a blessé 14 autres le week-end dernier.
La Russie intensifie également ses attaques contre les infrastructures énergétiques civiles à l’approche de l’hiver. Des frappes récentes dans la plupart des régions d’Ukraine ont perturbé l’approvisionnement en électricité, en eau et en chauffage. À Kyiv, l’approvisionnement en eau et en énergie a été coupé et les transports publics suspendus. Si Kyiv a été particulièrement touchée, les attaques ont frappé des communautés dans toute l’Ukraine et aucune région n’est véritablement sûre.
Ces attaques exposent non seulement les civils à un danger immédiat, mais les privent également des moyens essentiels à leur survie à l’approche de l’hiver. La poursuite de ces attaques rend les conditions de vie, déjà difficiles, encore plus dangereuses pour les civils, en particulier les plus vulnérables d’entre eux, parmi lesquels les enfants, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap et les personnes déplacées à l’intérieur du pays.
Face à des perspectives de paix incertaines et à un hiver rigoureux qui se profile, j’adresse cinq appels à l’action urgents aux États membres du Conseil de l’Europe :
- Maintenir la solidarité avec l’Ukraine. L’attention portée aux souffrances humaines causées par la guerre menée par la Russie ne doit pas faiblir. En effet, à ce moment critique, cette attention doit s’intensifier afin de maintenir l’accent sur l’urgence de la situation. Le soutien à l’Ukraine et à sa population doit rester une priorité.
- Fournir une aide d’urgence. L’ONU estime que plus de 10 millions de personnes en Ukraine ont besoin d’aide humanitaire, un chiffre qui augmente rapidement en raison des dégâts subis par les infrastructures civiles. Les États membres devraient poursuivre et intensifier leur soutien humanitaire et autre afin de garantir que l’Ukraine puisse protéger sa population et ses droits humains. Cela implique notamment de renforcer l’aide concrète avant l’hiver, par exemple en fournissant des ressources pour réparer les infrastructures énergétiques et en assurant des soins médicaux sur leur territoire aux survivants qui ne peuvent pas être soignés en Ukraine.
- Renforcer le soutien aux personnes déplacées. L’escalade de la guerre provoque de nouveaux déplacements à l’intérieur de l’Ukraine. Les régions accueillant des personnes déplacées sont confrontées à de graves pénuries de logements, ce qui peut entraîner des déplacements secondaires au-delà des frontières. Les États membres devraient aider l’Ukraine et les organisations internationales à fournir un hébergement sûr, un soutien social et des services essentiels aux personnes déplacées à l’intérieur du pays. J’exhorte également les États membres à renouveler leur solidarité et à lever les obstacles à la protection des Ukrainiens déplacés qui se trouvent déjà dans leurs pays ou qui y arrivent.
- Accélérer les efforts en matière de justice et de réparations. Les États membres devraient adhérer au Tribunal spécial pour le crime d’agression contre l’Ukraine et ratifier la Convention établissant une Commission internationale des réclamations pour l’Ukraine afin de rendre ces mécanismes de responsabilisation pleinement opérationnels dès que possible. Parallèlement, je constate également que des réparations provisoires pourraient s’avérer nécessaires de toute urgence pour les victimes gravement blessées ou ayant perdu leur logement.
- Poursuivre les efforts en faveur d’une paix fondée sur les principes du droit international. Les efforts diplomatiques visant à mettre fin de toute urgence à la guerre et aux souffrances des civils doivent se poursuivre. Une paix fondée sur le droit international et intégrant pleinement le respect des droits humains reste une nécessité.
À ce moment crucial, la solidarité, le soutien et la justice sont essentiels. Les civils doivent être protégés, et les souffrances causées par cette guerre ne doivent jamais être banalisées. »
