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Il est temps de s’intéresser sérieusement aux droits fondamentaux des Roms

Point de vue
Strasbourg 02/04/2007
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Les Roms ne trouvent pas de travail, ils sont enfermés dans une « cage de verre ». Telle est la conclusion d’une enquête publiée par le Centre européen pour les droits des Roms (ERRC) de Budapest. Dans les pays d’Europe centrale et d’Europe du sud-est, la discrimination reste criante et endémique sur le marché de l’emploi. Les chômeurs roms n’ont pas de débouchés – ils se heurtent à des murs invisibles qui leur barrent l’accès à l’emploi.

L’étude de l’ERRC a été menée en Bulgarie, dans la République tchèque, en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie mais, on le sait, les mêmes problèmes se posent dans plusieurs autres pays européens. Le taux de chômage des Roms est élevé sur tout le continent. Lorsqu’ils ont du travail, il s’agit le plus souvent d’emplois de services destinés à la communauté rom.

L’étude montre aussi que les Roms qui ont un emploi sont exposés à la discrimination. Parmi les Roms actifs, un sur quatre indique avoir une rémunération inférieure à celle des non-Roms occupant un poste équivalent et de moins bonnes conditions de travail.

Néanmoins, le principal problème est la discrimination dont sont victimes les Roms à l’entrée sur le marché du travail. Il ressort de l’étude qu’un grand nombre de demandeurs d’emploi sont écartés parce qu’ils sont visiblement reconnaissables comme Roms. Beaucoup d’entre eux se sont même entendu dire ouvertement que, s’ils n’obtenaient pas le poste, c’était à cause de leur identité rom.

Une autre conclusion préoccupante est que les agences publiques de l’emploi ne sont pas d’un grand secours. L’étude révèle d’ailleurs que les agents de ces institutions ne sont pas exempts d’opinions préconçues, et même de racisme caractérisé.

Cela est d’autant plus regrettable que le développement économique des dernières années a pénalisé les Roms. Il n’y a plus de demande pour leurs activités traditionnelles et beaucoup d’entre eux ont un faible niveau d’instruction. C’est précisément pour s’attaquer à ce type de problèmes que l’on a besoin d’agences de l’emploi compétentes et sans préjugés.

Ces obstacles sociaux et socio-économiques sont bien réels, mais ils ne doivent pas être un prétexte pour rester passif devant les problèmes dus aux préjugés. En effet, les Roms qui ont un bon niveau d’éducation se heurtent eux aussi aux « parois de verre » de la discrimination lorsqu’ils cherchent un emploi.

L’antitsiganisme est un problème si considérable qu’il ne sera pas possible de l’éradiquer par des mesures de pure forme en faveur de l’égalité. Il faut que les Roms obtiennent une réelle égalité des chances. A cette fin, des mesures positives sont à l’évidence nécessaires pour compenser une discrimination et des préjugés tenaces, faute de quoi la situation des Roms continuera dans bien des cas à se dégrader au lieu de s’améliorer.

Les mesures spéciales sont justifiées quand elles ont un but légitime et qu’elles sont proportionnées à leur objectif. Les gouvernements devraient concevoir des stratégies spécifiques, à même d’assurer effectivement aux Roms l’égalité des chances en matière d’emploi, d’éducation, de logement et de santé.

Le défaut de mise en œuvre des droits des Roms est inadmissible. La question figure à l’ordre du jour de toutes les grandes organisations internationales et de tous les gouvernements européens, lesquels ont mis en place des plans d’action nationaux ou d’autres dispositifs – mais cela n’a guère eu d’impact. Les politiques ne sont pas assorties de ressources suffisantes et elles souffrent d’un manque de coordination et d’implication des collectivités locales.

De surcroît, les Roms sont trop souvent exclus des débats sur les moyens d’améliorer leur situation, dominés par des « experts » gadjés. Ce n’est pas ainsi qu’il faut procéder dans l’optique des droits de l’homme. Les Roms doivent être considérés comme des partenaires centraux dans les actions visant à défendre leurs propres droits.

Il existe aujourd’hui plusieurs organisations roms aux niveaux local, national et international, et il convient que les autorités les respectent. Le Forum européen des Roms et des Gens du voyage, au Conseil de l’Europe, est susceptible de devenir une instance consultative et normative de premier plan concernant les droits des Roms dans l’ensemble de l’Europe.

Les organisations non gouvernementales roms débattent intensivement en leur sein de leurs propres responsabilités et des moyens de devenir véritablement représentatives de la diversité des communautés roms, y compris des femmes et des jeunes. Selon les militants, il faut prendre garde que la vulnérabilité des Roms ne conduise à des attitudes de victimisation et de dépendance. L’enjeu consiste à faire de cette vulnérabilité un tremplin pour accéder à l’égalité et aux droits de l’homme.

Il y a en Europe quelque dix millions de Roms, répartis dans presque tous les pays de notre continent. La population rom n’est pas homogène, mais recouvre une grande variété de cultures, de traditions et d’autres caractéristiques. Les Roms parlent différentes langues et pratiquent différentes religions.

Du fait de l’antitsiganisme, beaucoup de Roms ont malheureusement peur de manifester ouvertement leur identité. C’est ce qui explique, entre autres raisons, pourquoi les effectifs de la population rom établis par les recensements nationaux sont généralement très inférieurs aux chiffres réels. Nous devons briser tous les préjugés qui tendent à réduire les Roms au silence et à étouffer leurs identités. Le moment est venu de reconnaître leur contribution aux sociétés européennes.

C’est aussi le but de la campagne du Conseil de l’Europe Dosta ! (Assez ! en romani), menée en Albanie, en Bosnie-Herzégovine, au Monténégro, en Serbie et dans « l’ex-République yougoslave de Macédoine ». Dans un deuxième temps, cette campagne devrait être étendue à tout le continent. Chaque pays d’Europe devrait s’y associer afin de clamer haut et fort qu’il en a assez des préjugés à l’égard des Roms.

Thomas Hammarberg