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Ivano Spano : « Cessons de croire que les autres doivent être comme nous »

Le forum interculturel de Troina a étudié et illustré concrètement les processus qui permettent de remplacer les affrontements entre les cultures par un dialogue respectueux, estime le psychanalyste italien Ivano Spano à l’issue de cette rencontre.

Interview (17.11.2004)

Question : Le forum de Troina a présenté de nombreuses initiatives et actions destinées à promouvoir le dialogue interculturel, en Europe et dans le monde. A l’heure où il s’achève, en ressortez-vous plutôt rassuré ou plutôt inquiet pour l’avenir de ce dialogue ?

Ivano Spano : A travers ses ateliers et ses interventions, le Forum a montré quel rôle pouvait jouer la culture pour restaurer le dialogue et la cohésion sociale. Nous y avons vu de nombreux projets de jeunes issus de groupes et de cultures différentes, mais unis par des objectifs similaires, comme l’engagement pour la paix, la lutte contre l’exclusion, la musique ou les arts. Ces exemples rappellent que le respect de l’identité de chacun ne menace pas pour autant l’existence des autres : le Forum démontre ainsi qu’une « culture de l’altérité » peut unir les Européens. Mais cette culture est le résultat d’un processus à la fois social et individuel. Le respect de l’altérité permet aussi de lutter contre tous les fondamentalismes, y compris celui qui consiste à vouloir que l’autre soit pareil à nous.

Question : Comment faire pour que ce qui « fonctionne », dans un forum comme celui-ci puisse devenir une réalité dans toute l’Europe ?

Ivano Spano : Les groupes d’artistes et les associations culturelles fonctionnent avant tout au niveau local, et cette autogestion me semble plus efficace que les activités imposées par des institutions centralisées. La vitalité des actions culturelles locales permet de lutter contre le repli sur soi et les communautarismes. Grâce à la variété de ses cultures, l’Europe peut devenir la métaphore d’une société mondiale ouverte à tous les points de vue. Les structures de l’Europe, fédérales et non pas centralisées, sont d’ailleurs bien adaptées pour concrétiser le dialogue interculturel, sur son sol comme dans le reste du monde.

Question : Vous animez vous-même un projet interculturel à Troina, construit autour d’un hôpital : quelles sont les enseignements que vous avez tirés de cette expérience ?

Ivano Spano : L’association « Oasi » ( Oasis) réunit un hôpital accueillant des personnes en difficulté ou souffrant de troubles mentaux, un centre de formation aux métier agricoles et forestiers et une maison d’édition. Nous fonctionnons en autogestion, et notre travail local illustre aussi le rôle de la culture et de l’éducation pour venir en aide aux personnes défavorisées. De plus, « Oasi » est ouverte sur le monde, et gère des projets identiques dans des villages en Afrique et au Brésil.