Qu’est-ce que l’Europe ? Où commence-t-elle ? Où finit-elle ? Combien de pays trouve-t-on en Europe ? Qui peut prétendre être européen ? Existe-t-il une culture européenne ?
La fin de la guerre froide en 1989 a ouvert la voie à une politique d’élargissement de l’Union européenne et à l’adhésion de nouveaux pays au Conseil de l’Europe. L’élargissement de l’UE n’a pas été un processus facile, réduit au seul alignement des marchés internes et à la préparation des économies au marché commun. Au-delà de l’opposition entre pays membres et pays non membres, un débat sur une Union européenne à deux vitesses s’est ouvert. Pour les citoyens des États membres de l’UE, la citoyenneté européenne est l’expression d’un statut juridique assorti de droits et de responsabilités, ainsi qu’un engagement envers les valeurs européennes et un sentiment d’identité qui dépasse les frontières de l’UE.
Le Conseil de l’Europe, fondé en 1949, est une organisation européenne qui regroupe aujourd’hui 47 États membres. Lors du Sommet de Vienne en octobre 1993, les chefs d’État et de gouvernement ont fait du Conseil de l’Europe le gardien de la sécurité démocratique, qui repose sur les droits de l’homme, la démocratie et l’État de droit. La sécurité démocratique était considérée comme un complément essentiel à la sécurité militaire et comme une condition préalable à la stabilité et à la paix du continent. Alors que le continent se transformait sous l’influence de divers processus politiques, notamment l’élargissement de l’UE, il se trouvait exposé à de nouvelles menaces telles que le terrorisme, l’extrémisme violent, les formes agressives de nationalisme et la résurgence de régimes autoritaires.
Tandis que le contrôle aux frontières disparaît entre certains pays européens, les barrières qui les séparent des autres grandissent. L’espace Schengen comprend les territoires de 22 États membres de l’UE et de quatre États associés, non membres de l’UE (Islande, Norvège, Suisse et Liechtenstein), qui ont décidé de lever ou d’abandonner les contrôles aux frontières. Le jour de l’entrée en vigueur de cet accord, début 1995, il y avait des files d’attente de 24 heures à la frontière germano-polonaise. La crise des réfugiés de 2015, vingt ans plus tard, puis la pandémie de covid-19 ont donné lieu à une situation extraordinaire : pour la première fois depuis de nombreuses années, l’accord a été temporairement levé et les pays ont imposé des contrôles aux frontières, voire complètement fermé leurs portes.
Les minorités en Europe
Attention ! Une minorité quelque part est peut-être une majorité ailleurs.
Dans presque tous les États, il y a des minorités dites « traditionnelles » : des groupes ethniques présents depuis des siècles, possédant pourtant des caractéristiques, des comportements, des habitudes et des modes de vie différents de ceux de la majorité. Des multitudes d’exemples peuvent être citées. En voici quelques-uns, mais d’autres vous viendront certainement à l’esprit. L’histoire de l’Europe est jalonnée de mouvements expansionnistes, d’accords commerciaux, et de conquêtes religieuses et militaires. Tous ces événements ont provoqué des mouvements de personnes. Les chevaliers normands du XIe siècle ont réussi à bâtir des empires très éloignés les uns des autres, en Grande-Bretagne, en Espagne et en Sicile ; les forces de l’Empire ottoman ont atteint les murs de Vienne en 1529, puis à nouveau en 1683. Beaucoup de régions et de localités ont traversé des épreuves terribles ; comme le souligne Richard Hill, la ville de Ilok, aujourd’hui située sur la frontière orientale de l’État indépendant de Croatie, est un exemple révélateur. Sous l’Empire ottoman, Ilok était un village musulman. Auparavant, il était catholique. En 1930, la majorité de ses habitants étaient allemands et juifs. En 1991, sa population comptait 3000 Croates, 500 Serbes et 1900 Slovaques, descendants de migrants du XIXe siècle. Un an plus tard, en 1992, elle était composée de 3000 Serbes. Depuis la fin de la guerre, les Croates sont à nouveau majoritaires.
Pour l’Espagne, ces minorités traditionnelles sont surtout les Roms et les Sinti (Tsiganes) qui constituent aussi une minorité ethnique dans beaucoup d’autres pays, ainsi que les communautés musulmane, juive et hindoue. En Suède, on trouve une minorité finlandaise assez importante. En Turquie, on estime que les Kurdes représentent 17 % de la population ; ils ne constituent par ailleurs qu’une des 14 minorités ethniques. On compte 30 000 Travellers en Irlande. Environ 6,5 % de la population roumaine est composée de Hongrois.
Après avoir été minoritaires au sein de la Fédération de Yougoslavie, les Slovènes sont aujourd’hui majoritaires en Slovénie, où ils représentent environ 88 % de la population. Les déclarations d’indépendance et le découpage des territoires suite aux guerres ont joué un rôle déterminant dans la « création » de minorités. Avec la chute de l’Union soviétique, 25 millions de Russes vivant hors de la Fédération de Russie – notamment en Estonie, en Lettonie et en Lituanie – ont formé des minorités relativement importantes dans les nouveaux États indépendants. En 1920, le Traité de Trianon amputait la Hongrie de deux tiers de son territoire et d’un tiers de sa population ; beaucoup de ces habitants restèrent dans leurs villes et villages. On retrouve leurs descendants essentiellement en Roumanie, en République de Slovaquie, en Ukraine, en Croatie et en Serbie.
La décision de reconnaître ou de qualifier un groupe de personnes de « minorité » constitue un enjeu fondamental et un danger. En effet, il y a aussi à cela un réel danger, car cela peut déboucher sur une discrimination et une ségrégation accrues. D’un autre côté, cela peut aussi conduire au renforcement de la reconnaissance et du respect des droits et des responsabilités d’un groupe particulier.
Aucun État en Europe ne possède à l’intérieur de ses frontières une population qui ne parle qu’une seule langue, bien que certains aient choisi de n’avoir qu’une langue officielle. La langue joue un rôle prépondérant dans la culture d’un peuple, plus encore dans le cas des langues minoritaires que les communautés associent souvent étroitement à l’expression de leur identité et de leur culture.
Migrants, immigrés, réfugiés
Dans ce domaine, la terminologie est un exercice délicat. Il est d’usage dans beaucoup de pays européens d’employer le terme « migrants » pour désigner les personnes ayant des origines étrangères. Ainsi, des jeunes détenteurs de passeports britanniques de Manchester d’origine jamaïcaine et dont les parents sont nés en Grande-Bretagne seraient plutôt surpris d’apprendre qu’ils pourraient être considérés comme des « migrants ». Certains parlent « d’immigrés », d’autres de « travailleurs invités ». Même s’il conviendrait à certains que les migrants soient simplement « de passage », il est de plus en plus évident que la majorité d’entre eux ne partiront pas. Et beaucoup sont des ressortissants des pays dans lesquels ils vivent.
La diversité des définitions et des méthodes employées pour la compilation des statistiques fait que, souvent, les données ne sont pas comparables entre pays. Presque par définition, le comptage des « immigrés en situation irrégulière » est incroyablement difficile, mais, pour les responsables politiques peu scrupuleux, l’estimation de leur nombre est terriblement facile. (C’est un peu comme le concept de la majorité silencieuse : comme elle est silencieuse, n’importe qui peut prétendre parler en son nom). Ces personnes ne sont pas « illégales » ; c’est le système juridique qui les définit de la sorte. Si vous ajoutez à ces considérations le fait que chaque pays possède des modalités et des quotas différents pour traiter les demandes de naturalisation, il semble évident que les statistiques doivent être considérées avec beaucoup d’attention. Oui, même les quelques-unes auxquelles nous nous référons dans ce Kit pédagogique !
Nous avons abordé précédemment les divers modèles de migration au sein et en direction de l’Europe. Jusqu’au début des années 90, la principale cause des migrations était le regroupement familial ; les travailleurs migrants arrivés dans les années 60 et 70 étaient alors rejoints par leur famille.
Lors d’une conférence sur la migration au Conseil de l’Europe en 1991, il avait été prédit que, dans trois ans, jusqu’à 20 millions de ressortissants des pays de l’ex-Union soviétique émigreraient vers l’Ouest. Ce phénomène ne s’est pas produit, mais ce type d’exagérations a contribué à accroître le soutien du public à des contrôles migratoires plus stricts en Europe occidentale. En pleine « crise des réfugiés » en Europe en 2015, Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, a déclaré : « Nous ne considérons pas ces gens comme des réfugiés musulmans, mais comme des envahisseurs musulmans. »
Partout dans le monde, au cours de la dernière décennie, il y a eu une augmentation massive du nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile. Selon le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, 2010-2019 restera une décennie marquée par les déplacements, avec au moins 100 millions de personnes déplacées de force. Parmi ces personnes, seule une très petite minorité a trouvé une solution. Le chiffre pour 2019, 79 millions de personnes, est le plus élevé jamais enregistré par l’organisation, soit environ 1 % de la population mondiale. La pandémie de covid-19 a placé les réfugiés et les demandeurs d’asile hébergés dans des camps improvisés dans une situation de risque plus élevé de contracter la maladie, avec l’impossibilité d’accéder à des soins médicaux appropriés.