Le Programme Pestalozzi
Formation pour le développement de la compétence médiatique
Qu’est-ce que la compétence médiatique ?
Le programme Pestalozzi définit la compétence médiatique, qu’il inscrit dans le contexte des droits de l’homme, comme l’utilisation critique, responsable et bénéfique de l’environnement médiatique. C’est une compétence fondamentale pour des sociétés démocratiques durables. Elle fait partie des « savoir-être, savoir-faire et savoirs transversaux » de base du citoyen démocratique, et doit être au cœur de l’éducation formelle, non formelle et informelle. Ainsi, la culture médiatique englobe :

    - l'observation critique depuis différentes perspectives ;
    - la conduite d’actions fondées sur le respect des droits de l'homme et la dignité humaine ;
    - la capacité d'agir démocratiquement et de coopérer ;
    - la compréhension de la diversité et la capacité de vivre dans la diversité ;
    - la compréhension du passé et du présent et la capacité de se projeter dans l'avenir ;
    - la capacité de communiquer au-delà toutes sortes et types de frontières ;
    - l'utilisation critique, responsable et bénéfique / profitable de l'environnement médiatique
    - la capacité et la volonté de continuer à apprendre tout au long de la vie.

Pourquoi est-il important de s’intéresser à la compétence médiatique ?
Depuis toujours, il est nécessaire de faire preuve d’esprit critique envers les médias. En effet, ceux-ci nous accompagnent au quotidien et influencent nos vies ; ils relatent des faits et sont source de divertissement et d’information. Mais, et surtout, ils façonnent l’opinion – entre autres rôles. L’éducation aux médias a tenté de favoriser cet esprit critique au cours des dernières décennies du XXe siècle, avec plus ou moins de réussite.

Toutefois, l’environnement médiatique a considérablement évolué ces vingt dernières années, passant de la communication de masse à la communication « de la masse à la masse ». Ainsi, les utilisateurs des médias ne sont plus de simples consommateurs de contenu, c’est-à-dire des récepteurs de messages, mais des acteurs, des producteurs de contenu, et ce, dans des domaines bien plus variés que ce que l’on avait imaginé.

Ce changement peut induire un sentiment de danger et susciter des inquiétudes dans la mesure où l’accès à tous les types de contenu, la diffusion de tous types de messages et l’établissement de contacts dans notre espace virtuel quotidien sont désormais facilités. Ce changement se traduit également par l’omniprésence des technologies de l’information dans notre vie privée et professionnelle, par une interaction entre le citoyen et les divers domaines de la société (citoyenneté, sécurité sociale et santé, assurances, banque, etc.), et par la disponibilité et le traitement constants de données sensibles ; il s’accompagne donc du risque d’utilisation abusive de ces dernières.

L’espace social virtuel est devenu une extension de notre espace social réel (celui de la « vraie vie ») ; tous deux nous entourent, et nous vivons et agissons de plus en plus dans ces deux « mondes ». L’espace social virtuel a les mêmes objectifs et fonctions que l’espace social réel (construction de l’identité et développement personnel, communication, recherche d’informations, interaction et participation sociales, éducation et apprentissage, travail, loisirs, construction de la réalité, etc.). Par conséquent, il doit reposer sur les mêmes valeurs et principes que l’espace social réel, à savoir les droits de l’homme, la citoyenneté démocratique et la compréhension et le respect mutuels dans un monde diversifié.

Naturellement, les anciennes politiques et pratiques dans le domaine des médias ne nous sont d’aucun secours pour relever les défis posés par ce changement. Il est donc nécessaire d’en concevoir de nouvelles, qui offrent plus que des solutions à court terme et ne se contentent pas d’apaiser les craintes, en se concentrant sur les risques et les mesures de protection, par exemple, ou en visant à permettre aux citoyens d’avoir un accès égal à ces moyens de communication et d’apprendre à les utiliser sur un plan technique uniquement. Ces politiques et pratiques doivent aussi, voire surtout, être axées sur des stratégies d’autonomisation à moyen et à long termes, mises en œuvre dans le cadre de l’éducation formelle, non formelle et informelle, afin que les citoyens puissent bénéficier pleinement des possibilités offertes par l’environnement médiatique aujourd’hui comme demain.

De quelle manière le programme Pestalozzi contribue-t-il au développement de la compétence médiatique ?
En 2007, le programme Pestalozzi a organisé un séminaire sur la question du renforcement de la compétence médiatique fondée sur les droits de l’homme, en coopération avec la Division Médias et Société de l'information, afin de réfléchir à la manière dont l’éducation peut contribuer au renforcement de la compétence médiatique fondée sur les droits de l’homme. En 2008/2009, une formation pour formateurs sur ce même thème a été proposée. Celle-ci a été suivie par un groupe de trente formateurs d’enseignants originaires de divers pays d’Europe, qui ont conçu et piloté des matériels de formation axés sur l’éducation aux médias fondée sur les droits de l’homme. En 2010 et 2011, d’autres formations de ce type, qui mettaient tout particulièrement l’accent sur les pratiques concrètes des jeunes dans l’environnement médiatique du « Web 2.0 », ont été dispensées dans ce domaine.

En décembre 2011, des professionnels de l’éducation, des chercheurs et des représentants d’OING, réunis dans le cadre d’un Think Tank, ont discuté de leur vision d’un espace numérique respectueux des droits de l’homme et de la dignité humaine, et élaboré des arguments en faveur d’un tel espace. Ils ont également souligné la nécessité, d’une part, de fournir des orientations pédagogiques concernant les savoir-être, savoir-faire et savoirs à faire acquérir aux utilisateurs, et, d’autre part, de définir les contributions attendues de toutes les parties prenantes (utilisateurs, formateurs, institutions, organisations internationales, autorités publiques et éditeurs de contenu). A terme, ces travaux devraient aboutir à une déclaration.

Actuellement, en 2012, le programme Pestalozzi procède à une révision des ressources de formation relatives au développement de la compétence médiatique fondée sur les droits de l’homme ; celles-ci seront disponibles ultérieurement. Il prépare en outre un manuel pratique à l’usage des professionnels de l’éducation travaillant dans divers contextes éducatifs. Cet ouvrage proposera également des activités qui soutiennent et favorisent l’acquisition des valeurs, savoir-être et savoirs nécessaires pour permettre une utilisation responsable et bénéfique de l’espace social virtuel.