Holocauste et prévention des crimes contre l’humanité au Conseil de l’Europe

La « Journée de la mémoire de l’Holocauste et de prévention des crimes contre l’humanité » : rôle d’avant-garde du Conseil de l’Europe

Historique

Né sur les ruines de la Deuxième guerre mondiale, le Conseil de l’Europe a, depuis le Traité de Londres, défini ses objectifs fondamentaux en réaction aux idéologies totalitaires de la première moitié du XXe siècle, ainsi qu’à leurs corollaires d’intolérance, de division, d’exclusion, de haine et de discriminations. Les valeurs défendues par le Conseil de l’Europe s’articulent autour de la démocratie, du respect des droits de l’Homme et de l’importance d’un Etat de droit. Elles s’inscrivent dans une perspective préventive post Holocauste qui vise la construction d’une société européenne s’efforçant d’apprendre à vivre dans le respect de l’égale dignité de chacun grâce, entre autres, au dialogue interculturel.

La Convention culturelle européenne de 1954 souligne la nécessité d’étudier l’histoire de chacun des Etats membres pour améliorer la compréhension mutuelle.

L’histoire de l’Holocauste est un héritage européen, a des racines communes aux différentes nations d’Europe. Il existe une responsabilité européenne qu’il convient d’assumer ensemble par la transmission de cette mémoire. La portée de cet événement sans précédent est universelle.

La Recommandation Rec CM (2001)15 sur « l’enseignement de l’histoire de l’Europe au 21e siècle », adoptée par le Comité des Ministres le 31 octobre 2001, lors de la 771e réunion des Délégués des Ministres définit dans son annexe au paragraphe 6 le cadre d’actions du Conseil de l’Europe.

Le concept et les objectifs

Autour d’une « Journée de la mémoire de l’Holocauste et de prévention des crimes contre l’humanité », il s'agit de développer et ancrer en Europe l’enseignement de l’Holocauste :

  • La dimension préventive : Le Conseil de l’Europe a été la première organisation internationale à considérer la transmission de la mémoire de l’Holocauste (par l’étude de ses mécanismes) comme le fondement sine qua non de toute prévention des crimes contre l’Humanité. L’Holocauste est considéré comme un événement sans précédent, en matière de violation des droits de l’Homme. Il a donné naissance sur le plan du droit international au concept de « Crime contre l’humanité ». Pour cette raison, la prévention des crimes contre l’Humanité implique la connaissance de cet événement majeur du XXe.
    La dimension préventive de la « Journée de la Mémoire de l’Holocauste et de prévention des crimes contre l’Humanité » est inscrite dès la première phrase de ses objectifs: « Il convient de prendre toutes les mesures éducatives pour prévenir la négation ou la répétition des événements dévastateurs ayant marqué ce siècle à savoir l’Holocauste, les génocides et autres crimes contre l’humanité, les épurations ethniques, les violations massives des droits de l’Homme et des valeurs fondamentales auxquelles le Conseil de l’Europe est particulièrement attaché ».
  • La dimension pédagogique et éducative
  • La dimension nationale et régionale : chaque Etat peut choisir une date en relation avec son histoire nationale. Les enseignants abordent alors l’enseignement de la mémoire de l’Holocauste en sensibilisant les élèves à la thématique à travers leur propre histoire (et celle de leurs parents et grands-parents) régionale et nationale.
  • La dimension interdisciplinaire inhérente à l’approche de prévention des crimes contre l’humanité : histoire mais aussi littérature, biologie, philosophie, musique, arts, éducation civique, langues, sport, psychologie…
  • La prise en considération de toutes les victimes : les victimes juives de l’Holocauste ainsi que toutes les autres catégories du régime nazi.

La nouvelle dynamique du programme

En raison du contexte historique de la création du Conseil de l’Europe, la transmission de la mémoire de l’Holocauste ne se limite pas au domaine strict de l’éducation mais touche directement ou indirectement un grand nombre d’actions, d’activités ou de programmes du Conseil de l’Europe, en lien avec les valeurs initiales fondamentales. Le nouveau programme transversal sur la thématique, tout en approfondissant les activités menées jusqu’alors dans le domaine de l’Education développe depuis 2011 ses activités dans les secteurs de la Culture, du Patrimoine et de la Jeunesse.

Evolution aux niveaux thématiques et didactiques

La transversalisation du programme élargit les domaines à travers lesquels sera transmise la mémoire de l’Holocauste. Ses objectifs visent à :

  • Approfondir l’enseignement de l’Holocauste en l’adaptant à tous les différents niveaux : des classes primaire à l’enseignement supérieur
  • Mettre en place des critères d’évaluation pour l’ensemble des Européens afin d’établir une échelle de connaissances minimales sur la thématique et vérifier qu’elles soient acquises à la fin de la scolarité obligatoire
  • Améliorer la transmission de l’Holocauste en dehors des murs de l’école
  • Elaborer une information de base pour tout citoyen européen (via des supports adaptés aux différentes générations : nouvelles technologies et approches classiques media)
  • Développer la prise de conscience de l’importance des cultures et des patrimoines humain, spirituel et matériel détruits par l’Holocauste.
  • Découvrir les mémoires vivantes de l’Holocauste : quelles sont les conséquences de l’Holocauste dans les différentes composantes de la société depuis 1945 (linguistique, sciences, médecine, communication, arts, droit international).
  • Utiliser l’approche transversale pour ouvrir de nouvelles perspectives dans la compréhension de l’Holocauste et de ses mécanismes, lutter contre sa banalisation et ainsi aider à prévenir les crimes contre l’Humanité
  • Enrichir et diversifier les méthodes didactiques (utilisation des films de fiction, témoignages de survivants, visites de lieux authentiques de mémoire) en utilisant les arts (musique, littérature, théâtre) qui offrent des vecteurs attrayants de transfert de savoir et de savoir-être au monde.

Au niveau des groupes cibles

Alors que « la journée de la Mémoire de l’Holocauste » concernait essentiellement les enseignants et formateurs du secondaire et à travers eux leurs élèves, le programme transversal intéressera désormais également d’autres groupes cibles :

  • Education : enseignement primaire (professeurs des écoles, éducateurs) et supérieur (professeurs d’université et étudiants post grade)
  • Jeunesse : mouvements de jeunesse et associations de jeunes ; leaders européens de la jeunesse
  • Culture : acteurs et administrateurs culturels, réseau d’intellectuels et d’universitaires, artistes et spectateurs
  • Patrimoine : guides touristiques, médiateurs culturels de musées et mémoriaux
  • Media traditionnels et nouvelles technologies de l’information