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Grèce : des progrès dans la lutte contre le racisme mais toujours des inquiétudes concernant les effets de l’austérité

Visite en Grèce
Athènes 08/07/2016
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Shelter for destitute people, including refugees, run by the Doctors of the World in central Athens

Shelter for destitute people, including refugees, run by the Doctors of the World in central Athens

« Je salue les efforts déployés par le gouvernement pour combattre le racisme et l’homophobie en Grèce. La loi contre le racisme adoptée en 2014 a renforcé le cadre législatif et donné des moyens d’action aux procureurs et aux policiers. Cependant, il reste beaucoup à faire pour mettre cette loi en œuvre et pour améliorer l’efficience et l’efficacité de la justice et de la police », a déclaré Nils Muižnieks, Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, à l’issue d’une visite de cinq jours en Grèce.

Le Commissaire s’est réjoui des poursuites engagées contre des membres du parti néonazi « Aube dorée », dont des députés, pour leur appartenance à une organisation criminelle, mais aussi pour leur discours de haine. « Ces initiatives, ainsi que l’attitude positive à l’égard des migrants que j’ai pu observer de la part du gouvernement, sont très importantes, car elles envoient à la société un signal clair de tolérance zéro en matière de xénophobie et de racisme », a ajouté Nils Muižnieks. Le Commissaire, qui espère que la jurisprudence se développera dans ce domaine et aura un effet dissuasif, a encouragé les autorités grecques à veiller à ce que les membres des forces de l’ordre, les procureurs et les juges reçoivent systématiquement une formation à la non-discrimination, et à ce que des données sur les infractions motivées par la haine soient collectées et analysées de manière plus systématique. « Il peut être utile à la Grèce de s’appuyer sur l’expertise et la somme de connaissances dont le Conseil de l'Europe dispose dans ce domaine. Elle devrait adopter rapidement une législation complète sur l’égalité de traitement pour renforcer son arsenal législatif en la matière. »

La crise économique et les mesures d’austérité ont eu des répercussions néfastes sur la population grecque. Certains groupes sociaux sont particulièrement vulnérables. C’est notamment le cas des personnes handicapées, dont la situation s’est dégradée en ce qui concerne les soins de santé et le niveau de vie. Le Commissaire s’est rendu à l’hôpital psychiatrique de Dafni et a pris note avec une vive inquiétude de l’augmentation de la demande de soins de santé mentale, qui s’accompagne d’une réduction des ressources humaines et financières allouées au système de santé, les phénomènes étant dus à la persistance de la crise économique et de l’austérité. « Cette situation est très inquiétante car elle peut entraîner un recours massif à la sédation et à d’autres moyens de contention, et expose les patients au risque de mauvais traitements. Elle pourrait aussi annuler les effets de la réforme de la psychiatrie engagée par le gouvernement et conduire à la ré-institutionnalisation des personnes atteintes de déficiences intellectuelles et psychosociales. Je suis pleinement conscient des contraintes économiques drastiques et de la marge de manœuvre limitée des autorités grecques. Toutefois, je demande instamment aux autorités et à leurs créanciers internationaux de ne pas imposer de nouvelles coupes budgétaires au secteur de la santé, et notamment de la psychiatrie, lors de la négociation et de la conception de mesures d’austérité », a déclaré le Commissaire.

Enfin, le Commissaire s’est rendu dans un foyer, géré par Médecins du monde, qui accueille des personnes démunies, dont des réfugiés, dans le centre d’Athènes, ainsi que dans le camp de réfugiés de Skaramangas, qui abrite actuellement plus de 3 000 personnes. Tout en saluant les énormes efforts déployés par les autorités et la population grecques dans le contexte de la crise des réfugiés, Nils Muižnieks a souligné la nécessité d’améliorer encore les conditions de vie, dont les soins médicaux, dans les structures d’accueil, ainsi que le traitement des demandes d’asile.

« Les impératifs à court terme, comme l’accueil d’urgence et l’enregistrement des demandeurs d'asile, ne doivent pas faire oublier les défis d’intégration que ces arrivées posent à long terme, en Grèce comme dans d’autres pays européens. La Grèce, qui devient de fait un pays de destination, devrait concevoir et mettre en œuvre une politique ambitieuse d’intégration des migrants, qui prévoie notamment des cours de grec et une éducation inclusive pour tous les enfants migrants. Dans ce contexte, il est essentiel de garantir une protection effective contre toutes les formes de discrimination et de permettre aux structures nationales des droits de l'homme, telles que l’Ombudsman et la Commission nationale des droits de l'homme, de jouer pleinement leur rôle. Il faut aussi que les autres pays européens prennent leurs responsabilités, respectent leurs engagements de solidarité à l’égard de la Grèce et facilitent la relocalisation des réfugiés et le regroupement familial. »