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Qu'est-ce que le sentiment d'insécurité dans une société en train de se globaliser: un phénomène lié à la transition, l'indice d'un risque structurel pour la cohésion sociale ou les deux à la fois?
Y a-t-il de la confusion entre les causes véritables et apparentes de l'insécurité? Comment se produit-elle et comment la surmonter?
Quelles nouvelles perspectives faudra-t-il mettre en place pour assurer la sécurité tout en développant la cohésion sociale?

Se poser les bonnes questions
Pourquoi une société relativement sûre comme la nôtre est-elle quand même traversée d'un fort sentiment d'insécurité collective? Quels sont les caractères spécifiques du sentiment d'insécurité actuellement ressentis en Europe?



Quelles en sont les véritables causes et quelles en sont les fausses perceptions ou les phénomènes dérivés?

Quelles solutions sont à la hauteur de la réelle complexité du problème et lesquelles se basent en revanche sur des analyses superficielles voire même incorrectes finissant par approfondir le sentiment d'insécurité? D'où proviennent ces distorsions de la réalité? (cf. Session II, portant sur le rapport entre médias et insécurité)


Élaborer une analyse du phénomène qui explique et corrige les fausses perceptions
S'il est correct d'identifier la source de l'insécurité dans la profonde transformation de notre société et dans le phénomène de mondialisation qui s'y rattache, il est également évident qu'à côté des dangers et des défis qui guettent nos vies (chômage, flexibilité du travail, dérégulation et privatisations des services, croissance des inégalités entre les pays et dans les pays-mêmes, nouvelle pauvreté, conflits interculturels), il existe une source subjective d'insécurité due au manque d'instruments pour faire face à ces nouvelles situations.

D'où provient cette difficulté à transformer les enjeux privés dans un projet collectif de société? Et quelles conséquences a-t-elle en terme de cohésion sociale, de stratégies publiques et d'approche à la diversité? Si ce vide n'est pas rempli, arriverons-nous au paradoxe d'une société qui fonde sa cohésion sur la peur plutôt que sur la solidarité?


Aboutir à une solution complexe
Étant donné cette analyse et les risques d'une solution faussée du problème, quel changement de perspective sera-t-il nécessaire d'introduire pour que les transformations globales en cours prennent une direction compatible avec l'incontournable besoin de cohésion et de sécurité de toute société?

Quelles formes de participation faudra-t-il développer et quelles ressources existent déjà pour opérer ce changement ?
     
Session II : Informer ou effrayer? L'impact des médias sur le sentiment d'insécurité collective   Le système global des médias pourrait-il devenir en tant que tel un facteur d'insécurité pour une société démocratique?
Comment et pourquoi les médias ont-ils tendance à effrayer le public au lieu de l'informer, produisant de fausses perceptions de l'insécurité plutôt qu'une connaissance de ses causes réelles ?
À quelles conditions les médias pourraient-ils devenir, en revanche, un facteur-clé de la cohésion sociale future?
 
Analyser les implications mutuelles entre médias et mondialisation et en détecter les conséquences multiples
Même si la mondialisation fait l'objet de jugements les plus divers, la nouvelle perception du temps et de l'espace qu'elle engendre est généralement reconnue comme étant un de ses éléments constitutifs. En effet la durée nécessaire à franchir certaines distances a réduit d'une façon remarquable en raison du développement des médias à l'échelle mondiale. Le monde est devenu sous plusieurs aspects plus petit et surtout plus intégré, de telle sorte que certains événements locaux peuvent avoir des effets globaux instantanés.

De plus, le système socio-économique qui dérive de ce processus semble avoir changé à son tour le contexte habituel où les médias agissent: qu'ils soient traditionnels ou de nouvelle génération, ils s'enracinent aujourd'hui de plus en plus dans une société de la connaissance qui fait du partage et de l'échange d'informations une de ses activités-clé. Ce qui entraîne en même temps opportunités et risques nouveaux à considérer.


S'interroger sur le potentiel d'insécurité que les médias en tant que tels introduisent dans une société démocratique


Si l'on cherche à comprendre et à gérer l'insécurité actuelle dans le cadre de ces transformations, il faudra tout d'abord mettre en évidence:



la façon dont les médias contribuent à créer des identités, opinions, peurs individuelles et collectives, même à travers les nouvelles technologies dont ils disposent actuellement;
le poids des intérêts stratégiques et économiques, de plus en plus entrelacés aux médias, dans la représentation et la construction de la réalité.

En particulier, dans le cas des nouvelles technologies il sera utile de se demander:

si la capacité technique accrue de récolte et d'utilisation des informations personnelles produit des effets qui ne sont pas compatibles avec les principes d'une société démocratique;
comment, dans ce contexte, le concept de privacy a évolué de la tutelle traditionnelle de la vie privée à la protection des données et dans quelle mesure les instruments législatifs s'inspirent de cette évolution;
comment mettre en avant cette idée enrichie de privacy pour qu'elle soit reconnue comme facteur de sécurité individuelle et collective et non comme un obstacle dans la mise en place, par exemple, des mesures anti-terrorisme ou de toute autre utilisation des données.

Dans le cas des médias de presse, il conviendra également de se demander:

si leur actuelle organisation (concentration, moyens de financement etc.) modifie l'accès des citoyens à une information complète et sûre, condition préalable de toute société démocratique;
si le gain des informations en quantité a oui ou non correspondu à une croissance en qualité et au développement de ressources critiques chez les destinataires (en terme de transparence, pluralisme et d'autres moyens de contrôle);
si l'absence de ces garanties ne fait pas des médias, en tant que tels, un facteur d'insécurité et, si c'est le cas
de quelles expériences disposons-nous déjà et quels nouveaux moyens faudra-t-il élaborer pour qu'une nouvelle «écologie de l'information» (I. Ramonet) sauvegarde le potentiel démocratique des médias.


Détecter la contribution des médias à la genèse de la peur quotidienne
Le pouvoir des médias dans la société contemporaine pousse naturellement à se demander quel rôle jouent-ils en particulier dans le court-circuit entre les causes profondes et les phénomènes dérivés, voire les fausses perceptions de l'insécurité, que l'on a cherché à analyser (cf. Session I).

Il s'agit donc d'envisager d'une façon plus précise:

si au vu des données sur la criminalité et les migrations, on remarque ou non l'existence d'une proportionnalité justifiable entre le sentiment d'insécurité de plus en plus ressenti et la montée effective des crimes ou des entrées de migrants en Europe;
si les chiffres de l'insécurité sont en général fiables, qui les recueille et selon quels critères;
si, en revanche, on remarque l'existence d'un lien entre certains évènements très médiatisés et la montée de l'insécurité collective;
s'il est possible d'en conclure qu'il y a un usage irresponsable des statistiques et des médias: un usage qui accroît les peurs des citoyens, qui rend plus difficile leur accès aux véritables sources d'insécurité et sème ainsi la confusion dans le débat public.


Déchiffrer les mécanismes qui renferment les médias et le public dans une logique du sensationnel et de l'effrayant


S'il est donc vraisemblable que les médias risquent d'effrayer le public au lieu de l'informer et de développer son engagement, il sera utile par rapport à nos intérêts:

de détecter les mécanismes médiatiques (sélection des thèmes, partage des points de vue, procédés rhétoriques etc.) qui produisent des représentations incorrectes de la criminalité, des migrations, des véritables sources de l'insécurité;
de chercher à expliquer le succès de ces pratiques chez le public par rapport aux inquiétudes liées à la mondialisation (besoin de l'Etat perçu en terme d'ordre public, besoin d'identité sociale reconnue vécu en terme d'appartenance nationale etc.).

Gérer les risques des médias et utiliser leur pouvoir pour développer la cohésion sociale
Une telle analyse des connexions entre mondialisation, médias et insécurité devrait constituer la condition préalable pour qu'une conscience des bonnes pratiques s'épanouisse. En principe, rien n'empêche que les nouvelles ressources de communication globale deviennent un facteur de la confiance et de la cohésion sociale future.
Pour gérer les risques que l'on vient d'évoquer, pour réglementer le pouvoir des médias et ainsi profiter des opportunités qu'ils offrent, on pourrait en particulier développer:

le contrôle exercé sur les médias par des observatoires transnationaux ou même globaux;
la transparence et le pluralisme de l'information, garantis par une offre plus vaste de presse indépendante et, en général, par une concurrence orientée vers la qualité et non vers les exigences du marché exclusivement;
la participation des groupes habituellement privés de parole ou marginalisés à la production des programmes.

Il faudrait en tout cas affirmer une culture de l'information comme bien public mondial. Ceci permettrait en effet de rappeler à tous les acteurs concernés les responsabilités impliquées par les technologies et les pratiques qu'ils autorisent ou mettent en place et de se demander en toute franchise quelle gestion économique et financière est compatible avec le projet d'une société démocratique de l'information.
     
Session III: Le droit à une vie sûre - Quels programmes et instruments législatifs pour combattre le sentiment d'insécurité?   Les instruments législatifs mis en place pour combattre l'insécurité collective prennent-ils en compte ses véritables causes?
Quels sont les risques qui découlent d'une politique trop axée sur la sécurité intérieure et sur la dimension locale de l'insécurité?
Quelles mesures publiques mises en place au niveau local ont en revanche contribué à rassurer durablement les citoyens ?
 
Analyser le rapport entre la perception de l'insécurité et le choix des moyens et des niveaux d'action publics pour y faire face
C'est une idée courante que le besoin de sécurité ait une dimension locale prioritaire, liée à l'intégrité physique des personnes que la petite criminalité, la violence urbaine, l' incivilité etc. mettraient en danger.

Pour évaluer la pertinence de cette vision, il faudrait se demander:
si la perception locale de l'insécurité considère les dimensions multiples du problème;
si la réponse sécuritaire touche à ses causes profondes.

En effet, puisque c'est la politique de mondialisation actuelle qui risque systématiquement d'augmenter l'insécurité dans notre société (dans la mesure où elle dégrade la dimension locale et décentre l'Etat-nation par rapport aux processus d'intégration économique et financière), une focalisation locale du problème sécuritaire n'échapperait pas à ladite dérégulation globale du pouvoir. Plus qu'une véritable réponse, ce genre de focalisation serait donc partie du problème. Ainsi faudrait-il analyser son efficacité et ses effets, même négatifs.


Remarquer les conséquences désirables et indésirables qui découlent des mesures de sécurité intérieure et locale mises en place
Les législations adoptées devraient être révisées, dans leurs applications, par rapport:

à la limitation ou à la protection des libertés individuelles et des droits des personnes concernées;
au gain ou à la perte de confiance (due à des abus) dans les institutions démocratiques, chargées de rapprocher Etat et citoyens;
au renfermement sur elles-mêmes des communautés (à partir de l'ethnie, de la religion ou du milieu socioculturel) ou à la construction d'une société pluraliste, tolérante et critique par rapport à elle-même;
au règlement de l'insécurité dans une dimension privée ou à l'engagement citoyen dans une société plus sûre pour tous.

En effet, toute réponse à l'insécurité par le renfermement sur soi ou chez soi entraîne, en effet, un véritable cercle vicieux. Alors que la source la plus profonde d'inquiétude est le manque d'instruments pour gérer un environnement social de plus en plus complexe, différencié et multiculturel, toute politique visant à raffermir les identités sur une base territoriale, ethnique ou culturelle et visant à augmenter le contrôle des populations ne fait qu'approfondir l'inaptitude à vivre avec la différence et finit donc par augmenter davantage l'insécurité collective. De plus, le sentiment d'insécurité ainsi augmenté peut toujours alimenter le racisme et la xénophobie et devenir objet d'exploitation politique.

C'est pourquoi le droit des citoyens à une vie sûre devrait être en accord avec l'ensemble des autres droits et autres principes d'une société démocratique. Autrement dit, les décideurs devraient aborder les politiques locales en matière de sécurité avec une vision aussi globale et approfondie que possible.


Reconnaître les initiatives publiques qui, à partir du niveau local, ont effectivement augmenté la sécurité des citoyens
Les instruments législatifs et les programmes publics présentés dans la Session III présentent tous des éléments, soit idéaux, soit stratégiques, qui s'efforcent de mettre en place une telle vision du droit à une vie sûre. Il serait donc utile de comparer ces expériences nées au cours des cinq dernières années (les CLS en 1997, la Loi de la Région Toscane en 2001, le Programme fédéral Soziale Stadt en 1999) en tenant compte en particulier:

de la profondeur du diagnostique du territoire (besoins et points sensibles, sources subjectives et objectives du sentiment d'insécurité localement ressenti etc.) sur lequel l'intervention a été axée;
des instruments mis en place pour élaborer et mettre à jour les données sur l'insécurité (usage des statistiques et des enquêtes d'opinion, observatoires etc.) et pour conduire le monitoring des mesures adoptées;
du succès effectif des partenariats entre les différents sujets concernés (politiques, sociaux et économiques) et, en général, de la coopération entre l'Etat, les pouvoirs locaux et régionaux et la société civile;
de l'équilibre envisagé entre la lutte contre la criminalité (rationalisation des forces de l'ordre) et la prévention structurelle (meilleure qualité de la vie urbaine, accès à des formes de médiation des conflits, apprentissage de la citoyenneté et toute activité permettant de renforcer la participation et le sens de la responsabilité).

Dans la perspective d'une approche des problèmes de sécurité axée sur la participation, il serait important de promouvoir davantage le débat sur les politiques d'intégration des migrants, voire sur le droit de vote local des étrangers et sur ses effets en terme de cohésion sociale. La législation néerlandaise en la matière (1985) constitue, dans ce domaine, un exemple à considérer avec intérêt justement dans la perspective d'une extension de ces pratiques à l'échelle européenne.
     
Session IV: Le droit à une vie sûre - Quelles politiques pour assurer la confiance et la cohésion sociale future?   L'Europe est-elle consciente du défi que les transformations sociales et la mondialisation représentent pour la légitimité du pouvoir et la cohésion sociale?
Les politiques mises en place jusqu'à présent s'encadrent-elles dans une perspective adéquate ou finissent-elles par augmenter davantage l'insécurité?
Dans le cadre de quelle gouvernance économique faudra-t-il réformer le w elfare system pour que l'Europe renforce son identité en tant que société capable d'équilibrer développement, participation des citoyens et cohésion sociale?
 
Evaluer les stratégies économiques qui gèrent la transformation de la société
La société du travail, autant que le Welfare State qu'elle a permis de développer, a vécu pendant les vingt dernières années une véritable transformation structurelle.

Le sentiment d'insécurité s'est épanoui dans ce contexte, par rapport:

à certains phénomènes systémiques (crise du plein emploi, crise fiscale et financière de l'Etat etc.);
à la vision prévalente avec laquelle on s'est approché des transformations (primauté du marché et de l'initiative individuelle);
aux stratégies de développement que cette perspective a souvent suggérées (flexibilité du travail, privatisations des biens et de services publics, réduction des dépenses sociales etc.).

Cette analyse (cf. Session I) conduit à se demander:

si les stratégies économiques mises en place sont les seules et, surtout, les plus adéquates aux problèmes structurels de notre société;
si de telles stratégies répondent aux nouvelles demandes sociales et sont en accord avec l'identité démocratique et le besoin de cohésion d'une société qui ne cesse de se moderniser;
comment envisager des politiques de développement durable dans le contexte de la mondialisation.


Reconnaître les risques et les possibilités que la mondialisation représente pour l'Europe
En effet, c'est l'actuelle politique de mondialisation qui reproduit désormais la dite transformation à l'échelle globale.

Mais quel espace cette politique réserve-t-elle à la participation des citoyens aux décisions? Et quel poids maintient la souveraineté des Etats, alors que les marchés globaux les encouragent à la dérégulation? Après avoir renoncé à leur contrôle monétaire (élément auparavant décisif dans leurs politiques socio-économiques) quels moyens les Etats ont-ils pour stimuler une croissance durable? Et les entreprises, comment réagissent-elles à la financiarisation en cours?

La volonté des pays européens de s'intégrer plus étroitement s'encadre désormais dans ce contexte critique. Si elle aboutit à un espace politique où il sera possible d'élaborer à nouveau des projets collectifs de société, elle aura surmonté la crise multiple des Etats-nations. Mais si ce n'est pas le cas, le manque d'identité, de solidarité et de légitimité pourra-t-il être substitué par l'union marchande ou monétaire, par des mesures de sécurité publique endurcies ou toute autre mesure visant, de façon plus ou moins ouverte, à distinguer nous' et les autres'?


Assurer les acquis sociaux dans un projet de société inspirée d'une éthique publique



Au vu de ces observations, il nous incombe la responsabilité de décider:

s'il convient de continuer à défendre les acquis sociaux sans remettre en question le contexte actuel, en risquant ainsi de ne pas toucher aux sources profondes de l'insécurité;
s'il convient d'envisager, en revanche, une gouvernance alternative qui n'entende plus (ou pas seulement) le welfare system comme réparation a posteriori des dommages du système économique mais comme organisation du travail orientée a priori à la production de bénéfices sociaux.

Dans le cas où ce projet obtiendrait un vaste consensus, il faudra s'engager:

à ce que les Etats, impliqués dans la mondialisation, partagent leurs compétences avec la société des citoyens et pas seulement avec les marchés;
à ce que, à son tour, cette société règle démocratiquement les actions des Etats et des marchés à partir de leurs effets sociaux, voire selon une éthique publique renouvelée.


Conjuguer travail et citoyenneté dans une société qui n'atteint plus le plein emploi
On accorde généralement au plein emploi un rôle prioritaire pour assurer la cohésion et le bien-être social, mais sa réalisation en Europe est de plus en plus problématique. Alors que les citoyens modernes sont avant tout des citoyens-travailleurs (U. Beck), une société démocratique devrait s'interroger profondément sur cette donnée, pour savoir si elle est due:

à la nature spécifique du chômage dans la société post-industrielle;
au manque d'un plan en adéquation avec les nouvelles formes de la consommation, voire les nouvelles demandes sociales;
au manque de cohérence entre la stratégie de l'emploi, les politiques sociales et le cadre macro-économique.

Au vu de ces analyses, on pourra mieux juger:
la contribution à l'employabilité et à la qualité du travail des politiques actuelles, en particulier de celles trop axées sur la rigidité de l'offre d'emploi (flexibilité, réduction des coûts d'entreprise etc.);
  les conditions nécessaires à mettre en place une organisation alternative du travail qui ait des effets sociaux positifs (voire le modèle d'une entreprise solidaire ) mais soit aussi praticable dans le contexte mondial.

En effet, si la mondialisation tend à produire une asymétrie entre le capital (mobile et global), la force-travail et les institutions publiques (plus statiques et locales), il faudra assurer à nouveau:
la contribution du dialogue social au développement durable, à l'échelle nationale et européenne;
la fonction des Etats et leur coopération stratégique dans les domaines de l'emploi, de la consommation (revenus et inflation) et des services (éducation, santé, protection etc.);
la capacité de la société (organisations de consommateurs, associations à but social, entreprises d'utilité écologique et sociale, etc.) à structurer ses expériences au niveau européen et à coopérer avec les acteurs traditionnels du dialogue social.


Assurer un plein exercice de citoyenneté au-delà de l'état d'activité
Dès la fin de la guerre, il a été développé en Europe un système de protection sociale pour garantir des conditions de vie digne à toute personne sans ressources: on était conscient qu'une société démocratique ne pouvait pas tolérer qu'une partie de la population soit exclue de facto de la citoyenneté.

L'évolution du monde du travail et de la structure familiale, unie aux tendances démographiques actuelles, semble mettre en crise la viabilité financière et la pertinence de ce système. Alors qu'il s'agit d'un des piliers de la cohésion de notre société, il faudra vérifier que toute réforme:

soit inspirée du principe de l'universalité, pour assurer à tous une qualité de vie adéquate tout au long de la vie (ce qui implique la prise en charge des nouvelles formes d'emploi et d'exclusion de l'emploi);
mette en place des critères équitables dans le partage des coûts et des bénéfices;
développe davantage si nécessaire les piliers non-publics de protection, tout en gardant la solidarité entre les générations;
soit le fruit d'un consensus avec les concernés, à vérifier régulièrement et éventuellement à réviser.

Pour qu'une réorganisation durable de tout le système économique soit possible:
les prestations sociales dans les autres domaines (aides au chômage, maladie et soins de santé, logement et prestations familiales, exclusion sociale, handicap etc.) doivent être modernisées selon les mêmes principes;
les politiques sociales doivent faire l'objet d'une coopération européenne plus étroite (pour augmenter l'autonomie, favoriser la mobilité volontaire, endiguer le dumping etc.).


Financer le développement durable pour développer la cohésion sociale
Si l'on souhaite effectivement assurer les acquis sociaux avec une politique de développement durable tel que l'on vient d'ébaucher, il faudra bien trouver les ressources nécessaires. Dans cette perspective, il sera nécessaire de se demander:

dans quelle mesure le cadre macro-économique actuel est cohérent, voire facilite ou fait obstacle au dit-projet;
si, en particulier, les politiques actuelles en matière d'inflation et de taux d'intérêt, malgré les bénéfices produits en terme de santé des bilans, ne risquent pas d'accentuer l'insécurité (avec influences négatives sur les politiques salariales, sur la distribution du surplus social, sur le budget des Etats en matière de welfare etc.);
à quelles conditions on pourrait envisager une réforme de ce cadre pour qu'il finance les extensions des droits requis à un développement durable, en tenant compte des inégalités entre les pays et dans les pays-mêmes.

Quand on se pose ce genre de problèmes, on est confronté à des phénomènes mondiaux, tels que la libre circulation des capitaux et toute politique monétaire postérieure à la fin du système des taux de change fixe. Il faudrait quand même expérimenter des formes alternatives:
de gouvernance de la monnaie (axée vers une transparence et un dialogue avec les acteurs sociaux);
de politiques fiscales et des dépenses publiques (axées vers des investissements dans le domaine social ou de l'emploi);
de financement des entreprises qui produisent des biens publics (finance éthique, micro-crédit etc.).