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Situation en Turquie

Déclaration
Strasbourg 20/07/2016
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Situation en Turquie

« Je condamne avec la plus grande fermeté la tentative de renverser le gouvernement démocratiquement élu en Turquie. Je me réjouis de constater que la population turque s’est opposée sans ambiguïté à cette tentative, qui a aussi fait l’objet d’une réprobation unanime de la part de tous les courants et responsables politiques démocratiques.

Bien entendu, les auteurs de cette tentative de coup d’Etat, qui ont causé beaucoup de morts et de blessés, doivent maintenant subir toute la rigueur de la loi. Les autorités doivent cependant garder à l’esprit que la justice est indissociable du respect des droits de l'homme et de la prééminence du droit. Un pouvoir judiciaire indépendant constitue la garantie ultime du respect de ces principes. A cet égard, je me joins aux nombreuses instances internationales qui se sont déclarées très préoccupées par l’arrestation ou la suspension de près d’un cinquième des magistrats turcs pour leur implication présumée dans la tentative de coup d’Etat. Le nombre stupéfiant de fonctionnaires qui ont déjà été arrêtés ou destitués, si peu de temps après le putsch manqué, soulève aussi de graves questions concernant l’équité et les garanties d’une procédure régulière.

Je suis également préoccupé par les images, diffusées par plusieurs médias, qui montrent des actes de torture et des mauvais traitements infligés à des personnes soupçonnées d’être impliquées dans la tentative de putsch, ainsi que des marques de torture présentées par des personnes placées en détention. Je ne suis pas en mesure de vérifier ces allégations, mais je tiens à rappeler qu’aucune dérogation n’est autorisée à l’interdiction de la torture. La Turquie a ici une occasion unique de prouver qu’elle applique bien une politique de tolérance zéro envers la torture. Si la liberté de réunion est un droit démocratique, je suis cependant profondément troublé par des informations faisant état d’actes de violence collective, de discours de haine et d’infractions motivées par la haine, dirigés contre des minorités religieuses et des réfugiés. Les autorités devraient condamner explicitement ces dérives et tout mettre en œuvre pour les enrayer. En outre, je juge très inquiétantes les allusions à l’éventualité d’un rétablissement de la peine de mort, qui serait en contradiction flagrante avec les engagements internationaux de la Turquie.

Ces événements ont clairement démontré l’importance essentielle de la liberté de réunion, de la liberté d’expression et de la liberté des médias, y compris des médias sociaux, pour toute société démocratique. Je réitère les très vives inquiétudes que j’ai exprimées sur ces sujets en Turquie et j’espère que les dirigeants turcs prendront toutes les mesures nécessaires pour mettre en œuvre les recommandations de mon bureau. Je dois malheureusement constater que les journalistes ont été une fois de plus victimes de violences, de la part de putschistes, mais aussi de citoyens opposés au coup d’Etat, et que l’accès à plusieurs journaux électroniques a de nouveau été bloqué.

J’espère que la Turquie se remettra rapidement de cette tragédie. Je vais suivre la situation de près ces prochains jours, qui seront déterminants pour l’avenir de la démocratie, de l’Etat de droit et des droits de l'homme en Turquie. »

►  Lire la réponse des autorités turques  (en anglais)