Back 49th session of the Congress

Check against delivery - Speech by Alain Berset, Secretary General of the Council of Europe

 

SALUTATIONS

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les membres du Congrès,

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

INTRODUCTION

Ce n’est pas à vous qui êtes au plus près du terrain que je dois rappeler tous les défis qui nous attendent.

Vous les vivez chaque jour dans vos villes, vos écoles, vos hôpitaux.

Partout où la démocratie prend vie.

Ce que j’ai pu constater depuis un an à la tête du Conseil de l’Europe, c’est que plus rien n’est lointain.

Les guerres, les fractures, les colères du monde frappent à nos portes.

Elles s’invitent dans nos rues, dans nos cœurs, dans nos urnes.

Alors, plutôt que d’en dresser la liste, laissez-moi vous offrir quelques images.

Et quelques mots.

Des fragments de cette année écoulée qui montrent combien nous avons besoin du Conseil de l’Europe et des valeurs sur lesquelles il repose.

 

I. DES IMAGES QUI MARQUENT

Les premières images qui me reviennent sont celles de foules où flottent des drapeaux du Conseil de l’Europe.

À Bucarest, où un maire libéral et pro-européen déjoue les pronostics en s’imposant au second tour de l’élection présidentielle.

À Chișinău, à la suite d’élections législatives tenues dans un climat tendu d’ingérences.

 

Et puis, la poignée de main entre le président Aliev et le Premier ministre Pachinian.

Dans leurs regards, une paix possible dans le Caucase du Sud.

Je revois aussi le sous-sol de l’école de Yahidne, à deux heures de route au nord de Kyiv.

Des murs couverts de noms, écrits à la hâte pour ne pas disparaître.

Trois cents habitants enfermés vingt-sept jours.

Dans des espaces très exigus, dans le noir. Parmi eux, des enfants, des femmes enceintes, des personnes âgées.

Et puis, tout près d’ici, le camp de concentration du Struthof.

Je m’y suis rendu avec des jeunes qui pensaient visiter un musée et qui découvrent un avertissement.

Des jeunes à qui nous devons ouvrir des perspectives.

II. ET DES MOTS QUI RESTENT

Les images frappent.

Mais il y a aussi les mots. Qui aident à donner du sens.


« C’est comme à la maison ».

C’est ce que m’a glissé le président Zelensky en apercevant les enfants et la foule rassemblés devant l’Hémicycle.

Tout était dit.

Tout le sens de notre engagement auprès de l’Ukraine.

Je pense à cette lettre dite « des Neuf », venue de nos propres rangs.

Il y est écrit :

« La Cour européenne des droits de l’homme a limité notre capacité à prendre des décisions politiques dans nos propres démocraties ».

Justement, lors d’un forum au Kazakhstan, un chef d’État m’a fait remarquer que j’étais le seul à parler de démocratie.

Je lui demande pourquoi.

Il me répond : « Ce mot est devenu woke ».

Et puis, les mots d’un maire.

Celui de Mannheim, présent ici au début du mois pour la Journée de l’unité allemande.

Pour lui : « L’enjeu, c’est de maintenir la paix dans nos rues ».

Une référence aux répercussions du conflit à Gaza.

Il y a dans ces images et ces mots de l’incertitude, parfois de la peur, mais aussi de l’espoir.

III. DE L’INCERTITUDE

De l’incertitude, car ce sont les maires et les collectivités locales qui sont en première ligne.

Qui voient, au petit matin, des femmes, des hommes, des enfants arriver sans rien.

Qui doivent ouvrir une salle, organiser l’école, trouver un médecin — tout en répondant à l’inquiétude de la population.

Surtout lorsque la tension vire à la violence.

Nous devons pouvoir débattre ensemble de tout, aussi des questions telles que la migration.

Et ces débats doivent se tenir ici, au sein du Conseil de l’Europe, dans le respect du droit international.

Cette incertitude s’exprime aussi à travers la désinformation, qui s’invite jusque dans les élections locales.

Nous voyons apparaître de plus en plus de faux sites d’actualité locale, créés par intelligence artificielle.

Les élu·es se retrouvent souvent seuls face à ces manipulations.

Mais revenir à un monde sans réseaux sociaux serait illusoire.

Nous devons leur donner des outils, protéger le débat public et redonner confiance dans la parole démocratique.

 

IV. DE LA PEUR.

De la peur aussi — celle qui s’en prend à la démocratie elle-même.

Sur tout notre continent, des maires sont menacés, harcelés, traqués.

Physiquement comme en ligne.

Ces attaques visent des individus, mais elles frappent un principe : celui du débat démocratique.

Une peur qui fait taire, qui isole et qui finit par éloigner les femmes et les hommes de l’engagement public.

Une autre peur, plus diffuse, traverse notre continent.

Celle d’une Europe où les budgets militaires augmentent, tandis que la confiance démocratique recule.

Dans cette double dynamique, il y a un risque : celui de préparer la guerre sans préparer la paix.

Si le réarmement se poursuit sans de solides garanties démocratiques, que deviendront nos valeurs demain ?

Que se passera-t-il si, dans un futur proche, des gouvernements extrémistes contrôlent les armes que nous finançons aujourd’hui ?

Quand d’autres parlent de militarisation, nous devons parler de démocratisation.

Car sans une sécurité démocratique forte, aucune sécurité n’est possible.

 

V. MAIS AUSSI DE L’ESPOIR

De l’incertitude, de la peur, mais aussi de l’espoir.

Y compris là où on ne l’attend pas toujours.

À commencer par la priorité des priorités : l’Ukraine.

L’Ukraine que le Congrès accompagne depuis 2014, sur les plans politique et technique.

À travers des réformes essentielles, telles que la décentralisation.

Pour aider les villes à se reconstruire, à renforcer leurs institutions, à impliquer la population, à renforcer la résilience démocratique.

Les protocoles d’accord signés cet après-midi avec les maires de Kyiv, de Lviv et de Rivne en témoignent.

L’Ukraine, où notre travail contre l’impunité progresse.

Un nouveau pas sera franchi en décembre avec la création d’une Commission internationale des réclamations.

Et l’espoir se manifeste partout où le Congrès agit.

Dans les Balkans occidentaux, en Arménie, à Chypre, en Estonie, en Macédoine du Nord.

Partout où l’on observe de plus en plus d’élections, où l’on soutient la coopération locale, où l’on renforce la résilience des institutions.

VI. LE NOUVEAU PACTE DÉMOCRATIQUE POUR L’EUROPE

Aux côtés de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et de la Commission de Venise, le Congrès veille à l’intégrité et l’inclusivité des élections.

Il protège les droits des observateurs et les processus électoraux contre les ingérences étrangères.

Ce travail illustre parfaitement l’esprit du Nouveau Pacte Démocratique pour l’Europe.

Un effort collectif pour répondre avec lucidité et courage aux défis de notre temps.

Et pour faire vivre la démocratie là où elle se joue : au plus près des citoyennes et citoyens.

Le Congrès y tient une place essentielle, notamment en ce qui concerne la démocratie délibérative.

Je veux ici saluer son engagement et sa vigilance, qui donnent force et crédibilité à notre action commune.

CONCLUSION

Ce que cette année m’a appris, c’est que plus rien n’est lointain. Tout est proche.

Les secousses géopolitiques du monde résonnent dans nos rues, nos écoles, nos urnes.

La démocratie ne se joue pas dans les sommets internationaux, mais dans les conseils municipaux.

Sur le terrain, avec ces personnes élues au service de leurs communautés.

C’est là que l’Europe respire.

Quand on coupe ce lien, on prive la démocratie d’oxygène.

Mais tant qu’il y aura des élu·es locales et locaux et des lieux pour débattre et décider ensemble, elle tiendra.

Face à la peur, au repli, à la désinformation, il n’y a qu’une voie : celle du courage démocratique.

Le temps du courage démocratique n’est pas demain ni ailleurs.

Il est ici. Maintenant. Et tous ensemble.

Merci.

Secretary General Hemicycle, Palais de l’Europe (Strasbourg) 28 October 2025
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