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Retour Secrétaire Général du Conseil de l’Europe : l’Europe ne doit pas choisir entre sécurité et démocratie

Article écrit par : Université de Vilnius
Photos : Université de Vilnius

Photos : Université de Vilnius

« En temps de rupture, l’Europe doit répondre par la sécurité démocratique, par le droit, par les institutions et par une société suffisamment forte pour défendre son propre avenir », a déclaré le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, Alain Berset, lors d’une conférence donnée à l’Université de Vilnius. À cette occasion, le Secrétaire Général a présenté le Nouveau Pacte Démocratique pour l’Europe et a discuté de la façon dont l’Europe devrait répondre aux défis auxquels les démocraties font face à travers le continent.

Dans quel monde voulons-nous vivre ?

Évoquant les choix difficiles auxquels l’Europe est confrontée, Alain Berset a cité l’exemple de l’Ukraine : « Lors de mon dernier voyage à Kyiv, j’ai visité une centrale électrique qui alimente plus de la moitié de la ville en électricité. Cette installation est constamment la cible d’attaques de missiles. Dès que des missiles approchent, une alerte aérienne est déclenchée et les personnes qui travaillent sur place n’ont que quelques minutes pour se réfugier dans un abri. »

Dans la salle de contrôle de la centrale, Alain Berset a remarqué une petite capsule en acier et a demandé à quoi elle servait. On lui a expliqué qu’une fois les sirènes déclenchées, au moins une personne travaillant sur le site devait entrer dans la capsule afin d’assurer le fonctionnement ininterrompu de la centrale. Pour le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, cet exemple illustre la résilience de l’Ukraine.

« Les attaques contre l’Ukraine se poursuivent, c’est pourquoi notre action dans ce pays reste une priorité – et cela inclut également la question de la responsabilité. Et la responsabilité pour l’Ukraine va bien au-delà de l’Ukraine elle-même. Tel est le choix qui s’offre à nous aujourd’hui : voulons-nous vivre dans un monde régi par la brutalité, la guerre, l’agression, la force et la violence, ou dans un monde où prévalent les relations pacifiques, le respect du droit international, le dialogue et la responsabilité ? », a-t-il demandé.


 

L’affaiblissement des démocraties

Soulignant le rôle des institutions européennes, M. Berset a évoqué ses récentes rencontres avec des représentant·es du Royaume-Uni, de l’Irlande, de la Macédoine du Nord et de la Bosnie-Herzégovine.

« La question est la suivante : qu’ont tous ces pays en commun ? Ils ont chacun une histoire différente, mais ils sont unis par un espace juridique commun. Au cœur de cet espace juridique européen commun, qui regroupe 46 États membres, se trouvent la Convention européenne des droits de l’homme et la Cour européenne des droits de l’homme », a déclaré le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe.

Il a décrit la Convention européenne des droits de l’homme comme un outil qui a dessiné le visage de l’Europe : « La Convention a contribué à préserver la paix en Irlande du Nord grâce à l’Accord du Vendredi saint (Accord de Belfast). Cet accord de paix entre l’Irlande et le Royaume-Uni concernant l’Irlande du Nord reposait sur un engagement commun en faveur d’un principe clé respecté par tous : la Convention européenne des droits de l’homme. »

Toutefois, selon M. Berset, la Convention fait l’objet de remises en cause de plus en plus fréquentes, tandis que les arrêts de la Cour subissent une pression politique croissante. Il a ajouté que les pays européens se préoccupaient de plus en plus de la défense, alors même que la démocratie connaît un recul dans toute l’Europe.

« Quelle Europe verrons-nous dans dix ans : une Europe forte sur le plan militaire, mais affaiblie sur le plan démocratique ? » Peut-on véritablement parler de sécurité si les institutions démocratiques ne sont plus en mesure de contrôler le pouvoir militaire, aussi puissant soit-il ? Ce sont là aussi des questions que nous devons nous poser », a déclaré M. Berset.


 

« Mes propos ne doivent pas être interprétés comme une critique concernant les efforts déployés pour renforcer les capacités de défense. Je souhaite simplement montrer pourquoi il est essentiel d’investir dans les valeurs et les principes démocratiques. C’est précisément pour cette raison que le Nouveau Pacte Démocratique pour l’Europe est bien plus qu’une simple initiative attrayante parmi tant d’autres. Ce Nouveau Pacte Démocratique est essentiel à notre stabilité dans le monde d’aujourd’hui », a souligné le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe.

La Voie balte : une leçon dont l’Europe a besoin aujourd’hui

En conclusion de sa conférence, Alain Berset a affirmé qu’une sécurité durable repose avant tout sur des institutions dignes de confiance et sur des démocraties capables de résister aux pressions.

« La sécurité démocratique protège les citoyens et les citoyennes et la démocratie elle-même, car elle garantit que le pouvoir reste soumis aux principes démocratiques, aux droits humains et à l’État de droit. Tout cela dépasse l’ancienne distinction entre la sécurité dite « dure » et la sécurité dite « douce », a déclaré le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe.

Selon lui, la sécurité « dure » désigne la puissance militaire, tandis que la sécurité « douce » concerne l’éducation, les institutions et la démocratie. « Aujourd’hui, on ne peut plus dissocier les deux, car la sécurité démocratique nécessite une approche globale. Cela implique des tribunaux indépendants, des élections transparentes et des médias libres, mais cela signifie aussi la capacité de contrer les menaces, telles que les cyberattaques, le terrorisme, la manipulation de l’information et l’ingérence dans les processus démocratiques. »

Selon Alain Berset, ce concept de sécurité démocratique est au cœur du Nouveau Pacte Démocratique pour l’Europe. L’initiative vise à rétablir la confiance dans les institutions et à renforcer la résilience démocratique.

Le Secrétaire Général a conclu en soulignant que l’Europe ne devait pas avoir à choisir entre la sécurité et la démocratie : « Les Lituaniens le savent bien, pour l’avoir vécu : je fais référence à la “Voie balte”. En 1989, quelques mois seulement avant la chute du mur de Berlin, le monde a été témoin de quelque chose d’extraordinaire. Deux millions de personnes issues des trois États baltes se sont donné la main pour former une chaîne humaine s’étendant sur plus de 600 kilomètres, de Vilnius à Tallinn. Un pacte secret avait divisé ces pays, mais leur message était clair : nous nous souvenons et notre avenir ne se décidera pas sans nous. Je pense que c’est précisément le message dont l’Europe a besoin aujourd’hui. »


 

Au cours de la discussion qui a suivi la conférence, Alain Berset a répondu aux questions des étudiant·es et d’autres membres de l’Université de Vilnius sur les droits humains, le droit international, les défis démographiques et générationnels, ainsi que les relations entre l’Europe et les États-Unis. Rimvydas Petrauskas, recteur de l’Université de Vilnius, était également présent à cet événement.

« Symboliquement, peu après la Journée de l’Europe, nous avons parlé avec Alain Berset des expériences et des forces de l’Europe, que les critiques du projet européen négligent souvent ou sous-estiment délibérément. La capacité et la volonté de l’Europe de se repenser sans cesse, de se remettre en question de manière critique et de réfléchir attentivement avant de prendre des décisions ont toujours été parmi ses plus grandes forces et sa manière de relever les défis », a déclaré le recteur de l’Université de Vilnius.

Vilnius, Lituanie 13 mai 2026
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