Conférence des Ministres européens responsables des Affaires culturelles - 20 - 22 octobre 2003 - Opatija, Croatie 

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Estelle Morris: Aucune communauté ne doit se sentir négligée.

Pour Estelle Morris, ministre britannique de la Culture, construire l’Europe signifie trouver un langage commun et faire en sorte qu’aucune communauté ne se sente négligée. Les minorités ethniques doivent être libres de pratiquer leur culture, elles doivent avoir le sentiment d’avoir leur place dans la société et d’y être représentées, souligne-t-elle dans une interview donnée lors de la Conférence des ministres européens de la Culture en Croatie.

Interview

Question: Comment utiliser la culture pour relever les défis de la diversité culturelle au Royaume-Uni?

E. Morris: Au Royaume-Uni, les diverses communautés peuvent exprimer et transmettre leurs traditions culturelles et célébrer leurs origines de bien des manières. Ce que nous souhaitons, c’est que chaque élément de la société puisse jouir de sa culture et que l’expression de cette culture soit partagée par tous. Il importe aussi que la deuxième ou troisième génération de ces communautés ethniques minoritaires soit fière de sa culture – c’est un moyen de raconter l’histoire et de faire en sorte qu’elle ne soit pas oubliée. Il importe aussi de faire une place aux traditions autochtones – comme la danse morris – qui fait partie de la culture britannique mais qui n’est pas souvent pratiquée aujourd'hui.

Question: Certains intervenants de la conférence ont laissé entendre que la culture en Europe et au-delà est en train de devenir uniforme et homogène. Qu’en pensez-vous?

E. Morris: Non, je ne le crois pas. La culture européenne a des caractéristiques et des valeurs communes, mais les différences sont nombreuses et nous devrions les chérir. Aujourd’hui, l’Europe travaille dur pour se forger l’image juste qui sera la sienne dans l’avenir et qui est de marcher dans la même direction tout en reconnaissant nos différences. Les tentatives faites à travers l’histoire pour créer l’uniformité – comme en Union soviétique ou sous les dictatures – n’ont jamais abouti. Construire l’Europe signifie trouver un langage commun, mais aucun nouvel Etat émergeant n’oubliera ses racines. Le moment est venu d’être clair et de dire que la clé du succès est l’expression individuelle et non l’homogénéité.

Question: Quelles sont vos priorités en tant que ministre de la Culture?

E.Morris : Il y a beaucoup de pression sur les gouvernements – la santé, l’éducation, le transport, les affaires étrangères et la défense, par exemple. Une partie de ma fonction consiste à être un ambassadeur et un avocat à la fois à l’intérieur du gouvernement et à l’extérieur. Il s’agit pour moi de faire passer le message au reste de l’Europe que l’art et la culture sont indispensables. Et je dois aussi veiller à ce qu’aucune communauté ne se sente négligée, que chacun ait le sentiment d’avoir sa place et d’être représenté dans la société.