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Présentation du rapport annuel d'activité 2018

Discours
Strasbourg 08/04/2019
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Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,

C’est un grand honneur pour moi que de vous présenter mon premier rapport annuel d’activité. Vous l’avez tous reçu : je ne répéterai donc pas ce qui est écrit dedans. Je préfère centrer mon discours sur une évaluation générale de la situation des droits de l’homme en Europe et sur les perspectives d’avenir.

Ce que je voudrais souligner aujourd’hui, c’est l’objectif de ce rapport, les résultats que nous souhaitons obtenir et ce que l’on peut faire d’un tel document. Les rapports annuels sont bien plus qu’une obligation statutaire. Ils fournissent un instantané de la situation des droits de l’homme en Europe.

L’impression que je retire de cette première année de travail en tant que Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe est mitigée et complexe. Si, au cours des dernières décennies, des résultats exceptionnels ont été obtenus en la matière, force est de constater un déclin rapide du respect des droits de l’homme dans nos sociétés.

Des problèmes de long terme continuent d’affecter les droits de l’homme dans différentes strates de la société en Europe. Les violences faites aux femmes et les inégalités de genre engendrent des violations permanentes de ces droits dans un grand nombre de pays. Des incidents liés à la haine ont continué de toucher les juifs, les musulmans, les Roms, les étrangers, les LGBTI. Les réponses non adaptées, au plan national et au plan européen, au phénomène migratoire ont transformé une question solutionnable en tragédie. Des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes sont sujets à des représailles, à des attaques physiques, à des mauvais traitements, à des enlèvements, à des meurtres. Le discours toxique, nationaliste, irresponsable et cynique d’un grand nombre de leaders politiques en Europe mine le socle fragile de notre système des droits de l’homme.

Le plus inquiétant, peut-être, est la tendance fort inquiétante de la part de nombreux gouvernements et parlements de se départir des règles des droits de l’homme pour s’engager dans la voie nationaliste, non seulement dans les paroles, mais aussi dans les actes. Il s’agit là d’une tendance fort dangereuse qu’il nous faut inverser.

Si vous le permettez, je voudrais faire une observation d’ordre personnel. J’ai grandi dans un pays qui n’existe plus, en grande partie à cause du nationalisme. J’ai vu la brutalité, les carnages, les divisions que celui-ci engendre. J’ai observé les voies subtiles qu’il emprunte pour séduire, et les fausses promesses. Le nationalisme n’apporte que la destruction. L’histoire nous le montre, mais il semblerait que nous ne sachions pas en tirer les enseignements.

Nous devons y faire face, sinon nous ne serons plus l’Europe. Nous devons agir pour défendre les valeurs et les principes d’égalité, de respect, de diversité, d’inclusion qui définissent notre Organisation. Ces principes semblent reculer parmi nos États membres, mais je reste optimiste quant à l’avenir de l’Europe, et cela pour trois raisons.

D’abord, avec une majorité d’autorités nationales, j’ai engagé un dialogue constructif. Au cours des différentes visites que j’ai effectuées, j’ai pu accéder aux endroits pertinents, recevoir les informations demandées et rencontrer les décideurs.

Toutefois, ce n’est peut-être pas suffisant, et si je suis optimiste, c’est aussi parce que dans tous les pays que j’ai visités, j’ai pu rencontrer des représentants d’ONG, des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme, des militants, qui, ensemble, constituent un rempart en continuant à brandir le flambeau des droits de l’homme, et cela malgré les dangers auxquels ils sont confrontés. Je voudrais ici leur rendre hommage.

Troisième source d’espoir : la jeunesse. Au cours de l’année qui s’est écoulée, j’ai pu rencontrer un certain nombre de jeunes. Certains se sentent exclus du système de protection des droits de l’homme, d’autres expriment leur déception face à la manière dont nous agissons – ou, plutôt, n’agissons pas. Mais tous ceux que j’ai rencontrés réclament plus de droits de l’homme, non moins – et je les ai entendus.

En tant que parlementaires, vous avez vous aussi un rôle essentiel à jouer pour répondre à cette demande. Vous pouvez vous assurer que les lois et politiques de vos pays sont conformes aux valeurs de notre Organisation.

Vous pouvez rapprocher les peuples de cette vision d’espoir et de courage que portaient les pères fondateurs du Conseil de l’Europe qui, il y a 70 ans, ont mis de côté tous leurs griefs pour commencer à construire ensemble un avenir fait de paix, de coopération et de compréhension réciproque, bien déterminés à respecter les principes consacrés par les dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme. Nous pouvons protéger la liberté de l’oppression, le dialogue du fanatisme et le pluralisme du totalitarisme. En d’autres termes, vous pouvez et vous devez protéger l’Europe contre le nationalisme.

Mon rôle est de vous aider à atteindre cet objectif, et je le prends très au sérieux. Il s’agit aussi pour moi d’un véritable honneur et d’une grande responsabilité. Mais j’ai également besoin de votre aide. J’ai besoin de vous. J’ai besoin de vos gouvernements, afin que mes recommandations soient mises en oeuvre de façon plus sérieuse, plus ferme, constructive. J’ai besoin que les structures de défense des droits de l’homme comme les ONG et les défenseurs des droits de l’homme travaillent avec moi de façon positive. Les droits de l’homme, la démocratie et la primauté du droit sont nécessaires, mais traversent une période trouble. Nous savons ce qui se passe lorsque ces valeurs s’amenuisent et finissent par disparaître. Notre mission ne vise pas à effectuer un sprint, mais plutôt à continuer comme si nous devions courir un marathon. Il faut de la patience, de l’engagement, du courage et du dialogue.

Enfin, je voudrais également souligner le fait que nous ne sommes pas toujours d’accord, et que nous ne le serons pas toujours. La position du Commissaire est claire : elle repose sur un mandat de protection des droits de l’homme. Et même lorsque nous ne sommes pas d’accord, je suis convaincue que nous pouvons continuer à respecter toutes nos valeurs. Nous devons nous en tenir aux principes, normes et valeurs sur lesquels se fonde notre Organisation. C’est ainsi qu’ensemble, nous pourrons sortir de cette tempête encore plus fort que nous ne l’étions auparavant.