Enseignement de l'histoire

    DGIV/EDU/HISTDIM (2006) 07rev2


    Strasbourg, 9 septembre 2008

    Projet

    « L’image de l’autre dans l’enseignement de l’histoire »

    Direction Générale IV
    Direction de l’Education scolaire, extrascolaire et de l’Enseignement supérieur

    Projet « L’image de l’autre dans l’enseignement de l’histoire »

      1. Contexte du projet

    Si l’histoire et l’enseignement de l’histoire ont toujours été au cœur des travaux du Conseil de l’Europe sur l’éducation depuis ses origines -ils figurent en particulier dans la Convention culturelle européenne de 1954- le contexte politique actuel (mondialisation, mouvements migratoires, développement des technologies de l’information, dialogues et tensions culturels ou religieux…) en a encore renforcé l’importance et la signification.

    Le Plan d’Action adopté lors du troisième Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement des états membres du Conseil de l’Europe (Varsovie 16 – 17 mai 2005) souligne notamment que :
    « Le Conseil de l’Europe renforcera toutes les possibilités de formation des éducateurs dans le domaine de l’éducation à la citoyenneté démocratique, des droits de l’homme, de l’histoire et de l’éducation interculturelle » (III.3).
    et que
    « convaincu que le dialogue entre les cultures se nourrit aussi d’une compréhension exacte de l’histoire, nous apportons notre soutien aux travaux du Conseil de l’Europe en matière d’enseignement de l’histoire, ainsi qu’aux projets qui s’y rapportent, et nous décidons d’intensifier nos efforts dans ce sens. Nous encourageons la société civile à prendre une part plus active à cette tâche » (III.6).

    En outre, la Déclaration sur la stratégie du Conseil de l’Europe pour les développements du dialogue interculturel adoptée lors de la conférence de clôture du 50ème anniversaire de la convention culturelle européenne (Faro, octobre 2005) souligne notamment la nécessité du développement de la connaissance de l’histoire des cultures, des arts et des religions et la mise en valeur d’éléments illustrant les influences historiques et contemporaines entre cultures et civilisations ainsi que les phénomènes de métissage culturel et préconise le lancement par le Conseil de l’Europe d’un « Livre Blanc sur les politiques intégrées pour la gestion de la diversité culturelle à travers le dialogue interculturel et la prévention des conflits ».

    Le projet « L’image de l’autre dans l’enseignement de l’histoire » s’inscrit donc dans cet effort de globalité et de cohérence de l’ensemble des travaux menés par l’organisation dans le cadre du dialogue interculturel.

    Le caractère de plus en plus multiculturel des sociétés européennes donne à l’enseignement de l’histoire une signification nouvelle en même temps qu’elle suppose une réflexion profonde sur ses objectifs et ses méthodes, en particulier sur les modalités du développement de la multiperspectivité.

    En se référant également à la Recommandation Rec.(2001)15 du Comité des Ministres aux Etats membres relative à l’enseignement de l’histoire en Europe au 21ème siècle, les objectifs du projet «  L’image de l’autre dans l’enseignement de l’histoire » sont les suivants :

      i. promouvoir par des mesures de politiques éducatives et des propositions de stratégies et de méthodes, l’enseignement et l’apprentissage de l’histoire adaptés au caractère de plus en plus diversifié des sociétés européennes au plan culturel et religieux ;

      ii. contribuer à la réconciliation, la reconnaissance, la compréhension et la confiance mutuelle entre les cultures et les conceptions et au dépassement des stéréotypes et des préjugés en promouvant les valeurs de tolérance, d’ouverture à et de respect de l’autre, de Droits de l’Homme et de démocratie.

      A ces fins le Projet visera :

      i. à élaborer des propositions d’orientations générales concernant l’évolution de l’enseignement de l’histoire en vue de l’insérer dans l’effort global de dialogue interculturel et interreligieux entrepris au sein du Conseil de l’Europe ;

      ii. à mettre à la disposition des gouvernements mais aussi des autres partenaires concernés y compris de la société civile, des propositions de stratégies, de méthodes ou d’instruments permettant de traduire ces orientations générales en actions concrètes dans le cadre de l’enseignement tant dans la salle de classe proprement dite que dans le cadre de l’éducation extrascolaire liée à l’apprentissage de l’histoire.

      iii. à faire, sur la base des points précédents, des propositions quant à la formation des enseignants d’histoire ou des autres acteurs intervenant dans l’apprentissage de l’histoire.

      2. Résultats du Projet

    Les résultats recherchés seront :

    · la préparation d’une proposition de Recommandation du Comité des Ministres sur l’image de l’autre dans l’enseignement et l’apprentissage de l’histoire dans une société multiculturelle ;

    · la publication d’un ouvrage de synthèse sur les thèmes et les axes de travail retenus (voir ci-dessous) ;

    · l’élaboration d’un manuel pour enseignants et autres intervenants sur l’image de l’autre dans l’enseignement de l’histoire dans une société multiculturelle ;

    · la création d’un site Web d’exemples de pratiques innovatrices ;

    · la création d’un réseau d’instances de formation d’enseignants d’histoire et de centres de ressources.

      3. Thématique et axes de travail

    Trois axes de travail ont été définis :

    i. « Images plurielles, destins convergents ?: apprendre l’histoire dans une société multiculturelle » ,
    ii. « l’image de l’autre et l’image de soi dans le contexte de la mondialisation », iii. « l’image de l’autre dans les situations conflictuelles : apprendre les histoires pour reconstruire la confiance ».

      i. Images plurielles, destins convergents ?: apprendre l’histoire dans une société multiculturelle 

      La diversité culturelle n’est pas un fait nouveau des sociétés européennes. Néanmoins, l’évolution des structures sociales d’une part et, d’autre part, la sensibilité accrue au respect des différences ont profondément modifié le contexte et la perception des différences culturelles, religieuses, linguistiques ou sociologiques.

      Ce contexte nouveau constitue un défi pour l’apprentissage de l’histoire. Il s’agit en effet de traduire la multiperspectivité et le pluralisme des perceptions historiques et des mémoires au sein d’une société donnée dans la pratique de l’enseignement de l’histoire tout en évitant une polarisation excessive sur les facteurs de différence ou de spécificité.

      Dans le cas de sociétés multiculturelles et démocratiques, l’enseignement de l’histoire pourrait ainsi contribuer à montrer que la volonté librement consentie de bâtir un destin commun ne s’oppose pas mais suppose au contraire que l’histoire des différentes composantes soient prise en compte, respectée et connue de tous.

      Il existe évidement de nombreux éléments susceptibles de définir des différences ou des perceptions et dès lors des discriminations. Dans le contexte actuel deux facteurs pourraient être particulièrement pris en compte :

        · Enseignement de l’histoire et images liées aux différentes religions ou visions du monde ;

        Tant le Plan d’Action de Varsovie que la Déclaration de Faro ou encore la récente Recommandation de l’Assemblée Parlementaire sur « Education et Religion » (Recommandation 1720 (2005)) ont soulignés la nécessité du « …dialogue interculturel et interreligieux sur la base des droits humains universels, comme moyen de promouvoir la prise de conscience, la compréhension, la réconciliation et la tolérance, de prévenir les conflits et d’assurer l’intégration et la cohésion de la société » (Plan d’Action para III.6).

        L’approche historique de ces images, insistant notamment sur les influences réciproques positives, est une dimension essentielle d’une bonne compréhension des situations contemporaines.

        Une attention particulière – mais non exclusive - sera portée à l’histoire des interactions et à leurs conséquences contemporaines entre les différentes cultures et traditions religieuses européennes et le monde islamique.

        · Le pluralisme des origines et des mémoires ;

        La diversité des origines –européennes ou extra européennes- ainsi que la pluralité des mémoires des groupes sociaux constituant la diversité culturelle des sociétés européennes dépasse la dimension religieuse (sans nécessairement l’exclure) et se fonde sur des facteurs divers – origine géographiques ou ethniques, évènements particuliers de l’histoire propre à un groupe social ; modes de vie.

        Il s’agira tout particulièrement de définir les moyens de réconcilier dans la pratique de l’enseignement, l’histoire commune ou supposée telle et les histoires propres aux groupes sociaux qui constituent la société multiculturelle.

        Actions

      ii. L’image de l’autre et l’image de soi dans le contexte de la mondialisation

      La mondialisation en accélérant la circulation des biens, des services et des personnes mais aussi de l’information et des données a multiplié les niveaux susceptibles de générer des images réciproques ; de l’image de l’autre dans la communauté locale à l’image de l’autre au plan national continental ou mondial.

      De plus la mondialisation et le développement des technologies de l’information induisent une évolution beaucoup plus rapide de ces images. En effet, si les perceptions réciproques n’ont jamais été statiques, elles évoluent aujourd’hui à un rythme beaucoup plus soutenu que dans le passé.

      Les travaux entrepris dans le cadre de cet axe porteront sur les implications pour l’enseignement de l’histoire de deux thèmes :

        · les transformations récentes de l’image que les européens ont d’eux-mêmes en particulier depuis la fin de la guerre froide et la réouverture de l’Europe à elle-même ;
        · les images réciproques de l’Europe et d’autres parties du monde ;

          Les travaux entrepris s’inscriront dans le cadre du « …nouveau dialogue entre l’Europe et ses régions voisines- la rive sud de la Méditerranée, le moyen Orient et l’Asie centrale » dont le renforcement figure dans le Plan d’Action de Varsovie (para III.6) et repris dans la Déclaration de Faro.

        Actions :

      iii. L’image de l’autre dans les situations conflictuelles : apprendre les histoires pour reconstruire la confiance

      L’image de l’autre dans les situations conflictuelles ou post-conflictuelles occupe une place centrale dans les processus de réconciliation et l’établissement de relations de confiance mutuelle.

      A cet égard, le Conseil de l’Europe, en particulier dans le cadre de la coopération bilatérale ou régionale récente, a d’ores et déjà un acquis substantiel. L’on se rappellera aussi que l’analyse des livres scolaires d’histoire afin d’y éviter les stéréotypes a constitué dès 1950, la première action de coopération européenne dans l’éducation dans le cadre du Conseil de l’Europe !

      Il s’agira quant à cet axe du projet de consolider les conclusions des activités récentes par l’analyse d’exemples plus anciens de processus de réconciliation ayant impliqué le développement de nouvelles perceptions de l’histoire des parties impliquées dans le conflit. Une attention particulière sera donnée aux enseignements de ces expériences quant au rôle que l’enseignement de l’histoire pourrait jouer dans la prévention des crimes contre l’humanité.

        Actions :

            · préparation d’une synthèse des acquis des travaux du Conseil de l’Europe dans ce domaine - 2007
            · mars 2008 - séminaire préparatoire
            « L’image de l’autre dans les situations conflictuelles ou post conflictuelles »

          · novembre/décembre 2009 symposium « L’image de l’autre dans les situations conflictuelles ou post conflictuelles »
           

            · élaboration de matériel pédagogique

      4. Méthode et structure de gestion du projet

        · Constitution d’un groupe de projet

      Un groupe de projet composé de 11 experts a été mis en place.

      Il est composé d’un membre du CD-ED, d’ historiens ayant une expérience particulière dans ce domaine, de formateurs d’enseignants d’histoire et de disciplines connexes, de représentants d’instances extrascolaires (musées, centres de ressources, medias…), d’un représentant d’une administration nationale ayant compétence sur ces questions et de représentants des deux grandes OING européennes concernées directement (Euroclio et Association européenne des enseignants-AEDE).

      D’autres partenaires (autres secteurs de l’organisation, organisations internationales et organisations non gouvernementales internationales) seront invités à être représentés aux réunions où seront abordés des questions les concernant.

        · Approche pragmatique

      Dans chacun des axes proposés ci-dessus, CD-ED a proposé d’aborder les questions posées à partir d’expériences innovatrices ou d’exemples de bonne pratique. Ces expériences ou innovations ne seraient pas cantonnées au matériel didactique traditionnel à usage exclusif dans la salle de classe mais aussi à l’ensemble des activités, projets ou initiatives diverses, éventuellement extrascolaires, participant à l’apprentissage de l’histoire.

        · Transversalité

      Ainsi qu’indiqué plus haut, ce Projet s’inscrit dans la démarche globale de l’Organisation concernant le Dialogue interculturel, cette intégration n’en fait pas seulement une pièce rapportée mais suppose que l’ensemble des actions entreprises le soit en relation étroite, chaque fois que cela sera relevant, avec les activités entreprises dans les secteurs de l’éducation à la citoyenneté, de la culture et du patrimoine, de la jeunesse, de la cohésion sociale et des droits de l’homme.

        · Diffusion

      La mise sur pied, initiée dès le démarrage du Projet, d’un réseau d’instances de formation d’enseignants d’histoire, permettrait d’abord de disposer d’un instrument susceptible de préciser concrètement la demande en ce qui concerne en particulier les produits pédagogiques et dans un deuxième temps de constituer progressivement un réseau professionnel de diffusion de ces produits.

        · Evaluation

      Outre les procédures internes d’évaluation, le Comité Directeur de l’Education sera en mesure de procéder à chacune de ses réunions à une évaluation en profondeur sur le fond sur la base d’un rapport d’activités détaillé.

      ANNEXE

    PROJET DE PLANIFICATION

    2006
    19-20 juin - Consultation informelle d’experts

    9-10 octobre - Séminaire d’experts

    2007
    4-5 avril - 1ère réunion du Groupe de Projet

    18-19 juin - séminaire d’experts

    20 juin - réunion préparatoire du symposium

    29-30 octobre - Symposium

    2008
    janvier - 2e réunion du Groupe de Projet

      mars - séminaire d’experts

            « L’enseignement de l’histoire en Europe : l’image de l’autre dans le contexte de la globalisation »

      septembre - Première réunion des centres et autres instances de formation de professeurs d’histoire

    octobre - séminaire d’experts (avec l’ALECSO)

    2009
    février - 3ème réunion du Groupe de Projet

    2010
    Janvier - Lancement du nouveau projet

      mai/juin - Conférence finale du projet
      « L’image de l’autre dans l’enseignement de l’histoire »


1 Les recommandations élaborées dans chacun des axes de travail formeront la base du projet de Recommandation du Comité des Ministres mentionnée au point 3 ci-dessus.