Dans cette activité, les participants explorent la problématique des réfugiés en Europe, d’abord par le biais de la production de récits (narration créative), puis par la discussion.




- Images / Stéréotypes
- Mécanismes
- Action
“Personne ne quitte sa maison à moins / Que sa maison ne soit devenue la gueule d’un requin”
Warsan Shire - [Traduction Paul Tanguy]
Thèmes abordés
- Les difficultés que rencontrent les réfugiés et les demandeurs d’asile en Europe
- L’empathie à l’égard des personnes déplacées
- Les stéréotypes, les préjugés et la xénophobie à l’égard des étrangers
Objectifs
- Permettre aux participants d’appréhender la réalité de la crise des réfugiés et ses causes
- Comprendre ce que vivent les réfugiés au quotidien
- Promouvoir l’empathie et la solidarité avec les réfugiés et les immigrés
Préparation / Matériel
- Lisez l’intégralité de la fiche puis demandez-vous quelles questions pourraient être soulevées par votre groupe, et informez-vous en conséquence
- Faites des recherches pour connaître la vie quotidienne des réfugiés et des immigrés dans votre quartier ou votre ville et choisissez le cas d’une personne qui sera le point de départ de votre activité
- Si possible, prenez contact avec un réfugié ou un immigré habitant le quartier. À défaut, adressez-vous à une ONG intervenant auprès de ces populations
- Tableau de conférence et stylos pour l’animateur et les petits groupes ; téléphones portables (deux ou trois pour chaque groupe)
Instructions
- Dites aux participants qu’ils vont devoir rédiger un texte court à propos d’un réfugié qui habite le quartier. Exemple de sujet : « Miriam, 26 ans, est réfugiée. Elle est mère d’un jeune enfant et travaille dans une ferme des environs qui produit des fruits et légumes. »
- Demandez aux participants de former des groupes de quatre à six personnes pour écrire un article sur Miriam. Il faut dire d’où elle vient, où elle habite, parler de sa famille, raconter ses impressions sur la vie ici… Comment Miriam est-elle arrivée dans notre ville et qu’a-t-elle laissé derrière elle ? N’oubliez pas d’ajouter sa photo ! Donnez 20 minutes aux participants pour faire l’exercice.
- Demandez ensuite à chaque groupe de présenter son histoire. Notez les principaux points sur le tableau de conférence puis passez au bilan en plénière.
- Ce retour sur l’activité soulèvera de nombreuses questions qui vont nécessiter quelques recherches pour pouvoir y répondre. Séparez à nouveau les participants en petits groupes, chacun ayant pour tâche de donner la réponse à une question. Conseil : commencez par taper les questions ou les mots-clés dans un moteur de recherche. Donnez aux groupes 30 minutes pour effectuer les recherches puis continuez à dresser le bilan de l’activité.
Bilan et évaluation
Suscitez le débat en invitant les groupes à se pencher sur les textes des autres.
- Sont-ils basés sur des faits, ou sur des convictions ou suppositions ? Sont-ils réalistes ?
- Où les participants ont-ils obtenu leurs informations concernant les réfugiés ?
- Dans les différents récits, Miriam est-elle vraiment réfugiée ou est-elle migrante ou demandeuse d’asile ?
- Comment ces trois groupes sont-ils accueillis et traités dans votre pays ?
- Il y a beaucoup d’exemples où les réfugiés peuvent avoir des effets bénéfiques pour l’économie d’un pays en général et apporter des changements positifs dans la collectivité. Connaissez-vous des exemples dans votre pays ?
- Pourquoi certaines personnes sont-elles opposées à l’accueil des réfugiés ? Quels sont leurs arguments ? Peut-on corroborer ces affirmations par des faits ?
- En raison de leur situation géographique, les pays du sud de l’Europe accueillent davantage de réfugiés que ceux du Nord. Est-ce juste ? Combien de réfugiés ont été admis par votre pays cette année ? Pourrait-il et devrait-il faire plus ?
- Si l’on part de l’hypothèse que Miriam est réfugiée, reçoit-elle un soutien (officiel ou non) pour l’aider à s’intégrer ? Est-ce suffisant ? Que pourrait-on faire de plus pour faciliter son insertion ?
- Selon vous, quels sont ses sentiments liés à la vie dans votre pays ? À quelles difficultés est-elle confrontée ?
- Imaginez que les choses changent à tel point dans votre pays que vous n’ayez d’autre solution que de fuir et devenir réfugié. Qu’emporteriez-vous ? Comment vous échapperiez-vous ?
- Certaines personnes affirment que la distinction entre migrants en situation régulière et migrants en situation irrégulière n’est qu’un artifice pour n’accepter que des personnes issues de milieux privilégiés et rejeter les autres. Qu’en pensez-vous ?
- Pour être reconnu réfugié, vous devez être menacé de persécution dans votre pays et craindre pour votre vie. Les personnes pauvres, démunies et affamées craignent aussi pour leur vie et la vie de leurs enfants. Ne devraient-elles pas être admissibles au statut de réfugié ? Pourquoi oui, pourquoi non ?
- Y a-t-il quelqu’un dans le groupe qui a quitté son lieu de naissance pour aller vivre ailleurs ? Pourquoi ? Avez-vous rencontré des difficultés ? Est-ce gratifiant / enrichissant ? L’expérience aurait-elle été la même si vous aviez été réfugié ?
- Que pouvez-vous faire pour soutenir les réfugiés dans votre ville ?
Conseils pour les animateurs
Cette activité convient particulièrement pour un groupe local au sens où elle ouvre la voie à la solidarité et à l’action. Avec des groupes internationaux, on s’attachera surtout à susciter une prise de conscience. En comparant les attitudes envers les réfugiés selon les pays et les différentes réponses nationales, les participants pourront imaginer de nouvelles possibilités d’action dans leur propre pays.
Vu l’extrême complexité de la question des « réfugiés » et de la « crise des réfugiés », il est recommandé de s’efforcer de focaliser l’activité sur des aspects qui permettront aux participants d’agir à l’échelon local.
Le traitement du sujet sera révélateur de l’étendue des connaissances des participants concernant les réfugiés et la crise des réfugiés, ainsi que de nos présupposés. Par exemple, des participants originaires de pays d’Europe occidentale pourraient imaginer que Miriam est une travailleuse migrante venue d’Europe de l’Est, ou bien qu’elle est victime de traite. Il serait alors plus approprié de mettre l’accent sur les droits des femmes victimes de traite dans leur communauté. En revanche, des personnes vivant sur la côte méditerranéenne pourraient partir du principe que Miriam est une demandeuse d’asile arrivée dans une petite embarcation. Partout, il y a des personnes non officiellement reconnues comme réfugié ou demandeur d’asile mais qui ont gagné votre pays pour échapper à des conditions de vie désespérées dans le leur. Nombre d’entre elles vivent en situation irrégulière et « clandestinement », parfois dans la rue où elles se livrent à la mendicité, et n’ont pas accès aux soins de santé. Ces personnes seront probablement plus nombreuses dans les grandes villes.
Les histoires écrites par les participants dépendront non seulement de l’endroit où ils habitent, mais aussi de leur parcours, de leur appartenance ethnique, de leur statut au regard de l’emploi et de leur âge, entre autres. La plupart des groupes produiront sans doute des récits très variés soulevant des questions diverses comme la traite, les facteurs de répulsion des pays de départ (par exemple les persécutions pour des raisons politiques ou religieuses ou liées à l’orientation sexuelle) et les facteurs économiques d’attraction (désir d’échapper à la pauvreté et espoir d’une vie meilleure en Europe). C’est pourquoi il importe que les animateurs aient une connaissance préalable de ces questions et sachent indiquer aux participants où ils pourront trouver des informations. À titre d’exemple, une clarification terminologique sera peut-être nécessaire pour lever les confusions. En effet, le terme « réfugié » est souvent employé au sens large pour désigner toute personne ayant fui son pays. Il est vivement recommandé de consulter la publication Positive Images [images positives], disponible sur le site de la Croix-Rouge britannique. Vous y trouverez des informations générales ainsi que d’autres activités relatives aux réfugiés.
Cette activité pourra constituer un véritable défi pour les animateurs dans la mesure où il est difficile de savoir dans quel sens le débat va s’orienter. Les récits des participants seront révélateurs de leur connaissance du sujet et de leurs préoccupations. Ainsi, la discussion et les recherches pourront être axées non pas sur les réfugiés (personnes ayant obtenu le statut de réfugié) mais plutôt sur les demandeurs d’asile ou les migrants. Les préoccupations exprimées pourraient aussi concerner les mineurs non accompagnés demandeurs d’asile, le regroupement familial, les problèmes posés par le règlement de Dublin, ou l’absence d’un système de répartition équitable des réfugiés entre les pays européens.
Des donnés et informations relatives aux réfugiés sont largement disponibles en ligne, à commencer par celles figurant sur le portail du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.
Pour introduire cette activité, il est recommandé de lire le poème « Home » de Warsan Shire, qui s’ouvre sur ce vers : « No one leaves home unless home is the mouth of a shark » [Personne ne quitte sa maison à moins / Que sa maison ne soit devenue la gueule d’un requin]. Vous le trouverez sur internet en tapant le titre et l’auteur dans votre moteur de recherche. Vous pourrez ensuite mettre en perspective le problème des réfugiés en Europe. Il y a par ailleurs des graphiques utiles sur internet.
Variantes
- Au lieu d’écrire de nouvelles histoires, les groupes pourraient « mettre en scène » leurs récits ou créer un court sketch illustrant un épisode survenu lors du départ de Miriam ou à son arrivée dans notre ville.
- Invitez un réfugié ou un migrant vivant dans votre ville à venir raconter son parcours devant le groupe : pourquoi a-t-il quitté son pays d’origine, comment a-t-il voyagé, et ce qui lui est arrivé en route. Son intervention doit être suivie d’une séance de questions-réponses plus longue. Vous aurez besoin de plus de temps pour cette option.
- Lisez une histoire ou regardez un film. Il n’est pas toujours facile de trouver un réfugié ou un migrant susceptible de vous aider. L’alternative est de se fonder sur l’histoire d’un réfugié : il y en a beaucoup sur internet. La ressource Positive Images, citée plus haut, sera utile.
Suggestions de suivi
S’engager concrètement : Prévoyez du temps, lors d’une prochaine séance, pour travailler sur les informations et idées recueillies dans le cadre de cette activité et décider d’actions concrètes et réalistes qui pourraient être mises en œuvre par le groupe pour soutenir les réfugiés localement.
Essayer une autre activité : Parfois, il peut être difficile de savoir comment agir quand on est témoin d’une discrimination. Cela arrive tout le temps – dans le bus, dans les magasins ou dans la rue –, mais comment réagissez-vous ? Que faire ? Approfondissez ces questions avec l’activité « Discrimination, osons en parler ! » ou l’activité « Cible et spectateur ».
Le saviez-vous ?
Il existe d’importantes différences juridiques entre les termes « réfugié », « demandeur d’asile » et « migrant » :
- Un migrant est une personne qui se déplace d’un pays à un autre. Si ces personnes s’installent dans un pays pendant plus d’un an, on les appelle des immigrés. Cette notion englobe les personnes ayant quitté leur pays pour faire des études ou travailler ou en quête d’une vie meilleure.
- Un réfugié est une personne ayant fui un conflit armé ou la persécution – par exemple du fait de sa religion ou de son orientation sexuelle – et reconnue comme ayant besoin de la protection internationale. Les réfugiés sont protégés en droit international par la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Une fois le statut de réfugié obtenu, ces personnes ont la possibilité d’accéder aux allocations de logement et aux prestations sociales et de bénéficier d’une aide pour trouver un emploi et s’intégrer dans la société.
- Un demandeur d’asile est une personne qui sollicite une protection en tant que réfugié. La Convention relative au statut des réfugiés fait obligation aux États de ne pas renvoyer immédiatement un demandeur d’asile vers le pays qu’il a fui. Si sa demande est acceptée, le demandeur d’asile devient réfugié.