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Le Portugal devrait agir plus énergiquement contre le racisme et poursuivre ses efforts de lutte contre la violence à l’égard des femmes

Mémorandum pays
Strasbourg 24/03/2021
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Le Portugal devrait agir plus énergiquement contre le racisme et poursuivre ses efforts de lutte contre la violence à l’égard des femmes

Dans un mémorandum rendu public aujourd’hui, la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatović, appelle les autorités du Portugal à s’employer plus énergiquement à enrayer la montée du racisme dans le pays, ainsi qu’à prendre des dispositions supplémentaires pour prévenir et combattre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique.

La Commissaire se déclare préoccupée face à l’augmentation des infractions motivées par la haine raciale et à la propagation d’un discours de haine visant particulièrement les Roms, les personnes d’ascendance africaine et les personnes perçues comme étrangères au Portugal. Elle recommande de mettre en œuvre un plan d’action complet contre le racisme et la discrimination, exhorte les autorités à condamner fermement et publiquement tous les propos haineux et demande instamment aux responsables politiques de se garder de tenir ou de tolérer des propos racistes.

Tout en saluant les dispositions importantes prises pour améliorer le cadre juridique et institutionnel consacré à la lutte contre la discrimination, la Commissaire invite les autorités portugaises à poursuivre leurs efforts et à veiller à ce que la législation civile, administrative et pénale soit pleinement compatible avec les normes internationales.

Elle recommande aussi que la police et les services de poursuite adoptent une définition plus large de « l’infraction raciste » et mènent rapidement une enquête rigoureuse et impartiale sur toute affaire laissant supposer une motivation raciste.

Des efforts supplémentaires sont aussi nécessaires pour combattre les préjugés contre les personnes d’ascendance africaine hérités du passé colonial et de la période de l’esclavage. « Il importe de prendre conscience des structures répressives caractéristiques du colonialisme, des préjugés racistes ancrés dans la société et de leurs manifestations contemporaines », estime la Commissaire. Les programmes scolaires peuvent beaucoup contribuer à cette prise de conscience.

Si elle salue les initiatives destinées à combattre la discrimination contre les Roms, la Commissaire recommande cependant d’intensifier ces efforts, notamment pour faire reculer l’antitsiganisme, qui reste répandu dans la société portugaise et présent dans le discours public de certains responsables politiques.

Le racisme dans la police reste aussi très préoccupant. « Les autorités portugaises devraient appliquer une politique de tolérance zéro envers toute manifestation de racisme dans la police », affirme la Commissaire. En outre, elle recommande d’améliorer la formation des policiers en matière de droits de l'homme et de faire évoluer les procédures de recrutement et les critères de sélection pour que les groupes minoritaires soient davantage représentés dans les effectifs de la police, à tous les niveaux de la hiérarchie.

La Commissaire recommande aussi d’établir un mécanisme totalement indépendant chargé d’examiner toutes les plaintes concernant des mauvais traitements imputés à des policiers.

La Commissaire constate avec satisfaction que les autorités portugaises manifestent depuis longtemps la ferme volonté d’éliminer la violence domestique, qu’elles agissent avec détermination pour battre en brèche les attitudes patriarcales et les stéréotypes de genre profondément enracinés et qu’elles s’efforcent de progresser vers la réalisation de l’égalité de genre dans tous les domaines.

La violence à l’égard des femmes reste néanmoins un phénomène d’une ampleur préoccupante au Portugal. En conséquence, les autorités devraient prendre des dispositions supplémentaires pour faire évoluer les mentalités et pour sensibiliser davantage l’ensemble de la société au fait que la violence à l’égard des femmes, y compris la violence domestique, est une violation grave des droits humains, et donc un crime, dont les auteurs doivent être traduits en justice.

La Commissaire demande instamment aux autorités de prendre des mesures pour que les infractions de violence domestique et les infractions à caractère sexuel, dont le viol, fassent dûment l’objet d’enquêtes et de poursuites, et pour que les peines prononcées soient proportionnées à la gravité des infractions et suffisamment dissuasives.

La Commissaire invite les autorités à continuer d’améliorer la formation des membres des forces de l’ordre, des magistrats et, plus largement, des personnes qui fournissent des services aux femmes victimes de violences. Elle salue les actions entreprises récemment pour que les enfants qui sont témoins de violences domestiques soient considérés avant tout comme des victimes et reçoivent la protection dont ils ont besoin.

Enfin, la Commissaire recommande aux autorités de modifier encore la définition du viol figurant dans le Code pénal et de veiller à ce qu’elle repose entièrement sur l’absence de consentement libre de la victime.