Culture, patrimoine et diversité

 

Reggio Emilia propose une réforme législative

 

En septembre 2010, la commune italienne de Reggio Emilia a lancé une campagne nationale pour la citoyenneté des migrants. La ville s'est engagée à promouvoir l'accès à la citoyenneté pour les mineurs et les jeunes, ainsi que les questions d'égalité et de dialogue interculturel dans d'autres villes italiennes.

 

M. Graziano Delrio, maire de Reggio Emilia, a récemment énoncé en ces termes le problème auquel sont confrontés les mineurs : "Les enfants et les mineurs des familles d'origine étrangère, qui vivent et grandissent dans la ville, sont confrontés à trop de difficultés administratives pour l’obtention de la citoyenneté italienne".

 

Les chiffres sont alarmants. Selon les statistiques officielles, 857.000 mineurs nés en Italie de parents étrangers attendent toujours d'obtenir la citoyenneté. La campagne s'adresse à eux. Elle vise également à introduire une réforme du cadre juridique. D'une manière plus générale, elle touche à la notion même de nationalité. Cette campagne a également pour objectif de promouvoir les droits des citoyens étrangers en leur permettant de voter aux élections locales. Cet article présente les objectifs de la campagne, et essaiera de démontrer qu'ils sont réalisables en donnant des exemples de réussite.

 

Le besoin urgent d'aboutir à une réforme du système juridique est à l’origine de l’aggravation du problème dont il est question ci-dessus. A l’instar de nombreux autres pays européens, la loi italienne en matière de naturalisation est basée sur le "droit du sang".

 

Cette loi a des limites pratiques. Par exemple, les étrangers nés en Italie de parents italiens ne peuvent demander la citoyenneté que lorsqu'ils sont légalement considérés comme adultes. Toutefois, cette demande doit être introduite avant d’avoir 19 ans. Si la demande n’est pas introduite en temps voulu, la personne perd son droit de citoyenneté et doit demander un permis de séjour, régi par les lois sur l'immigration.

 

La campagne propose de modifier le cadre législatif et d'appliquer le "droit du sol", ce qui équivaut en substance à remettre en question les fondements mêmes sur lesquels est bâti le concept de nation. L'idée de base est la suivante : les facteurs qui font de l’individu un "citoyen" ne sont point génétiques, mais plutôt liés au lieu de naissance. Plus précisément, elle soutient que l'idée de nation et de nationalité devrait être mise à jour en mettant plutôt l’accent sur des éléments tels que le sentiment d'appartenance à une communauté au sein de laquelle les individus partagent études, travail et vie quotidienne.

 

Le projet de réforme du cadre juridique comprend également une disposition spéciale permettant aux résidents étrangers de voter aux élections locales. Selon cette proposition, un résident étranger obtiendrait le droit de vote après cinq ans de résidence en Italie.

 

Un témoignage vivant montrant que la naturalisation basée sur le "droit du sang" est obsolète et doit être changée conformément au principe du "droit du sol" est donné par une famille du Burkina Faso, installée à Reggio Emilia dans les années 90. Farida, 16 ans, est un espoir féminin de volley-ball. Née en Italie, elle vient d'obtenir la nationalité italienne après une attente de trois ans. Voici ce qu’elle dit : "Le rêve de tout joueur est de représenter l'équipe nationale de son pays. A présent, je peux réaliser mon rêve". En d'autres termes, tout comme le suggère le "droit du sol", être citoyen d'un pays signifie "partager sa vie avec les autres". Dans son cas, avec des collègues qui jouent au volley-ball. Farida est aussi étudiante au lycée Matilde di Canossa. Ici, elle partage sa vie d'étudiante avec d'autres élèves.

 

Ses parents jouent un rôle important dans la communauté locale. Almita, sa mère, est bénévole à la Croix-Rouge et membre du réfectoire de Caritas, organisation catholique qui fournit, entre autres, des repas aux personnes ne pouvant s'en offrir elles-mêmes. Le père de la jeune fille a fondé l'Association des citoyens du Burkina Faso. Seni explique fièrement : "Nous étions 75 au début. Maintenant 200 personnes sont inscrites comme membres...". Non seulement ses parents font preuve d’un sentiment d'appartenance mais prennent profondément soin de leurs concitoyens. Enfin, les parents de Farida travaillent à l'aciérie locale. Conformément au principe du "droit du sol", ils partagent leur vie privée et professionnelle avec la communauté locale.

 

La campagne pour la réforme du système légal vient de débuter. La municipalité de Reggio Emilia fournit jusqu’à 30 certificats par mois. Un maire dynamique, une ville membre actif du réseau "Cités interculturelles" et des citoyens plein d'énergie assureront la future réussite de la campagne initiée par Reggio. Enfin, voici une citation émouvante de Seni, véritable citoyen de Reggio Emilia : "Ici, nous avons les meilleures conditions pour ma famille. J'ai réalisé le rêve que j’avais quand j'ai quitté le Burkina en 1988, en entreprenant un voyage que personne n’entame sauf s'il est poussé par un réel besoin et une forte motivation".

 

par Damiano Razzoli