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L’incitation à la haine contre les personnes LGBTI n’a pas sa place dans l’Europe d’aujourd’hui

Journée internationale
Strasbourg 15/05/2020
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L’incitation à la haine contre les personnes LGBTI n’a pas sa place dans l’Europe d’aujourd’hui

À l’approche de la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, j’appelle tous les États membres du Conseil de l'Europe à lutter avec détermination contre le discours de haine visant les personnes LGBTI, qui se répand de manière inquiétante partout en Europe. Aujourd’hui, les déclarations haineuses et véhiculant des préjugés, notamment lorsqu’elles sont faites par des personnes officielles ou des leaders d’opinion, entravent considérablement l’inclusion des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI) et leur accès à l’égalité en matière d’exercice des droits humains.

Au cours de la seule année passée, j’ai dû réagir et faire connaitre ma préoccupation au sujet de propos haineux et de menaces à l’encontre des personnes LGBTI dans plusieurs États membres. Lors de ma visite de mars 2019 en Pologne, j’ai condamné les propos incendiaires tenus à l’époque par de hauts responsables dans le cadre des campagnes électorales en vue des élections nationales et européennes. Depuis, plus d’une centaine de communes et régions du pays ont adopté des déclarations et des chartes qui, implicitement ou explicitement, excluent les personnes LGBTI, les faisant se sentir indésirables là même où elles nées ou habitent. Certaines chaînes de télévision ont diffusé des documentaires anti-LGBTI, ce qui a rendu le climat encore plus délétère.

Lors de mes visites en Arménie, en Bulgarie et en Moldova, j’ai constaté que des propos haineux dirigés contre les personnes LGBTI étaient tenus par des responsables politiques ou religieux et par des groupes appartenant à ce qui est communément appelé le mouvement « anti-genre ». J’ai aussi encouragé les autorités de Bosnie-Herzégovine et de Géorgie à protéger les Marches des fiertés, après un déferlement de commentaires haineux et de menaces visant à empêcher le déroulement de ces manifestations. Ce ne sont là que quelques exemples issus de mes activités, mais l’hostilité envers les personnes LGBTI est un phénomène d’une ampleur préoccupante. En Espagne, en Suède, en Italie et en Estonie, des partis d’extrême droite ont ouvertement fait des commentaires désobligeants sur les personnes LGBTI ou menacé leurs droits. Au Royaume-Uni, les débats autour de la reconnaissance juridique du genre, y compris dans les médias, ont parfois présenté les personnes transgenres comme un danger pour la société. Récemment, j’ai aussi exprimé mon inquiétude face à un projet de loi présenté en Hongrie qui empêcherait les personnes transgenres d’avoir accès à la reconnaissance juridique du genre.

Lorsque les incitations à la haine contre les personnes LGBTI sont traitées avec indifférence et restent impunies, cela laisse penser à la population que ces attitudes sont tolérées (voire parfois soutenues) par les autorités. Ce « permis de haïr » a des conséquences directes sur la vie des personnes LGBTI. Le harcèlement sur les réseaux sociaux se développe partout. Certaines Marches des fiertés ont fait l’objet d’attaques violentes de la part de militants néonazis. Plusieurs centres socio-culturels ont été vandalisés, notamment en Bulgarie, Slovénie et Hongrie, et il a été fait état de menaces et d’agressions physiques visant des personnes LGBTI et des activistes en Russie, en France, en Espagne et au Royaume-Uni, par exemple. L’Agence des droits fondamentaux (FRA) de l’Union européenne (UE) a publié hier les résultats de sa deuxième enquête sur le vécu des personnes LGBTI dans les États membres de l’UE, ainsi qu’en Serbie et en Macédoine du Nord. D’après ces résultats, il n’y a généralement pas eu de progrès ces sept dernières années quant à l’expérience qu’ont les personnes LGBTI en matière de discrimination, de harcèlement et de violence. Ce constat devrait nous faire réagir.

Cette année, la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie a lieu dans un contexte marqué par la pandémie de COVID-19. J’ai signé, avec l’Expert indépendant de l’ONU sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre et d’autres experts indépendants des droits de l’homme, une déclaration commune dans laquelle nous attirons l’attention sur les effets de la crise sanitaire sur les personnes LGBTI et appelons les États à veiller à ce que la réponse à cette crise prenne en compte la vulnérabilité et les besoins spécifiques de ces personnes. La pandémie actuelle met en évidence les conséquences de notre incapacité collective à éliminer la haine et les préjugés contre les personnes LGBTI dans nos sociétés. Il est de plus honteux que la pandémie soit utilisée pour tenir d’autres discours de haine ; je constate avec préoccupation que des responsables religieux, par exemple en Ukraine et en Turquie, ont accusé les personnes LGBTI d’être à l’origine de maladies ou de provoquer une supposée punition divine.

Il est temps de stopper la propagation de la haine contre les personnes LGBTI. L’Europe s’est distinguée jusqu’à présent par ses efforts en faveur d’une meilleure reconnaissance des droits de ces personnes. Il faut donc maintenant que les États membres réagissent rapidement pour enrayer la régression que nous observons. Je demande instamment aux responsables politiques de condamner publiquement l’incitation à la haine contre les personnes LGBTI et de mettre à disposition les outils nécessaires aux enquêtes et aux poursuites dans les affaires concernant le discours de haine et les infractions motivées par la haine qui visent des personnes en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leurs caractéristiques sexuelles. Les défenseurs des droits des personnes LGBTI doivent être protégés et doivent pouvoir travailler dans un environnement sûr et favorable. J’encourage aussi les médias à rendre compte des questions relatives aux personnes LGBTI avec objectivité et respect. Il incombe aux États membres de combattre les préjugés contre les personnes LGBTI, de protéger leurs droits humains et de veiller à ce qu’elles puissent participer pleinement à la vie de nos sociétés, sur un pied d’égalité avec tout autre citoyen.