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La Bulgarie devrait enrayer la propagation d’allégations préjudiciables aux droits de l'homme et combattre plus activement le discours de haine et la violence domestique

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Strasbourg 02/12/2019
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Une famille Rome qui a fui le village de Voyvodinovo, Bulgarie, lors de la manifestation anti-rome en janvier 2019. ©Angelina Genova

Une famille Rome qui a fui le village de Voyvodinovo, Bulgarie, lors de la manifestation anti-rome en janvier 2019. ©Angelina Genova

« Le gouvernement devrait redoubler d’efforts pour lutter contre le discours de haine qui prévaut en Bulgarie et qui vise notamment les Roms, les personnes LGBTI et d’autres groupes minoritaires », a déclaré la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatović, après une visite de cinq jours dans le pays.

Le discours de haine et l’hostilité envers les Roms se perpétuent, mais les autorités n’agissent guère, voire pas du tout, pour combattre ce phénomène persistant. « Il est inquiétant de constater l’absence de réaction à des cas très graves de discours de haine, qui sont le fait de certains hauts responsables politiques et qui restent systématiquement impunis. » La Commissaire déplore la situation des Roms qui ont dû quitter leur domicile au cours de l’année écoulée, à la suite de rassemblements anti-Roms organisés dans plusieurs villages, dont Voyvodinovo, où la peur a fait fuir environ 200 personnes. « Ces événements montrent que le discours de haine peut avoir des effets désastreux sur la vie d’individus et de communautés. Je demande instamment aux autorités de remédier d’urgence à la situation des personnes touchées », a ajouté la Commissaire.

« Un changement de politique et de culture est nécessaire pour faire changer le traitement et l’image des groupes minoritaires en Bulgarie. Le gouvernement devrait prendre des mesures immédiatement pour que la motivation raciste d’une infraction soit toujours reconnue comme une circonstance aggravante et pour que les arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme soient exécutés, y compris ceux qui concernent des expulsions forcées ou l’enregistrement d’associations de personnes se présentant comme des membres d’une minorité. » De plus, la Commissaire observe avec inquiétude les manifestations organisées par des groupes extrémistes et appelle les autorités à les condamner fermement et publiquement.

« Les débats publics qui se sont engagés ces dernières années autour de la ratification de la Convention d’Istanbul ont propagé de fausses informations et réaffirmé de vieux stéréotypes concernant les rôles respectifs des hommes et des femmes dans la société. Le retrait, par le gouvernement, de la stratégie de protection de l’enfance et les débats actuels sur la possibilité de retarder l’entrée en vigueur de la loi sur les services sociaux, adoptée récemment, vont dans le même sens », estime la Commissaire. « Le gouvernement devrait enrayer ces tendances dangereuses et sensibiliser le public à la nécessité d’améliorer la protection des victimes de violence domestique et des enfants. » Dunja Mijatović exhorte les autorités à rouvrir le débat sur la ratification de la Convention d’Istanbul, à adopter la stratégie de protection de l’enfance et à veiller à la mise en œuvre rapide et effective de la loi sur les services sociaux. La Commissaire s’est rendue dans le seul centre d’hébergement d’urgence pour femmes victimes de violence domestique de la ville de Sofia. « Les autorités devraient s’employer immédiatement à augmenter le nombre des refuges et des autres services sociaux destinés aux victimes de violence domestique. » Mme Mijatović est également préoccupée par le climat d’hostilité grandissante envers les défenseurs des droits de l'homme, notamment envers ceux qui militent pour les droits des femmes et des personnes LGBTI.

En outre, la Commissaire constate avec préoccupation que la situation de la liberté des médias ne cesse de se dégrader en Bulgarie. Parmi les problèmes chroniques figurent l’absence de transparence de la propriété des médias, les menaces et le harcèlement dont des journalistes font l’objet, et les poursuites en diffamation. À ces problèmes s’ajoute l’influence politique exercée sur les médias, qui nuit gravement à la crédibilité de la presse. « Cela ne peut plus durer. Les citoyens ont besoin d’une presse d’investigation libre et indépendante pour être en mesure de participer plus activement au fonctionnement de la démocratie. Les journalistes devraient pouvoir jouer leur rôle essentiel sans subir d’ingérences. »

La Commissaire publiera prochainement un rapport sur sa visite en Bulgarie.