Quel que soit leur âge, les personnes confrontées aux préjugés et à la discrimination ne peuvent passer directement de l’ignorance à une prise de conscience critique et à l’action. Cette transition ne peut se faire que par le biais d’un processus d’apprentissage interculturel, basé sur l’éducation non formelle et assorti de diverses activités et initiatives.


L’apprentissage interculturel doit permettre aux jeunes de découvrir les origines et les mécanismes du racisme, de l’intolérance, de la xénophobie et de l’antisémitisme. Cette découverte personnelle peut déboucher sur une action collective. À nous de faciliter ce processus ! Pour compléter le tableau, des mesures sur les plans politique et économique sont également nécessaires : l’éducation a ses responsabilités, mais aussi ses limites.

La proposition d’apprentissage interculturel de ce site web est également étroitement liée aux approches fondamentales de l’éducation aux droits humains, définie comme des activités qui visent, en apportant aux apprenants des connaissances, des compétences et une compréhension, et en développant leurs attitudes et leurs comportements, à leur donner les moyens de participer à la construction et à la défense d’une culture universelle des droits de l’homme, afin de promouvoir et de protéger les libertés et les droits fondamentaux.
 

L’éducation aux droits humains recouvre :

  • un apprentissage au sujet des droits humains, l’acquisition de connaissances sur ces droits, ce qu’ils sont et comment ils sont sauvegardés et protégés ;
  • un apprentissage par les droits humains, en reconnaissant que le contexte et la manière dont l’apprentissage des droits humains est organisé et dispensé doivent être compatibles avec les valeurs qu’ils incarnent (et notamment, la participation, la liberté de pensée et d’expression) ;
  • un apprentissage pour les droits humains, en développant des compétences, des attitudes et des valeurs permettant aux apprenants de mettre ces droits en application1
     

Nous avons choisi, pour simplifier, de comparer l’éducation interculturelle à un parcours jalonné de différentes phases qui, dans le même temps, constituent des centres d’intérêt sur lesquels travailler.
 

Voici ces phases :

  1. S’imaginer de l’extérieur
  2. Comprendre le monde dans lequel nous vivons, y compris les réalités de la discrimination et des violations des droits humains
  3. Se familiariser avec d’autres réalités
  4. Appréhender la différence et la diversité de manière positive
  5. Encourager les attitudes, les valeurs et les comportements positifs.
     

Vous pouvez décider que certaines phases sont plus importantes que d’autres, ou qu’il vous faut opter pour un itinéraire totalement différent. Ces phases peuvent être combinées dans des ordres différents, mais, ce manuel n’étant pas en quatre dimensions, nous allons les aborder une par une – y compris les idées et les contenus de travail suggérés.
 

S’imaginer de l’extérieur

En matière d’éducation interculturelle, le point de départ de votre travail doit être une réflexion sur vous-mêmes et votre propre réalité. Principales idées et éléments de réflexion :

  • Réévaluer ce que nous jugeons positif et négatif dans notre réalité.
  • Nos habitudes, nos façons de penser et nos modes de vie ne sont qu’une des réponses envisageables au monde qui nous entoure ; il existe d’autres réalités qui ne sont ni meilleures, ni pires, mais seulement différentes.
  • Expliquer notre réalité à ceux qui ne la connaissent pas peut nous aider à développer une approche différente.
  • Les préjugés et les stéréotypes dans notre société à l’égard des autres sociétés et cultures.
  • Pourquoi ces préjugés et ces stéréotypes apparaissent-ils ?
  • Pourquoi certains de ces préjugés et stéréotypes sont-ils positifs, tandis que d’autres sont négatifs ?
  • L’influence des préjugés et des stéréotypes sur notre comportement vis-à-vis des autres.

Nous devons également considérer et comprendre la discrimination comme un phénomène arbitraire :

  • La discrimination en tant que violation des droits humains ;
  • N’importe qui peut faire l’objet de discrimination dans certaines circonstances ;
  • Pourquoi la discrimination existe-t-elle ?
  • Quelles sont ses différentes formes d’expression ?
     

Comprendre le monde dans lequel on vit

Les sociétés, les pays ou les États ne peuvent se développer en s’isolant les uns des autres. Nous vivons dans un monde interdépendant :

  • Les sociétés ont besoin les unes des autres.
  • L’Europe n’est pas une planète !
  • Les inégalités et les injustices, où qu’elles se manifestent, nous affectent tous.
     

C’est une responsabilité partagée :

  • Dans une grande mesure, les forces qui obligent nombre de personnes à quitter leur pays pour assurer leur survie trouvent leur origine dans le système économique sur lequel sont fondés nos modes de vie.

Il nous faut non seulement prendre conscience du fait que nous vivons dans un monde interdépendant, mais aussi proposer des réponses concrètes au phénomène de la mondialisation. Le chapitre de Repères sur la mondialisation revient sur les causes et les conséquences de celle-ci.
 

Se familiariser avec les autres réalités

Beaucoup des attitudes négatives face aux autres cultures, modes de vie ou sociétés proviennent de la « peur de l’inconnu ». C’est la raison pour laquelle un des éléments essentiels de l’apprentissage interculturel consiste à encourager les efforts pour se familiariser et mieux connaître les autres cultures : non pas l’attitude du « touriste » qui garde prudemment ses distances, mais celle qui consiste à accepter les risques inhérents à la rencontre et à l’échange. Ce processus doit être basé sur la volonté de comprendre les réalités différentes des nôtres.

Principales idées et éléments de réflexion :

  • Que savons-nous des autres cultures ou modes de vie?
    • Comment avons-nous obtenu les informations que nous possédons sur d’autres cultures, sociétés, pays ?
    • Quelle est la part de réalité dans ces connaissances, et combien d’idées préconçues nous parviennent par différents moyens ?
    • Dans quelle mesure devons-nous remettre en question les informations et les images véhiculées par les médias de masse ?
    • Comment parvenir véritablement à « se mettre à la place de l’autre » ?
    • Dans quelle mesure sommes-nous conscients de l’influence des préjugés et des stéréotypes sur notre façon de considérer et de traiter les autres ?
       
  • Il n’y a ni cultures supérieures ni cultures inférieures
    • Chaque culture est le résultat d’une réalité différente.
    • Chaque culture présente des aspects positifs dont nous pourrions tirer des enseignements, et des aspects négatifs que nous pourrions critiquer : comment faisons-nous ce choix ?
  • Différent ne signifie pas moins bien, mais dissemblable
    • Quels sont les facteurs à l’origine de la perception négative des différences entre les êtres humains ?
       

Appréhender la différence de manière positive

Quelles sont les bases nécessaires pour parvenir à appréhender la différence de manière positive

Principales idées et éléments de réflexion :

  • Notre propre culture est un assemblage de diversités
  • La réalité sociale et culturelle à laquelle nous appartenons est le résultat d’un assemblage de différences.
  • Nous ne considérons pas ces différences comme un obstacle insurmontable à une vie en commun.
  • La différence entre les cultures est un atout.
  • Les interactions et les relations entre les cultures sont enrichissantes, non seulement pour les individus, mais aussi pour les sociétés. Elles peuvent aussi être une source d’amusement et de joie.
  • Chaque société ou culture a quelque chose à apprendre des autres sociétés ou cultures, mais aussi, en contrepartie, à enseigner aux autres.
  • Comment apprendre à éviter de porter des jugements rapides sur tels ou tels aspects d’autres cultures ou modes de vie qui nous paraissent « étranges » ?
  • Comment apprendre à vivre avec ces sentiments d’insécurité (temporaires) que ces processus éveillent en nous ?
  • Comment tirer profit des opportunités significatives qu’offrent de telles rencontres pour découvrir de nouvelles facettes de nos identités ?
     

Encourager les attitudes, les valeurs et les comportements positifs

Toutes ces phases sont basées sur la promotion de valeurs : droits humains, reconnaissance, acceptation, tolérance active, respect, résolution pacifique des conflits et solidarité.

  • • Si nous proclamons le droit à la solidarité alors, comme le résume Jean-Marie Bergeret, nous avons aussi une obligation de solidarité. C’est vers ce type de conclusion que nous travaillons avec l’apprentissage interculturel. Mais les jeunes ne changeront leurs attitudes et conclusions que pour et par eux-mêmes, et nous ne pouvons que contribuer à ce processus en relevant continuellement avec eux divers défis.
  • • Si nous œuvrons pour promouvoir ce genre d’attitudes, il sera plus facile d’encourager des comportements positifs à l’égard des personnes d’autres cultures. Mais nous devons tenir compte du fait que ces attitudes et comportements doivent aller de pair avec le développement d’autres qualités, comme l’honnêteté, la coopération, la communication, la réflexion critique et l’organisation.

 

1Pour en savoir plus Repères : Manuel pour la pratique de l’éducation aux droits de l’homme avec les jeunes.