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L’éducation aux droits de l’homme est une priorité : une action plus concrète s’impose

Point de vue
Strasbourg 06/10/2008
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Les droits de l’homme ne peuvent avoir de réalité que si les citoyens sont informés de leurs droits et savent comment les utiliser. L’éducation aux droits de l’homme est donc essentielle à la mise en œuvre effective des normes adoptées. Soixante ans après la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui accorde une place importante à cette exigence éducative, nous ne sommes encore loin de permettre à chacun de connaître ses droits et de savoir comment les faire valoir.

Point positif : l’éducation aux droits de l’homme reçoit de fait l’attention dont elle a particulièrement besoin aux niveaux européen et international. Les agences des Nations unies, à commencer par l’Unesco, ont adopté des résolutions, organisé des conférences et mis au point des plans d’action. Le Conseil de l’Europe est particulièrement actif dans ce domaine et des organisations non gouvernementales ont également lancé des programmes d’une grande utilité.

Actuellement, l’enjeu reste la concrétisation des différentes recommandations au niveau national. L’éducation aux droits de l’homme ne doit pas se réduire au simple énoncé des diverses conventions juridiques et à un saupoudrage d’explications sur le rapport entre ces textes et la vie quotidienne du commun des mortels.

D’après mon expérience, un certain nombre de gouvernements n’ont pas placé l’éducation aux droits de l’homme à l’école suffisamment haut parmi leurs priorités. Le nombre d’heures d’enseignement est limité et les méthodes pédagogiques inadaptées. On a préféré préparer les élèves au marché du travail plutôt que de développer des aptitudes à la vie en société englobant les valeurs humanistes.

Plus inquiétant, il semble que certains gouvernements redoutent que l’introduction des droits de l’homme à l’école n’alimente des critiques indésirables, voire compromette leurs politiques. C’est une attitude antidémocratique et à courte vue. L’éducation des citoyens aux droits individuels produit une société informée, qui contribue à renforcer la démocratie. C’est pourquoi l’éducation aux droits de l’homme revêt une importance décisive pour le Conseil de l’Europe.

La priorité des acteurs internationaux devraient être d’aider les pays à élaborer leurs propres programmes et des supports pédagogiques adaptés à leurs besoins. L’objectif du Programme mondial d’éducation dans le domaine des droits de l’homme de l’ONU, qui a débuté en 2005, est de donner aux pays des indications sur les moyens de planifier et de mettre en œuvre ce type d’action au niveau national. Le projet Education à la citoyenneté démocratique et aux droits de l’homme que mène actuellement le Conseil de l’Europe s’appuie quant à lui sur l’expérience d’un réseau de coordinateurs nationaux.

Un centre européen de ressources pour l’éducation à la compréhension interculturelle, aux droits de l’homme et à la citoyenneté démocratique, le centre européen Wergeland, doit ouvrir ses portes à l’automne à Oslo. Il mènera et soutiendra des recherches, organisera des formations continues à l’intention des enseignants, diffusera des informations et servira de lieu d’échange et de réunion pour tous les acteurs concernés. Les pays ont en effet des choses à apprendre les uns des autres.

Le système scolaire restera certainement la principale source d’apprentissage par les jeunes générations de leurs droits et des moyens de les exercer. L’école ne devrait pas se contenter de transmettre les informations clés sur les normes des droits de l’homme et leurs mécanismes de protection ; elle a aussi un rôle capital à jouer dans la promotion de valeurs telles que le respect de l’autre, la non-discrimination, l’égalité entre les femmes et les hommes et la participation démocratique.

La compréhension interculturelle et le respect doivent être mis en avant dans cet apprentissage. Parmi les valeurs à promouvoir figurant dans la Convention relative aux droits de l’enfant, est notamment mentionné « le respect des valeurs nationales du pays dans lequel [l’enfant] vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ». L’approche de la diversité sociétale retenue en matière d’éducation aux droits de l’homme doit donc viser tous les groupes, sans exclusive(1).

Programmes scolaires, matériels éducatifs, méthodes pédagogiques et formation des enseignants doivent répondre à ces ambitions. Parallèlement, il est essentiel que la vie scolaire se déroule dans un climat de respect des droits de l’homme. L’éducation doit non seulement porter sur les droits de l’homme mais aussi les mettre en application.

L’école elle-même doit montrer qu’elle prend les droits de l’homme au sérieux. Les élèves devraient être invités, autant que possible, à exprimer leurs points de vue et à participer à l’organisation de la vie de l’établissement. Le climat qui règne dans les écoles devrait se caractériser par la compréhension mutuelle, le respect et la responsabilité partagée de tous les acteurs. De telles écoles, j’ai pu le constater par moi-même, tendent à fonctionner bien mieux que celles qui appliquent un modèle autoritaire. Outre l’apprentissage de connaissances, les élèves s’y dotent de compétences sociales et autres aptitudes utiles dans la vie en général.

Enseignants et chefs d’établissement sont bien placés pour favoriser le développement d’écoles de ce type. Ils ont par ailleurs besoin du soutien des pouvoirs publics (Etat et collectivités locales), notamment du ministère de l’Education. Les politiques d’éducation devraient mettre en avant une philosophie fondée sur les droits. La conception de la formation professionnelle de tous les enseignants, quelle que soit leur discipline, devrait obéir à ce principe. Les méthodes pédagogiques démocratiques et participatives devraient être encouragées et les manuels scolaires et autres supports pédagogiques être en accord avec les valeurs des droits de l’homme.

Le fait qu’aujourd’hui, beaucoup d’enfants passent plus de temps devant des écrans qu’auprès d’enseignants (ou de leurs parents) a également une incidence sur l’apprentissage des droits de l’homme. Si la technologie en soi est neutre du point de vue des valeurs, les messages véhiculés peuvent ne pas l’être. Les efforts réalisés à l’école en matière de droits de l’homme risquent d’être battus en brèche par des images qui servent souvent des intérêts purement commerciaux.

L’école ne doit pas ignorer ce qui se passe sur la toile et être préparée aux échanges qui s’imposent. Cela étant, le discours et le débat sur les droits de l’homme doivent passer par les nouveaux médias, ce qui constitue certainement un enjeu de taille étant donné la nature commerciale et privée du paysage médiatique.

Il importe aussi de veiller davantage à ce que les groupes minoritaires et défavorisés aient accès aux programmes d’éducation aux droits de l’homme. Il faut pour cela que les principaux matériels pédagogiques soient disponibles dans les langues comprises par ces groupes ; il convient également de recruter des enseignants parmi eux et d’employer des méthodes pédagogiques culturellement adaptées.

Respecter les droits de l’homme, diffuser des informations sur les normes existantes et faire connaître leurs droits aux citoyens sont autant d’obligations contractées délibérément par les Etats. Il est temps que les mots deviennent réalité.

Thomas Hammarberg

Notes

1. Voir l'étude récente sur l'éducation aux droits de l'homme en Europe de Claudia Mahler, Anja Mihr et Reetta Toivanen (Eds.) : The United Nations Decade for Human Rights Education and the Inclusion of National Minorities, Groupe éditorial Peter Lang, Francfort-sur-le-Main, 2008